Présidentielle 2017 : 4 options s’offrent à vous

Quel est la meilleure option pour le second tour ? Petite réflexion originale sur le sujet.

Par Edouard de Lestrange.

Ainsi, au terme d’une campagne et d’un duel au ras des pâquerettes, quatre options s’offrent à nous le 7 mai prochain.

Option 1 – Voter Marine Le Pen

Compte tenu de son programme, en particulier économique, ce choix est rationnellement stupide. Il serait aisé de le démontrer, mais passons. D’autant que le vote en général, et celui en faveur d’un parti extrême en particulier et quel qu’il soit, relève non pas du rationnel mais le plus souvent de l’émotionnel.

Il suffit d’observer la volatilité de l’électorat et le caractère hautement marketing d’une campagne pour s’en convaincre (on prendra, au hasard, l’exemple de François Hollande qui, pour se faire élire en 2012, perdit plusieurs kilos, se lança dans un projet capillaire décoiffant et entreprit un relooking drastique, express et dynamique. « Coïncidence ? Je ne crois pas »)

Option 2 – Voter Macron

Pourquoi pas, certes, mais pour quoi au juste ?

Pour un programme de rupture ? Une « révolution » ? Certainement pas. Ou du moins plus tant que cela. S’il pouvait, sur le papier, en être question au lendemain de sa démission du gouvernement Hollande, il est  ensuite rapidement devenu limpide que Macron a fini par récupérer le créneau hollandiste sans avoir à en porter le nom en héritage, et qu’il s’est tranquillement replacé à gauche.

C’est donc être sacrément naïf que de croire que la Révolution, c’est Macron, tout comme il l’était de penser que « le renouveau, c’est Bruno » ou que « le changement, c’est maintenant ». Tout au plus aura-t-on droit à de l’immobilisme saupoudré de réformettes, à l’image d’une certaine loi Macron, montagne qui accoucha d’une souris.

J’ai beau « penser printemps », je crois que Bernanos n’avait pas tort quand il disait que « l’optimisme [est] l’alibi sournois des égoïstes, soucieux de dissimuler leur chronique satisfaction d’eux-mêmes. Ils sont optimistes pour se dispenser d’avoir pitié des hommes, de leur malheur. »

Pour faire barrage à Marine Le Pen ? Bien que statistiquement inutile, pourquoi pas. Mais cela nous replace instantanément dans la logique du vote par défaut, et donc d’un pouvoir, une fois encore, assis sur une légitimité fragilisée.

À court terme, ce choix se tient et suffit malheureusement à couper court au débat. À long terme, c’est repousser, une fois de plus, le problème, au risque de voir celui-ci éclater plus violemment dans cinq ans, sinon avant.

Option 3 – Voter blanc ou nul

Cette option, si elle permet de manifester clairement un désaccord avec le choix qui s’offre, n’en reste pas moins cynique dans la mesure où un tel vote n’est justement pas – encore ? –  reconnu, au sens où il n’est pas comptabilisé (il est compté, par soustraction. Soit).

Sauf à admettre publiquement qu’on aime être pris pour un imbécile. Ou à y voir un acte de militantisme pour sa reconnaissance, à terme : pourquoi pas.

Option 4 – S’abstenir

« Non, car voter est un devoir ? » Pas du tout, le vote est un droit, ni plus, ni moins, que chacun est encore et – Dieu merci ! – libre d’exercer. Pas une obligation, ni un devoir.

D’ailleurs qu’adviendra-t-il le jour où l’on aura en guise de duel deux partis des extrêmes, à l’instar de ce qui aurait pu se produire avec un face à face Le Pen contre Mélenchon ?

Aura-t-on toujours le devoir de choisir ? Bizarrement, quelque chose me dit que soudain le devoir de s’abstenir poindrait plus vite qu’on ne le pense. Bref, voter est un droit, c’est une liberté et non pas un devoir à la carte selon la circonstance.

« Non, car cela favorise l’élection de Marine Le Pen ? » Argument fallacieux s’il en est. Cela ne la favorise en soi pas plus qu’Emmanuel Macron. On ne vote par pour ou contre un candidat en s’abstenant, mais bel et bien en déposant dans l’urne un bulletin nommant tel ou tel candidat.

L’abstention fait-elle le jeu du FN ?

Et là aussi, commandera-t-on aux abstentionnistes de s’abstenir de s’abstenir le jour où le doute planera sur une possible abstention pro Le Pen, par exemple ?

« Non, car des gens sont morts pour le droit de vote ? » Morts pour la liberté, certainement, pour le vote en tant que tel, non. Vote et liberté s’accordent d’ailleurs si et seulement si l’élu agit dans l’intérêt du votant, en tant que serviteur qu’il est censé être, et non dans son propre intérêt, et s’il est responsable de ses actes et de ses décisions politiques et non toujours couvert par l’impunité – les exemples sont hélas trop nombreux en la matière, ne serait-ce que sur les quinze dernières années.

Ce qui implique un vrai contrôle populaire, tel que décrit par le philosophe Alain, et dont le moins qu’on puisse dire est qu’on n’y est pas tout à fait encore.

« Non, car c’est inutile à court terme ? » S’abstenir ne permet en effet pas de designer immédiatement un « maître ». Mais c’est un premier pas vers une refonte en profondeur du système démocratique (en fait aristocratico-oligarchique) actuel, changement qui passe par une évolution elle aussi profonde – donc lente – des mentalités : la vraie révolution est ici, et elle ne se fera pas en un jour, pas plus que Rome !

L’abstention : de la naïveté ?

D’aucuns prétendent que s’abstenir est dès lors un geste naïf : certainement pas davantage que de continuer à  croire que perpétuer le modèle actuel en votant pour des politiciens irresponsables au sommet de l’État, changera les choses. Cela, justement, c’est naïf, et il suffit de regarder dans le rétroviseur pour s’en convaincre, ou de considérer la montée actuelle des extrêmes.

En conclusion : Voter Le Pen ou voter Macron sont deux choix naïfs en ce sens qu’ils ne feront pas avancer la « chose du peuple » d’un centimètre. Voter Macron pour faire barrage à Le Pen : oui, si on veut être absolument certain que celle-ci ne passe pas.

En revanche cela ne fait que repousser le problème car le vote par défaut verra un Macron élu sur un socle fragile qui, non seulement va se traduire par une nouvelle période d’’immobilisme étant donné l’agilité du candidat pour retourner sa veste et sa capacité à justifier des échecs avérés mais, à terme, risque de renforcer à nouveau… les partis extrêmes, en franchissant à chaque fois un pas plus grand.

Erreur grossière

Enfin, il ne faut pas se tromper de cible : taper sur les abstentionnistes est facile, mais c’est une grossière erreur.

Non seulement l’abstention est un réel choix structurant à long terme, mais les politiques actuels et précédentes, ainsi que les votants du Front National sont in fine seuls responsables du score de Marine Le Pen.

En l’état actuel des choses, l’abstention demeure – hélas ? – la meilleure voie et un premier pas en vue d’un changement en profondeur (et donc lent) vers un modèle vraiment démocratique à repenser puis reconstruire – par exemple, les avancées technologiques permettront sans mal l’émergence de modèles catallactiques permettant, pourquoi pas, de faire émerger une société sans vote.

L’exigence française revendiquée à tout bout de champ exige en tout cas qu’on ne s’accommode pas de ce système qui pousse à toujours élire le « moins mauvais » et non pas « le meilleur » des candidats.