Poussée de fièvre contestataire au Venezuela

Nicolas Maduro le 4 décembre 2014 (Crédits : Presidencia de la República del Ecuador, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

Aujourd’hui, le Venezuela enregistre le pire taux d’inflation au monde. Entre début décembre et fin février, le pays, également ravagé par l’insécurité, a connu l’équivalent d’un taux d’inflation annuel de 932% d’après Bloomberg.

Par Chloé Lourenço.
Un article de Trop Libre

Depuis la mort du « comandante » Hugo Chavez en mars 2013, qui dirigeait d’une main de fer la petite république bolivarienne, le Venezuela traverse une sévère crise économique, sociale et politique.

Le pays, qui possède pourtant des ressources pétrolières considérables, n’arrive pas à se sortir de la tempête dans laquelle il est plongé. En 3 semaines de manifestation, 29 personnes ont été tuées et quelques 500 autres ont été arrêtées.

Nicolás Maduro, héritier de Chávez

Le 14 avril 2013, Nicolas Maduro accède de justesse à la présidence de la République du Venezuela, avec seulement 50,66% des voix. Sur son lit de mort, Hugo Chavez alors encore président, avait exhorté le peuple vénézuélien à voter en faveur de son dauphin.

Ce dernier, âgé de 51 ans, semble alors écrasé par ce pesant héritage. Ancien chauffeur de bus puis leader syndical à l’ascension fulgurante, député puis ministre des Affaires étrangères, l’homme en impose.

Sans véritable programme, son projet pour le pays était simplement de continuer l’œuvre de son prédécesseur.

Se réclamant du bolivarisme, un courant politique d’Amérique du Sud qui reprend les thèmes de Simon Bolivar, le « Libertador », il fait partie des chavistes historiques. Son mandat présidentiel doit prendre fin en 2019.

¡Harto de Maduro!

L’état de grâce n’aura pas duré longtemps pour Nicolas Maduro. Onze mois à peine après son accession au pouvoir, les premières manifestations envahissent les rues de Caracas, la capitale. La répression fait 43 morts. En 2014, le prix du baril de pétrole diminue drastiquement, une catastrophe pour le pays dont l’économie repose sur l’exportation de l’or noir.

Aujourd’hui, le Venezuela enregistre le pire taux d’inflation au monde. Entre début décembre et fin février, le pays, également ravagé par l’insécurité, a connu l’équivalent d’un taux d’inflation annuel de 932% d’après Bloomberg. En 2016, les prix à la consommation avaient bondi de 800% tandis que le PIB avait, lui, plongé de 18,6%.

Graves pénuries alimentaires

Dans ce pays de 30 millions d’habitants où la plupart des produits sont importés, les pénuries alimentaires s’enchaînent et les produits de base sont épuisés, sans compter l’aggravation du manque de médicaments dans les hôpitaux.

Débordé, dépassé, découragé, Nicolas Maduro tire la sonnette d’alarme début 2016 auprès des institutions internationales et décrète l’urgence économique.

Ce ne sera pas suffisant pour les 9,6 millions de Vénézuéliens qui ne mangent qu’un repas par jour et les 51% de la population qui vivent dans une situation de grande pauvreté. Le peuple réclame sa démission.

Une crise sans fin ?

La crise actuelle débute en réalité en juillet 2016, en plein cœur de l’hiver, lorsque des Vénézuéliennes traversent la frontière avec la Colombie pour aller se ravitailler. En septembre, environ 1 million de personnes se réunissent pour manifester leur mécontentement et exiger la démission de Maduro.

Depuis, le scénario est toujours le même : l’opposition –majoritaire au Parlement depuis décembre 2015- organise un défilé qui n’arrive pas à rejoindre le centre-ville de Caracas, verrouillé par la police qui réprime durement les manifestants.

Depuis le début du mois d’avril, 29 personnes ont perdu la vie au Venezuela, et les réactions à l’international ne se sont pas faites attendre. Le Parlement européen a dénoncé les violences et appelé à une « désescalade » pour « stopper la détérioration de la situation ».

Vers la dictature ?

Rex Tillerson, secrétaire d’État des États-Unis a déclaré que le pays ne respectait pas la volonté de son peuple de faire entendre sa voix. D’aucun voient déjà au Venezuela l’établissement d’une dictature, comme le continent en a déjà connue.

Les membres de l’Organisation des États Américains (OEA), dont l’objectif est de défendre la démocratie et les droits de l’homme, de renforcer la sécurité du territoire et de lutter contre les trafics de drogue ou la corruption a d’ailleurs élevé le ton face à la république bolivarienne, lors d’une réunion extraordinaire le 27 avril dernier.

Fidèle à lui-même, le président chaviste a claqué la porte de l’OEA et dénoncé « l’interventionnisme et l’ingérence d’un groupe de pays qui cherche seulement à perturber la stabilité et la paix [du] pays ».

En partant, le Venezuela doit payer les 9 millions de dollars correspondant à la dette qu’il avait contractée avec l’institution. Pas sûr que cela arrange la situation…

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