Venezuela : Nicolás Maduro, Père Noël autoritaire

Nicolas Maduro le 4 décembre 2014 (Crédits : Presidencia de la República del Ecuador, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

L’État vénézuélien joue au Père Noël en saisissant des jouets ou en imposant leur vente à des prix inférieurs à ceux du marché.

Par Daniel J. Mitchell, depuis les États-Unis.

Venezuela : Nicolás Maduro, Père Noël autoritaire
Nicolas Maduro le 4 décembre 2014 (Crédits : Presidencia de la República del Ecuador, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

Cet été, en m’inspirant de l’Enfer (Divine Comédie) de Dante Alighieri, j’imaginais les cinq cercles de l’enfer étatiste. Je considérais alors que le Venezuela était sur le point de passer du troisième cercle (« pauvreté généralisée et misère économique ») au quatrième cercle (« privation et pauvreté écrasante et systémique »).

Les cinq cercles de l’Enfer étatiste

Depuis que nous savons maintenant que les enfants du pays souffrent de faim et de malnutrition, je pense que nous pouvons sereinement considérer que le Venezuela a franchi ce pas, rejoignant l’enfer dystopique de la Corée du Nord (à moins que vous ne considériez que de bons arguments placent le régime sauvage de Pyongyang dans le cinquième cercle).

Et s’il vous faut des éléments de preuves supplémentaires sur le Venezuela, veuillez prendre connaissance de ces extraits d’un article surréaliste de la BBC :

« Les autorités vénézuéliennes ont arrêté deux dirigeants d’entreprise de fabrication de jouets et saisi près de quatre millions de jouets pour, disent-elles, les distribuer aux pauvres. Les officiels ont accusé le fabricant de mettre de côté des jouets en vue de favoriser une hausse des prix durant la période précédant Noël. La semaine dernière, l’État a ordonné aux détaillants une réduction de prix de 30% sur toute une gamme de produits. (…) Le gouvernement vénézuélien a déclaré (…) : « Nos enfants sont sacrés, nous ne vous laisserons pas voler leur Noël », dans un tweet, avec des photos et des vidéos de milliers de boîtes de jouets. (…) L’État a également diffusé des photos des deux cadres sortis des locaux par une escouade de soldats lourdement armés. »

Voici quelques informations supplémentaires sur la situation économique du pays :

« Ce n’est pas la première fois que le Venezuela ordonne aux détaillants des réductions de prix ou mobilise des unités armées pour les faire appliquer. Fin 2013, le pays a adopté des lois permettant à l’État de fixer les prix et de dicter les marges bénéficiaires. (…) Des mesures identiques ont été employées pour fixer les prix des denrées de base telles que la farine, la viande et le pain, l’offre étant limitée dans ce pays où beaucoup de gens souffrent de faim. »

Avant de poursuivre, constatons que les journalistes de la BBC ne cherchent visiblement pas à comprendre pourquoi un plus un égale deux. Car si l’offre est limitée et que les gens souffrent, c’est bien sûr à cause de l’interventionnisme et du contrôle de prix.

Les bras m’en tombent. Quoi qu’il en soit, voici des passages de la fin de l’article :

« Le gouvernement vénézuélien devient de plus en plus impopulaire à mesure que la crise économique du pays se développe. (…) Le Fonds monétaire international estime que l’inflation (le taux de hausse des prix) atteindra 2 000% l’an prochain. »

Arrêtons-nous sur la tentative de l’État vénézuélien de jouer le Père Noël en saisissant des jouets et en imposant leur vente à des prix inférieurs à ceux du marché. Je ne sais pas si cette mesure sera politiquement populaire, car cela dépendra du degré de raffinement économique des gens ordinaires.

Mais nous pouvons dire avec une certaine assurance qu’il s’agit d’une  politique économique catastrophique. En effet, comme Thomas Sowell l’a fait judicieusement remarquer, il est très difficile pour un État de voler la richesse plus d’une fois.

« Vous ne pouvez confisquer que la richesse qui existe à un instant donné. Vous ne pouvez pas confisquer la richesse future, et cette richesse future a moins de chance d’être produite quand les gens voient qu’elle sera confisquée. » — Thomas Sowell

Les victimes (à la fois celles qui ont déjà été pillées et celles susceptibles d’être visées à l’avenir) comprennent rapidement que ce n’est pas une bonne idée d’accumuler des biens qui peuvent être volés par l’État. Dans les faits, les personnes productives du pays apprennent à se comporter comme la petite poule rousse.

À court terme, cependant, l’État vénézuélien peut parvenir à jouer le Père Noël. Au moins pour 2016. Mais il n’aura plus cette possibilité en 2017. Et parce que l’État intensifie son pouvoir kleptocratique, ce n’est plus qu’une question de temps avant que le système ne s’effondre, jusqu’à ce que le gouvernement décide d’abandonner le pouvoir ou de lancer une répression brutale. En espérant qu’il choisira la première option.


Sur le web. Traduction : Raphaël Marfaux pour Contrepoints.