Les syndicats favorisent-ils le chômage ?

Existe-t-il un lien de causalité entre taux de syndicalisation et taux de chômage ?

Par Thomas Renault.

Le taux de syndicalisation correspond au rapport du nombre de salariés membres d’un syndicat sur le nombre total de salariés. Si l’on observe l’ensemble des pays membres de l’OCDE, la France est le deuxième pays avec le plus bas taux de syndicalisation, juste devant la Turquie, avec un taux de syndicalisation de seulement 7,8% (voir graphique plus bas).

Taux de syndiqués et taux de chômage

En théorie, on pourrait alors se dire qu’un taux bas de syndicalisation devrait être synonyme de davantage de flexibilité pour les entreprises qui peuvent plus facilement ajuster les salaires, et que cela devrait donc participer à une baisse du taux de chômage. Mais le lien entre taux de syndicalisation et taux de chômage, souvent évoqué dans les manuels d’économie, est en réalité beaucoup plus complexe.

D’un point de vue théorique, pourquoi tout d’abord devrait-il y avoir un lien de causalité entre taux de syndicalisation et taux de chômage ? Sur le marché du travail, le taux de chômage dépend d’abord de la demande de travail de la part des entreprises qui souhaitent embaucher et ensuite de l’offre de travail de la part de toutes les personnes souhaitant travailler.

En l’absence de régulation, le salaire d’équilibre correspondant à un taux de chômage structurel nul et égalise l’offre et de la demande de travail. À partir du moment où le salaire devient, pour une raison indépendante de l’offre et de la demande « naturelle », supérieur au salaire d’équilibre, il se crée alors un déséquilibre entre l’offre de travail et la demande de travail. Et voilà le chômage qui apparaît.

Lorsque le taux de syndicalisation est élevé, le pouvoir de négociation des syndicats est renforcé et cela peut entraîner une hausse des salaires par rapport à un salaire d’équilibre. Vous verrez en effet rarement un syndicat réclamer une diminution des salaires ou une hausse du nombre d’heures travaillées…

D’un point de vue théorique, on se retrouve donc avec une hausse du salaire qui aura comme effet, en premier lieu, de renforcer le pouvoir d’achat et la situation économique de l’ensemble des salariés ayant bénéficié de cette hausse de salaire sans être licenciés, et deuxièmement, de réduire celui des demandeurs d’emploi ne trouvant pas de travail à cause de cette hausse des salaires via la diminution des embauches de la part des entreprises.

Nous avons donc un résultat final bénéficiant aux « insiders » (les membres des syndicats), au détriment des autres (personnes sans emploi). L’effet global théorique sur le taux de chômage, dans un schéma ultra-simplifié, doit donc être similaire à celui d’une hausse du salaire minimum.

En France, moins de syndiqués et plus de chômage

La France, avec son très bas taux de syndicalisation (7,8%), devrait donc avoir un taux de chômage faible ! Au contraire, l’Allemagne (18,6% de syndicalisation) ou bien la Suède (68,2% de syndicalisation) devraient être ravagées par le chômage car les syndicats sont en position de force et négocient en permanence la hausse des salaires en menaçant de bloquer le pays ! Mais en fait, pas vraiment (pour info, le taux de chômage en France est actuellement autour de 11%, contre 8% en Suède et 5% en Allemagne !)

Dans une étude datant de 2006 intitulée « Stimuler l’emploi et les revenus », l’OCDE consacre une partie de son rapport à cette thématique, en synthétisant les résultats de 17 études académiques sur le lien (ou non) entre taux de chômage d’équilibre et taux de syndicalisation (+ taux de couverture conventionnelle). Les résultats de ces études économétriques démontrent en majorité soit aucun effet sur le taux de chômage (Résultat = Non) soit une hausse du taux de chômage lorsque le taux de syndicalisation augmente (Résultat : +).

Le taux de syndicalisation est utilisé afin d’estimer le pouvoir de négociation des employés face aux patrons. On se place alors ici dans un modèle de lutte entre syndicat et patronat, où chacun tente de défendre ses intérêts afin de maximiser les salaires ou les bénéfices (l’un au détriment de l’autre).

En France par exemple, le taux de syndicalisation est faible, ce qui a pour effet l’existence de syndicats véhiculant des idées assez proches de celles de l’extrême gauche et une situation de conflit quasi-permanent avec le patronat. Dans les pays avec un plus fort taux de syndicalisation, les syndicats sont bien souvent plus modérés afin de refléter l’opinion de l’ensemble des syndiqués, ce qui permet d’améliorer les négociations en se plaçant davantage dans une position de discussion que d’opposition (Bisounours World).

Il est donc possible de comprendre pourquoi le taux de syndicalisation n’est pas nécessairement relié au taux de chômage, contrairement à ce que l’on peut souvent entendre. Comme le rappelle l’OCDE, il est de plus important de prendre en compte le niveau auquel sont négociées les conventions collectives (niveau de l’entreprise, niveau sectoriel ou niveau national) afin d’avoir une meilleure estimation du pouvoir de négociation de chacune des parties.

Conclusion

Les syndicats permettent de rétablir un certain équilibre dans les négociations entre les salariés et les employeurs, afin d’éviter les abus dans certaines situations (situation de monopole géographique d’une entreprise par exemple). Cependant, la présence de syndicats ayant comme unique objectif de faire augmenter les salaires a un effet positif sur les salariés « insiders » (augmentation du pouvoir d’achat) mais au détriment de tous les autres qui ne parviendront pas à trouver un emploi ou qui seront licenciés suite à la hausse des salaires. Je pense cependant qu’il serait bon de voir augmenter le taux de syndicalisation en France, ce qui inciterait les syndicats à plus de modération tout en ayant davantage de pouvoir, car représentatifs d’un pourcentage conséquent des salariés. Cela pourrait donc rééquilibrer les forces pour éviter les abus, d’un côté comme de l’autre, tout en passant d’un système de lutte comme c’est le cas actuellement à un système davantage basé sur la négociation, comme en Allemagne ou dans les pays du Nord de l’Europe.

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