Les deux types de candidats à l’élection présidentielle

Marine Le Pen - Front national - Meeting 1er mai 2012 - Blandine La Cain via Flickr

Connaissez-vous les deux types de candidats qu’on trouve dans toutes les élections de la 5e république ?

Par Guillaume Moukala Same.

Dans la Vè République, on peut distinguer deux types de candidats à l’élection présidentielle :

Le démagogue

Le premier, le démagogue, maîtrise l’art de la séduction. C’est un escroc mais aussi un fin communicateur qui sait vendre ses veilles reliques. Il séduit par ses sophismes, caresse l’instinct des électeurs, promet les plus belles merveilles, ensorcelle avec ses simplifications à outrance, ponctue son discours de tournures poétiques et fait force de ses qualités oratoires. Ce charmeur de serpent incarne le salut, l’homme providence par lequel le miracle s’accomplira. Il n’a qu’un objectif personnel : être élu.

Il n’a qu’une arme : la tromperie. Il ne traite pas son public comme une fin, mais un moyen. Il n’est pas jugé sur sa cohérence et sa rationalité, ce serait abandonner tout rêve, tout espoir d’un autre monde, mais sur la mélodie de ses paroles qui réconforte les cœurs.

Lorsqu’au sein de ces cœurs les graines de la peur rendent vulnérables, il saute sur cette faiblesse pour faire pousser la haine. Ses slogans sont conçus pour saisir les émotions et réveiller les passions. Le démagogue se pose une priorité, plaire, et une stratégie, la fourberie.

Le pédagogue…

Le second, le pédagogue, a une tâche bien difficile face à un tel adversaire. Il ne s’adresse pas directement au cœur des électeurs mais à leur raison. Cette dernière étant initialement endormie, hypnotisée par les vendeurs de rêve.

S’il veut expliquer et se faire comprendre, il doit savoir la maîtriser à la perfection, comme un samouraï maîtrise son sabre. Ses contemporains le haïssent, mais leurs enfants le remercient. À contre-courant des discours complaisants, il doit avoir le courage d’imposer la vérité et de la faire gagner.

Face au monde, il a attaque la réalité dans sa complexité. Il n’a qu’un intérêt : celui du peuple. Il n’a qu’une arme : la raison. Face au tribun, son éloquence aussi se doit d’être irréprochable. Si le talent oratoire n’est pas ce qui les sépare, c’est bien sur le fond que le pédagogue se distingue.

Contrairement à son adversaire, son argumentation est imparable car derrière ses apparences se dresse la vérité, alors que derrière le masque illuminé des démagogues se cachent la tricherie, l’illusion et le mensonge. L’un est courageux, l’autre est perfide. L’un est un héros, l’autre un scélérat.

Ainsi le pédagogue, parce qu’il a raison, est toujours en capacité de gagner le débat. Or, son argumentation doit être le marteau avec lequel il enfonce le clou de la démagogie. Et sa connaissance doit être la lumière avec laquelle il éclaire le chemin de la raison.

Si la vérité traverse une période de défaite, c’est parce qu’elle n’a pas le bon porte-parole. La vérité en elle-même ne perd jamais, il lui manque seulement une bouche compétente pour qu’elle puisse exprimer toute sa puissance.

En démocratie la démagogie est la meilleure stratégie d’investissement

En une phrase, alors que le démagogue noie le peuple dans des inepties pour son propre intérêt, le pédagogue risque la vérité à son propre péril pour le seul intérêt du peuple. Par conséquent, le populisme s’il se réclame réellement du peuple, est représenté par le pur pédagogue.

Dans les temps difficiles, les démagogues poussent comme des fleurs au printemps.

Les pédagogues, eux, sont aujourd’hui comme les mammouths laineux de la période glaciaire : un souvenir lointain, une espèce disparue que les scientifiques essaient avec acharnement de ramener à la vie.

Comparaison avec l’élection présidentielle de 2017

Tout ceci paraît bien binaire. Effectivement, ça l’est. Néanmoins, ce clivage n’est pas séparé par un fossé mais par une échelle de degré. Si on est près d’avoir atteint le paroxysme de la démagogie de l’autre côté de l’Atlantique, l’extrême pédagogie attend toujours son élu.

Si on essaye d’appliquer ce modèle à la situation actuelle, on peut tout de même constater que le clivage est bien là. Les deux candidats qui se présentent à nous au second tour symbolisent et cristallisent le choix fondamental et historique que les pays occidentaux sont forcés de faire.

Parmi nos deux prétendants au poste suprême, il y en a une qui va poursuivre comme à son habitude avec la même technique qui l’a déjà amenée là où elle est, alors que l’autre se voit incomber d’ une tâche de grande importance, pas seulement pendant ces prochains jours, mais probablement pendant les cinq prochaines années.

Mondialisation et Libre-échange ou Nationalisme et Protectionnisme ? Chacun entraîne des conséquences différentes. Aucune de ces alternatives n’est sans difficulté, mais contrairement aux apparences, il y a un couple qui est largement plus bénéfique à la société sur le long terme.

C’est un message parfois inaudible qu’il faut réussir à faire passer. Si le probable futur président veut vraiment « faire entrer la France dans le XXI siècle » comme il le dit, il doit faire preuve de pédagogie sans être méprisant. C’est l’enjeu politique actuel pour vaincre ce que certains appellent « populisme », mais ce que je préfère simplement appeler « démagogie », maladie de la démocratie.