La lutte contre les terroristes routiers continue : Coyote, Waze, TomTom bientôt interdits ?

Jadis, lorsque des automobilistes voyaient, sur l’autre bas-côté, la maréchaussée en embuscade, radar en pogne et carnet à souche prêt à sortir, il leur arrivait de faire un petit appel de phares pour prévenir leurs infortunés congénères de l’autre côté, histoire de leur éviter la désagréable prune qu’une conduite un peu rapide pouvait parfois occasionner. Et puis la technologie est arrivée.

Avec elle, les appels de phares disparurent au profit d’une mise à jour en temps réel des différents dangers de la route et autres brigandages interventions des forces de l’ordre. Petit à petit, les applications spécialement destinées à aider la navigation routières se virent dotées de possibilités de marquer les embouteillages, les déviations, les accidents et, bien sûr, les radars automatiques et mobiles, les patrouilles de police et les contrôles, visibles ou non.

Évidemment, le détroussement du voyageur par loi interposée n’a plus du tout la même productivité financière lorsque tout le monde sait qu’une embuscade l’attend, et où. Rapidement, les forces de l’ordre ont compris que les réseaux sociaux et ces applications comme Waze, Coyote, Tomtom ou d’autres, qui permettent d’indiquer leurs positions en temps réel, ne leur donnent plus guère l’opportunité de rentabiliser leurs opérations.

Dans cette optique, il n’est absolument pas étonnant que les autorités, outrées qu’on puisse ainsi se soustraire à la ponction planifiée, se soient retournées contre les organisateurs de pages facebook destinées à indiquer, justement, la localisation de ces opérations routières de police. On se rappelle qu’en juin 2015, ces autorités avaient même poussé le vice jusqu’à poursuivre en justice les associations et particuliers qui tentaient d’organiser, dans le cadre pourtant clair de la loi, une riposte intelligente à ces brigandages policiers.

… Loi qui fut d’ailleurs rappelée en Cour de Cassation, en septembre dernier, et qui mit fin à ces poursuites iniques : oui, jusqu’à preuve du contraire, échanger de façon pacifique l’information de la localisation des forces de l’ordre dans le cadre de leur exercice de prévention routière ne constitue ni un crime, ni un délit, et est tout à fait conforme à la loi.

Mais ça, c’était avant.

Encore une fois et grâce à l’action indispensable d’une de ces personnes que la République paie grassement pour martyriser le citoyen au sein d’une assemblée quelconque, un décret va bientôt mettre fin à toute cette abominable liberté des automobilistes à se parler et s’avertir entre eux.

En effet, peu après le jugement de la Cour de Cassation, le sénateur Jean-Pierre-Grand, socialiste de droite encarté LR et sans la moindre honte, a plaidé pour une interdiction de la « diffusion de message de nature à signaler la présence des forces de l’ordre dans des périmètres définis par ces autorités », interdiction concernant les « contrôles sensibles, notamment dans le cadre de la lutte contre le terrorisme ou la criminalité organisée, de la recherche de détenus évadés ou de personnes enlevées », bien évidemment, ainsi que l’ensemble des opérations de sécurité routière.

Bref, toute opération de contrôle de police sera donc concernée par l’interdiction pour l’usager d’en prévenir l’existence et la localisation sur tout type de support ou de technologie. On remarquera l’utilisation délicieusement crapuleuse du concept de terrorisme pour camoufler cette nouvelle atteinte à la liberté d’information et de simple dialogue entre citoyens : sans aucun doute le Sénateur, pas politicien pour rien, s’est-il dit que sa petite manipulation passerait inaperçue.

Accessoirement, on ne s’étonnera plus de l’incohérence de ces élus qui n’ont que le mot « solidarité » à la bouche lorsqu’il s’agit de justifier l’une ou l’autre ponction ou dépense supplémentaire et qui font grise mine lorsque cette même solidarité est justement mise à profit par certains pour éviter une diminution de leur pouvoir d’achat. L’hypocrisie n’est décidément pas une ressource en voie de disparition chez nos parlementaires.

C’est finalement sous forme d’un décret que cette interdiction sera, sauf exception, mise en place, et même poussée à l’échelon européen compte tenu de la méthode choisie par l’actuel gouvernement pour passer sa fripouillerie juste avant de se faire débarquer.

On ne pourra guère s’étonner de la réaction outrée de la Ligue de Défense du Conducteur (qui devrait plutôt s’appeler Ligue de Défense des DAB Sur Roues, la notion d’automobiliste devenant à ce compte tous les jours plus proche de celle de Distributeur Automatique de Billets de banque) : pour la Ligue, le gouvernement utilise « de façon indécente le risque terroriste », et on ne peut lui donner tort. En outre, et l’argument se tient, le but logique des forces de l’ordre dans leurs contrôles routiers doit toujours rester d’augmenter la sécurité routière et non de récolter de l’argent ; dans cette hypothèse, tout moyen qui vise à augmenter la vigilance des automobilistes est donc un élément de plus dans la sécurisation des lieux, et avertir le conducteur de la présence des forces de l’ordre entre bien dans ce cadre.

On comprendra donc le lancement d’une pétition en ligne permettant à ceux qui le souhaitent d’exprimer leur opposition à ce genre de décrets. Je vous encourage, outre la signer, à la faire connaître autour de vous : certes, Hollande et sa clique ont largement savonné la planche des prochains arrivants en multipliant les mesures de la sorte et les dépenses prévisionnelles absurdes (j’éviterai de parler de la Guyane ici), mais ce n’est pas une raison pour laisser passer cette nouvelle atteinte scandaleuse à une liberté fondamentale sans réagir.

En définitive, ce décret illustre très bien les raisons du rejet de plus en plus massif des Français pour leurs élus.

Je peux facilement imaginer qu’à aucun moment, les électeurs de ce sénateur n’ont émis le souhait qu’un tel décret voie le jour. On peut même parier que la majorité de ses électeurs y sont farouchement opposés tant la tonte de l’automobiliste se fait courte et répétée ces derniers mois. Cela n’a en rien empêché l’élu dans son idée. De la même façon, l’actuel gouvernement n’a jamais eu comme mandat ni d’augmenter les amendes et les retraits de permis, ni de faire passer des décrets pour empêcher ses concitoyens d’échanger des informations entre eux.

Et pourtant, ce gouvernement et ce sénateur l’ont fait avec toute la décontraction des cyniques qui savent qu’ils n’auront jamais à rendre compte de leurs exactions. C’est probablement là que réside la source de ces problèmes…


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