Lettre ouverte aux détracteurs d’Emmanuel Macron

La présente n’est pas un pamphlet militant pour Emmanuel Macron, mais plus probablement une incarnation de l’avocat du diable contre les basses méthodes de la politique contemporaine qui semblent, en 2017, être devenues la norme, pour le pire.

Par Philippe Vilmain.

Sur mes réseaux sociaux personnels, je constate un changement radical des pratiques entre la période écoulée, où chacun soutenait son champion et discréditait celui des autres, et l’entre-deux-tours fraîchement débuté, où la nouvelle mode semble être l’humiliation personnelle de ceux qui ont voté pour les émissaires du Mal, parfois au prix de blesser des amitiés pour défendre un gourou une figure politique.

Je me permets d’imaginer que je ne suis pas le seul dans ce cas. Bien évidemment, ces pratiques ne concernent pas tout le monde, libre donc à chacun de s’y reconnaître.

Le chien dans un jeu de quilles

Auparavant on conspuait Emmanuel Macron, à tort ou à raison mais trop souvent de façon creuse et mondaine plutôt qu’en argumentant sur les programmes : passé de banquier, marionnette de Hollande, hausse des banques en bourse le 24 avril, dîner à la Rotonde et son menu ultra-capitaliste à 46€… D’évidence, ses concurrents auraient célébré cet événement dans un kébab (bio pour Mélenchon).

Selon moi, la raison véritable est la surprise du chien dans le jeu de quilles, ce nouveau mouvement sorti de nulle part venant troubler l’ordre établi et les ambitions de ceux qui s’imaginaient incarner la nouveauté mais ont trouvé plus nouveau qu’eux.

Les résultats du premier tour tombés, les pratiques ont évolué : aujourd’hui on accuse l’électeur, le citoyen, son égal face à la démocratie, son ami parfois, d’être un mouton stupide aux ordres des médias tous puissants et de la finance apatride turbolibérale.

La paille et la poutre

L’électeur d’Emmanuel Macron est forcément d’une crédulité crasse et dépourvu d’esprit critique, très précisément ce que reproche tout un chacun aux frontistes ou aux insoumis, en bref ce que tout le monde reproche à tout le monde, avec plus ou moins de virulence.

Pire encore, on voit s’affirmer l’outrecuidance éhontée de ceux qui se pensent légitimes à décréter que quiconque n’est pas de sa gauche n’est pas de gauche tout court, pour mieux retourner joyeusement dénoncer les communautarismes avec la légèreté d’un éléphant dans un magasin de porcelaine. La paille, la poutre, tout ça.

Opinion et croyance

Cela incite à réfléchir aux concepts d’opinion et de croyance. La première est un point de vue basé sur des arguments, la seconde une certitude basée sur l’intangible.

L’une est sujette à débat, l’autre est immuable. L’une entre dans le cadre de la démocratie, l’autre dans celui du totalitarisme. De là, on aura vite fait de se dire que ne pas respecter les convictions de son égal tout en s’autoproclamant humaniste relève de l’oxymore.

Je respecte vos opinions même si je ne les partage pas, j’exige donc que vous respectiez les miennes. C’est aussi cela, la démocratie telle qu’elle existe en France aujourd’hui : on gagne, on perd, on est heureux, on est frustré, et parfois on se rend compte plus tard qu’on s’est trompé.

Alors oui, certains candidats proposent de la changer, mais pour l’heure c’est ainsi. Appliquer dès aujourd’hui les règles qu’on aimerait voir exister, ça porte le doux nom d’anarchie, au sens de désordre et non d’idéologie.

La foule qui trahit le peuple

Vous aviez l’espoir des jours heureux où seraient grands ouverts les sprinklers à pognon solidarité distribuant force bonheur aux quatre vents, et c’est respectable, c’est même louable.

Je comprends votre peine, sincèrement, mais vous donne-t-elle tous les droits, y compris ceux contre lesquels vous vous battiez il y a encore quelques jours ? Vous incarneriez le peuple tout en rejetant les choix de sa majorité, faisant les choux gras de « la foule, qui souvent trahit le peuple » que dénonçait Victor Hugo ? Vous vouliez le vote obligatoire et vous prônez l’abstention, est-ce bien cohérent ?

Et malgré tout cela, vous dénigrez, vous insultez, vous créez des pétitions pour une révolution citoyenne et vous allez manifester. Vous allez rejeter le choix du peuple au nom de la démocratie. Vous allez vandaliser des monuments historiques au nom de la culture.

Vous allez arracher des pavés au pied-de-biche au nom des baisses d’impôts (ah non, c’est libéral, ça). Mais pensez-y, fiers défenseurs d’une démocratie qui ne donnerait raison qu’à vous : comment auriez-vous réagi en cas de 2ème tour Le Pen – Mélenchon en voyant émerger des #SansMoiLe7Mai et autres #NiCocoNiFacho venant promouvoir une manifestation « pacifique » sur son lit de merguez grillée et son inévitable sauce Molotov ?

Une France divisée

Clairement, Jean-Luc Mélenchon n’a pas perdu cette élection. Son esprit de révolution reste bien vivant, et risque aujourd’hui de pousser les foules à commettre l’irréparable et à faire en sorte que le prochain locataire de l’Élysée n’aura aucune chance d’appliquer son programme.

De cette élection sort une France divisée en clans sectaires bien plus marqués que par le passé, prête à dénigrer ses proches au nom de la nation. Partout, on lit qu’Emmanuel Macron poussera Marine Le Pen sur le trône de fer en 2022, sans aucun doute possible.

De fait, si la France doit inéluctablement être détruite, autant que ce soit maintenant. Notre pays devrait, toutes proportions gardées, confier son destin à Hitler pour évincer Blair ou Schröder. Sérieusement ?!

Un social-démocrate modéré

Dans le choix entre un monde (égalitaire) où chacun gagne 100, et un autre (inégalitaire) où les plus pauvres gagnent 200 et les plus riches 2000, la voix qui s’exprime le plus fort est armée d’une rhétorique qui continue de m’échapper. Car voilà ce qu’est Emmanuel Macron : un social-démocrate modéré, clairement pas un ultralibéral, une troisième voie d’inspiration danoise qu’aucun de ces pays ne regrette.

Et s’il ne tiendra pas forcément ses promesses car nous le connaissons peu face aux habituels fossiles de la politique qui ont maintes fois retourné leur veste (et il est bien le seul candidat dans ce cas), je prends peu de risques à parier que Marine Le Pen, elle, fera tout pour respecter les siennes.

Le Pen à l’horizon

Si vous n’avez pas l’esprit critique et moral suffisamment aiguisé pour faire preuve de raison face à ces quelques digressions, alors vous méritez probablement ce quinquennat Le Pen que vous allez causer.

Il aurait certainement été plus sage d’enfin laisser de côté, à l’heure de l’entre-deux-tours, les bassesses mondaines et les brèves de comptoir pour faire preuve de bon sens en s’intéressant au fond. Mais comme disait Mussolini : « Il n’y a qu’un remède : tapez dur ! Et nous espérons que peu à peu, en pilant les crânes, on dégrisera les cerveaux. » Il n’avait peut-être pas tort.