Prostitution des mineurs : fermer Vivastreet ne résoudra rien

Prostituée russe (Crédits Marco Fieber, licence Creative Commons)

Il est ironique de voir une enquête visant à déterminer si Vivastreet hébergeait en connaissance de cause des annonces de prostitution de mineurs menace directement un outil formidable de lutte contre cette prostitution de mineurs.

Par Édouard H.

Le site de petites annonces Vivastreet est sous le coup d’une enquête préliminaire pour « proxénétisme aggravé » ouverte par le parquet de Paris, a-t-on appris vendredi 14 avril dans un article du site 20 minutes. Cette enquête préliminaire a été confiée à l’Office central pour la répression de la traite des êtres humains (OCRTEH).

Sous couvert d’une enquête visant à déterminer si le site Vivastreet hébergeait en connaissance de cause des annonces de prostitution de mineurs, cette action contre le site d’annonces Vivastreet risque de mettre en danger l’ensemble des travailleurs(euses) du sexe (Travailleurs(euses) du sexe). Elle risque aussi de nuire fortement à la lutte même contre la prostitution de mineurs.

Internet est en effet un refuge d’une valeur inestimable. À l’abri derrière leur ordinateur et ayant accès à un grand nombre de clients potentiels, des sites d’annonces comme Vivastreet permettent aux travailleurs(euses) un luxe inaccessible quand ils(elles) travaillent dans la rue : le filtrage des clients.

Ce filtrage des demandes est un outil inestimable pour la sécurité puisque les travailleurs(euses) du sexe peuvent demander des informations aux clients avant d’accepter, ou pas, leur proposition, et vérifier auprès de leurs communautés s’ils ne font pas partie des clients identifiés comme dangereux.

Il est courant que les travailleurs(euses) du sexe demandent aux clients de leur fournir des recommandations d’autres travailleurs(euses) du sexe auxquels (ils)elles font confiance.

Menacer Vivastreet, c’est donc menacer les travailleurs(euses) du sexe en les privant d’un outil qui leur est d’une immense aide pour leur sécurité. Fermer la section adulte de Vivastreet forcerait les travailleurs(euses) du sexe à utiliser d’autres outils moins connus sur le web ou, pire, de retourner dans la rue. Comment peut-on juger qu’il soit préférable pour les travailleurs(euses) du sexe de travailler depuis le Bois de Boulogne plutôt que depuis Internet ?

Mais une fermeture de la section Adulte de Vivastreet irait encore plus loin dans la nocivité puisqu’elle nuirait aussi aux efforts des autorités pour combattre la prostitution des mineurs.

On apprend en effet dans un article de France Info que Vivastreet collaborait avec l’Office central pour la répression de la traite des êtres humains (OCRTEH) et mettait à leur disposition des informations permettant de résoudre des enquêtes de prostitution de mineurs.

Dans un document que s’est procuré France Info, le patron de l’OCRTEH reconnaît que le site Vivastreet « collabore depuis plusieurs années de manière proactive avec les services de police ».

Il est ainsi d’une ineffable ironie qu’une enquête visant à déterminer si Vivastreet hébergeait en connaissance de cause des annonces de prostitution de mineurs menace directement un outil formidable de lutte contre cette même prostitution.

Une affaire similaire aux États-Unis

Cette affaire n’est pas sans rappeler une autre affaire similaire aux États-Unis où, en janvier dernier, le site d’annonces Backpage avait été poussé par les autorités à la fermeture de sa section adulte.

Là encore les travailleurs(euses) américains du sexe américains(aines) en pâtirent et durent trouver des moyens alternatifs pour leur sécurité : ils(elles) furent les premiers(ères) à massivement manifester leur colère et leur frustration. Là encore cela a nui aux efforts des autorités américaines dans la lutte contre la prostitution de mineurs,  puisque le site collaborait lors des enquêtes.

« C’est une triste journée pour les enfants d’Amérique victimes de prostitution », expliquait alors Lois Lee, fondateur et président de l’association de protection des victimes de trafic sexuel Children of the Night.

Backpage était un outil critique d’enquête dont dépendaient les détectives et agents sur le terrain pour localiser et sauver des enfants disparus, et arrêter et poursuivre en justice les proxénètes qui prostituaient les enfants.

Une association abolitionniste à la manœuvre

À l’origine de cette enquête préliminaire contre Backpage, on retrouve l’association Mouvement Le Nid qui a porté plainte le 1er décembre 2016.

C’est cette même association abolitionniste qui avait fortement milité et fait un lobbying soutenu en faveur de la loi de pénalisation des clients, qui fut adoptée en avril 2016. Cette loi est aujourd’hui lourdement dénoncée par les associations de défense des travailleurs(euses) du sexe.

Avec cette attaque contre Vivastreet l’association s’engage dans un nouveau combat qui, une fois de plus, nuira directement aux intérêts de celles et ceux que l’association prétend défendre. Le Mouvement du Nid est fermement engagé dans une lutte idéologique, et peu importe les conséquences réelles et concrètes pour les travailleurs(euses) du sexe.