A-t-on le droit de critiquer le marcel de Philippe Poutou ?

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By: Rémi Noyon - CC BY 2.0

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A-t-on le droit de critiquer le marcel de Philippe Poutou ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 9 avril 2017
- A +

Par Claude Robert.

« Avec Philippe Poutou débraillé en marcel pour représenter les ouvriers, pas étonnant qu’ils aillent massivement chez Le Pen. Dans les grands mouvements ouvriers du XIXème siècle, on valorisait l’Éducation, pas la veulerie et la grossièreté », tel a été le commentaire du philosophe Luc Ferry posté sur twitter après le Grand débat télévisé des candidats à la présidentielle organisé par BFM/Cnews.

Ce commentaire, assez rugueux il est vrai, a très vite suscité de nombreuses réactions parmi lesquelles celle de Raphaël Glucksmann (fils du philosophe André Glucksmann, un confrère de Luc Ferry mais néanmoins rival en librairie), réaction citée par Le Point (06 avril 2017) comme une juste « remise à sa place » de Luc Ferry : « Palme du mépris (partagée avec 25 éditorialistes) ». Ite, missa est.

Sauf erreur, aucun média n’a pris le risque de paraître condescendant avec une catégorie sociale qui suscite au contraire toutes les précautions possibles et inimaginables, et c’est bien là le crime de Luc Ferry. Car on n’enfreint jamais impunément cette loi tacite qui consiste à sur-considérer la classe ouvrière et à ne jamais parler de ses éventuelles lacunes, tandis qu’il est bienvenu de se moquer des patrons et des riches car eux sont bourrés de défauts, c’est connu. On se souvient à ce sujet de la fameuse couverture de Libération, insultant un grand dirigeant français avec un titre aussi fracassant que « casse toi riche con » (sic) (Libération 09/09/12). Difficile de trouver l’inverse, c’est-à-dire un média se moquant des catégories sociales les « moins favorisées », à part sans doute les magazines satiriques, et encore…

Un paysage médiatique manichéen en France

Nous sommes de toute évidence en France, au royaume auto-proclamé de la moraline au sein duquel nous subissons chaque jour qui passe le joug d’une partition sémantique du discours sociologique parfaitement dissymétrique. D’un côté les catégories du Bien, de l’autre celles du Mal, et toute tentative de remettre en cause cette dichotomie en acier trempé, ce Yalta éthique définitif, cette chape de plomb manichéenne suscite la désapprobation quand ce ne sont pas les pires anathèmes.

De telles réactions ne sont absolument pas le fruit du hasard, car le point de vue de Luc Ferry comme celui de ses très nombreux contradicteurs expriment un clivage qui va bien au-delà des apparences vestimentaires. Il s’agit en réalité d’une vision sociétale diamétralement opposée, d’un affrontement fondamental entre deux paradigmes qui ne peuvent se supporter mutuellement : d’un côté le maintien d’une hiérarchie des valeurs et la volonté de croire en un ascenseur social linéaire et ouvert. De l’autre le refus de cette hiérarchie des valeurs, et l’inclination pour un relativisme qui s’accommode d’un vrai déterminisme social.

Comment ne pas supposer derrière tout cela les racines d’un clivage bien plus abrupt encore, celui entre la société dite « bourgeoise » dans laquelle il existe une sorte de règle du jeu à laquelle tout le monde peut se mesurer, et la société qui refuse d’être bourgeoise parce qu’elle est morcelée en microsociétés qui ne peuvent plus rien partager en commun ? L’analyse de ces deux paradigmes est intéressante à plusieurs titres.

La société des « possibles » basée sur la réussite et l’assimilation

Dans la société que défend sans le dire Luc Ferry, il existe une hiérarchie du goût et des valeurs qui va d’ailleurs bien au-delà d’un simple marcel d’un bleu défraîchi particulièrement fadasse. Ne soyons pas naïfs d’ailleurs, Philippe Poutou sait très bien s’habiller lorsqu’il le souhaite et son geste consistant à se présenter en « casual » à un débat télévisé dans le cadre de sa candidature au poste suprême est un acte provocateur justifié par des critères de ciblage marketing très calculés. Il s’agit même d’un coup de maître : le « packaging » est ici d’autant plus important qu’il se trouve en cohérence avec le contenu du produit et en opposition frontale avec les produits concurrents.

Hélas, et c’est là où Luc Ferry a raison, les ouvriers ont déserté depuis longtemps le vote à gauche et pointent massivement (à plus de 50% !) au Front National, parti politique clairement associé aux chemises bleu ciel, aux cravates chic, aux pantalons bleu marine et aux mocassins noirs. Le positionnement vestimentaire de Philippe Poutou constitue donc une preuve supplémentaire de la déconnexion de la classe politique de gauche vis-à-vis de son électorat historique. Tous deux ne se comprennent plus, et ce depuis plusieurs années !

Mais au-delà de ce coup de communication forcément périmé voire désespérément nostalgique, il reste ce pied de nez au système de valeur bourgeois, ce système que certains passages de l’excellent livre de Pierre Bourdieu La distinction laissent supposer qu’il est purement arbitraire, tandis que d’autres, plus rares, avouent qu’il nécessite un « minimum d’apprentissage »… Derrière ces hésitations de l’auteur dont on connaît la sincérité de l’engagement, se tapit toute la contradiction actuelle française à savoir une posture dans laquelle se mélangent une certaine admiration/jalousie, et une détestation sans limite des valeurs bourgeoises. Cette détestation étant d’ailleurs un véritable marqueur d’une certaine idéologie socialiste.

Car, malgré le fait que casser le système de valeur bourgeois soit encouragé par la bien-pensance actuelle (de gauche), ce-dit système n’en reste pas moins une référence. Pourquoi ? Parce que sa « domination » n’est ni arbitraire, ni même stupide. N’est-il pas en effet plus jouissif de savoir prendre plaisir dans les raffinements qu’offrent les arts, la culture et le luxe bourgeois ? N’est-il pas plus agréable pour des hôtes, des invités ou des spectateurs d’une émission que de s’y présenter avec une tenue qui les honore ? Pourquoi d’ailleurs ces questions semblent aussi irrévérencieuses et sont de nature à faire bouillir la cléricature gauchiste ? Existerait-il des individus sains (ou sans arrière-pensée) qui ne visent pas à s’élever dans la société et à goûter aux meilleurs plaisirs de l’existence humaine ? Alors, pourquoi faire croire le contraire ?

La société des « statuts » basée sur le maintien des inégalités

Il est admirable de critiquer tout ce qui pourrait éventuellement rabaisser la classe ouvrière et rappeler qu’elle n’est pas aussi élégante ou raffinée ou cultivée que l’aristocratie. Vouloir faire accroire que le système de valeurs ouvrier n’est en aucun cas « inférieur » au système de valeurs bourgeois est même magnifique. Cela prouve une énorme compassion. Cela prouve également une puissante capacité à préférer la fuite dans les discours moralisateurs à la prise en considération pure et dure des faits sociologiques.

Car toute tentative à vouloir faire admettre que le système de valeur ouvrier est tout aussi valable, élaboré et efficace (c’est-à-dire de nature à susciter le bonheur chez soi et autour de soi) que le système bourgeois est un leurre. Pour caricaturer, on ne pourra jamais démontrer que l’inculture est aussi édifiante que la culture, que la vulgarité est aussi valable que le raffinement, que savoir dévisser des boulons est aussi subtil que décider de la stratégie d’une multinationale, que l’impolitesse est aussi efficace que la politesse. Sur ce dernier point justement, il est scientifiquement avancé que la politesse est une pratique rationnelle visant à faciliter les relations en les codifiant de façon à diminuer le stress et l’agressivité (travaux de Herbert Paul Grice notamment). Ces règles du savoir-vivre bourgeois tant décriées par certains ne sont pourtant que l’aboutissement de siècles d’apprentissage des relations humaines !

Ce déni de toute hiérarchisation trouve d’ailleurs dans l’œuvre de Fernand Léger une illustration parfaitement symbolique de son inanité : à vouloir représenter le monde ouvrier avec des codes qu’il a estimé dignes de celui-ci (« l’art ouvrier » dit-on à son sujet), le peintre s’est enlisé dans des cernes noirs et lourds, une stylisation systématique et sans finesse qui rappellent l’art communiste et son immobilisme ! Entre nous soit dit, représenter les cols bleus dans leurs ateliers avec l’esthétique d’un Greuze ou d’un Tiepolo n’aurait-il pas été plus ennoblissant ? De même que lorsque Georges Sand décrit avec élégance le travail des compagnons du tour de France en train de construire un escalier à vis dans un château, sous les yeux de la fille de son aristocrate de propriétaire, n’est-ce pas considérablement plus valorisant pour ces ouvriers-là ?

En réalité, il est difficile de ne pas voir dans l’obsession de toujours défendre la classe ouvrière ce que les psychologues appellent une « formation réactionnelle », c’est-à-dire un mécanisme de défense (au sens freudien) consistant à arborer un comportement symétriquement opposé à ce que l’on ne veut pas montrer. Dans la mesure où fuir dans le déni consomme beaucoup d’énergie cérébrale, la survalorisation de la classe ouvrière ne peut se justifier que par une puissante motivation. Pitié, rejet, mépris ? Difficile de savoir, et peu importe à la limite. Ce qui est certain, c’est que les sentiments que l’on cache ne sont jamais les plus jolis.

Car forcément, derrière ce souci compulsif de refuser tout défaut à la classe ouvrière et de l’assimiler à ses pratiques les plus caricaturales, sous couvert de défendre celles-ci, se cache en filigrane une distance sociale qui peut confiner au déterminisme le plus cruel : les ouvriers sont les ouvriers, ils sont comme ils sont, et en les valorisant, cela permet de les laisser comme ils sont là où ils sont. Encore une fois, le déni des différences n’est jamais bon signe. Il est clair que les individus qui puisent leurs relations amicales dans les milieux les plus variés ne sont pas des adeptes du déni. Ce sont des gens qui vivent au contraire avec ces différences, et qui savent les gérer au lieu de refuser de les voir et de les exprimer. Il y a probablement derrière cette survalorisation, ce déni des différences, la croyance que les classes sont figées, et que la seule possibilité de gérer ces différences consiste à les nier, ni plus ni moins.

Il ne fait aucun doute que le clivage gauche/droite reste passablement pertinent en matière de déni/acceptation des différences des systèmes de valeurs ouvrier/bourgeois. Le comble n’est-il pas de constater que les plus virulents dans la défense de la « cause ouvrière » et de l’indéfectible spécificité de son système de valeurs sont ceux dont l’idéologie et les partis ne font plus recette auprès ce ces ouvriers : les communistes et les socialistes ?

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Pire encore, selon plusieurs études scientifiques (Anne Muxel in « Toi, moi et la politique, amour et conviction », Arthur Brooks in « Who really cares ») il apparaît que les personnes partageant cette idéologie de gauche font preuve d’une moindre tolérance que les autres. Difficile dans ce cas de ne pas conclure, ainsi que le suggère tout mécanisme de déni du réel :  plus on est intolérant à la différence, plus on aura tendance à nier celle-ci et à la conserver éloignée de soi…


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  • J ai eu beau lire jusqu’à au bout je n ai pas saisi ou voulait en venir l auteur

  • Bonjour

    Il suffit de voir la détestation du milieu éducatif pour l’apprentissage et de tout travail manuel pour voir le mépris de la gauche socialiste pour les ouvriers (contrairement au PC).

  • Vous observez à juste titre : « tandis qu’il est bienvenu de se moquer des patrons et des riches car eux sont bourrés de défauts, c’est connu. », et fournissez un exemple récent de Libération.

    Mais ce « journal » avait fait bien pire, le 3 janvier 1977, lorsqu’il avait rapporté le décès du Patron de Presse Amaury en titrant :  » Le cheval d’Amaury sort indemne d’un accident » avec en sous titre « Le cavalier, propriétaire du Parisien-Libéré, n’a pas survécu à ses blessures ».

    Voici ce qui reste de cet exploit historique dans les archives de la BNF : http://bit.ly/2nttoTS

    • Bertrand de Kermel
      9 avril 2017 at 10 h 40 min

      Rappelons que Bruno Lemaire ne portait pas de cravate lors de la primaire. Perso, cela m’a un brin choqué. Mais… le fin du fin au G20 et de discuter (ou plutôt de se faire photographier) en chemise et sans cravate pour faire croire que les 20 grands de ce monde sont chouettes copains.

      Dans un tel contexte où l’élite fait exprès de casser les règles non dites, Poutou ne pouvait pas se présenter en costume cravate. MAIS, contrairement à ce qui est écrit, il ne portait pas non, plus de Marcel.

      Au fond, tout cela n’est pas gravissime. Il suffit aussi de voir aussi comment sont « attiffées » les people…

    • Incroyable ! Merci pour ce lien. L’aspect malodorant de Libé remonte donc à très loin…

  • Analyse très intéressante à une réserve près. Ce que l’auteur appelle « culture bourgeoise » est en fait une culture aristocratique. Une valeur de l’aristocratie est la gratuité. L’art, mais aussi le duel, la mode, etc. La bourgeoisie étant au contraire soucieuse de l’utilité. Que la bourgeoisie se soit emparée de cette culture aristocratique pour en faire un marqueur social est certain, mais ce faisant elle pervertit cette culture. J’ai connu des ouvriers qui avaient une vraie culture cinématographique (l’un d’eux m’a fait découvrir Max Linder). Chez eux elle reste complètement gratuite et donc réellement aristocratique.

    • articratique, gratuit? c’est un peut comme Hollande : c’est gratuit, c’est l’état qui paie… la différence entre les aristocrate et les bourgeois c’est que les premiers ne gagnait pas leur argent il le prenait. Les bourgeois eux, devaient le gagner ce qui change un peut la relation de « gratuité ».

  • intolérants à la différence . . . et tolérants à l’indifférence !

  • L’article est très intéressant.
    Par contre, pas tout à fait d’accord avec le début de l’article : les médias ne se permettent pas de critiquer les ouvriers, tant que ceux ci restent là où ils veulent qu’ils soient (à la CGT par ex). Quand ils votent FN, ce sont des abrutis et des haineux. Pendant longtemps, peu se risquaient à essayer de comprendre pourquoi les pauvres votaient FN. Et pour cause : cela obligeait à mesurer l’écart entre ce que vivent les bobos et la classe ouvrière. Entre l’aveuglement de nantis de beaux quartiers, qui y érigent des frontières invisibles, et ceux qui n’ont pas cette possibilité. Et donc, d’en tirer des conclusions peu honorables…

  • Je compare Poutou et Arthaud. Tout deux défendent un programme très similaire, communiste assumée noir sur blanc. Quant à leur tenue vestimentaire, il n’y avait rien à dire sur Arthaud. Qu’elle soit une femme, ne change rien. Elle était « smart casual », sa tenue était tout à fait correcte sans paraître luxueux ou particulièrement élégant.
    Poutou a parfaitement assumé de porter un sweat-shirt et de ne pas s’être rasé. Il s’est donné l’image d’un prolétaire qui sort de l’usine ou qui part un samedi matin faire ses courses à Aldi ou Lidl…
    Il y a aussi une attitude (naturelle, calculée ?) qu’il a eu toute la soirée, ne tenant pas en place, ne pouvant s’empêcher d’invectiver les autres. Il a même refusé de se joindre aux autres pour la photo. Comparé à Arthaud, qui elle n’a pas cherché à se faire remarquer par outrage, qui des deux a convaincu son électorat ? Qui a su se montrer séduisant ou au contraire repoussant ?

  • Nul cet article.

    Un peintre, un ébéniste, un technicien de maintenance, un chirurgien… tous des métiers manuels réalisés par des ouvriers spécialisés, vous ne pouvez pas poser de frontière arbitraire entre ouvrier et Bourgeois.

    un chirurgien est un ouvrier spécialisé bourgeois alors ?
    Si par ouvrier vous entendez une personne qui n’ a aucun pouvoir de décision, Il y a des personnes qui choisissent volontairement de faire des boulots sans responsabilité car ils ont mesuré les avantages et les inconvénients. Ils sont éduqués et même intelligent (Sisi je vous jure!)

    C est clair que Poutou est un cliché ambulant, mais honnêtement, sa façon de s’habiller on s’en tape. la remarque de Ferry est plus représentative de la déconnexion des élites fonctionnaires​ autoproclamées.

    si demain un candidat libéral se présentait aux élections et dans les émissions de télé en slip, je voterai quand même pour lui, avec plaisir.

    • Comme l’article le dit bien, la tenu de Poutou a été savamment soupesée. Je suis sur que ce monsieur s’habille bien plus correctement pour sortir en boite ou diner chez des amis ce qui implique un mépris certain pour les téléspectateurs. mépris compréhensible sachant quel parti représente m. Poutou puisque globalement en guerre contre la société toute entière si l’on excepte la poignée d’extrémiste révolutionnaire qui peuple se pays. les autres sont soit des bourgeois à rééduqué ou des traitres à la cause qui subiront le même sort.

  • l’habit ne fait pas le moine ;

  • Ouvrier chez Renault, mal habillé, mal coiffé, je connais néanmoins des insultes dans une bonne vingtaine de langue et à l’imparfait du subjonctif. Rien de tel pour créer du lien social.

  • Que Poutou ait voulu casser les codes, je trouve cela très bien. Les hommes en costard/cravate tous pareils, c’est un peu ridicule à la longue. Ca fait des silhouettes de pingouins.

    Mais là où Poutou n’a pas été bon, c’est qu’il était moche dans sa tenue. Il semblait en pyjama, sorti du lit, pas bien coiffé.
    Or, c’est plutôt un bel homme. Il aurait pu être casual, mais avec des vetements, des couleurs, des matières qui l’auraient mis en valeur. Pour être élu, ou reconnu et écouté, il faut tout de même en imposer un peu, séduire aussi. Et cela ne passe pas que par les mots.
    Bref, il aurait pu faire un carton, mais c’est loupé !

  • jacques lemiere
    9 avril 2017 at 17 h 37 min

    intéressant mais secondaire… je doute de l’existence d’une classe ouvrière bien définie ..comme je doute de l’existence d’une bourgeoisie bien définie..à partir de là…on est dans un discours fermé..

  • L’habit ne fait pas le moine. Philippe Poutou aura eu au moins le mérite de faire sortir du bois Luc Ferry, qui parce qu’il a une « culture » dite supérieure à celle de Philippe Poutou se donne le droit de critiquer sa tenue.
    D’ailleurs en quoi la culture de Luc Ferry est-elle supérieure à celle de Philippe Poutou ? Il y aurait sans doute bien des domaines où Philippe Poutou en remontrerait à Ferry.
    En quoi la culture de l’art de l’ « aristocratie » bourgeoise française est-elle supérieure à celle du « peuple » ? Les premiers ont appris à s’extasier devant des oeuvres dont souvent le sens leur échappe (combien admirent sans réserve toutes les oeuvres de Picasso, même et y compris celles où le maitre s’est manifestement foutu du monde), et sont incapables d’admirer simplement la nature qui nous entoure, variée, diverse, étonnante, splendide souvent. Les plaisirs simples des seconds, parce qu’ils sont naturels et spontanés, n’en ont-ils pas autant de valeur ?
    La réaction de Luc Ferry montre combien la société française en est restée aux valeurs de la monarchie d’il y a trois siècles, malgré une « révolution » qui voulait bannir les inégalités. Toute cette caste bien pensante est prompte à rabaisser le « monde ouvrier » au niveau des serfs d’antan, mais s’insurge contre l’existence d’une classe d’intouchables en Inde. C’est dire son hypocrisie !

  • LesFaitsSontTêtus
    9 avril 2017 at 18 h 41 min

    Les Deschiens, le Beauf de Cabu, la Vie est un long fleuve tranquille, etc, etc…non c’est vrai, on ne rigole jamais des prolos.

  • Quand il sera possible de repasser soi-même ses costumes, je trouverai ça respectable. En attendant je considère ça comme de la blague de la part de personnes qui ne savent pas s’occuper d’eux-même.

  • Perso, je préfère un Poutou à l’aise dans son marcel, qu’un flamby débordant de son costume à deux balles !

  • Ben quoi, qu’y a-t-il de choquant? Tout le monde se souvient de Trotsky haranguant les foules prolétariennes en Marcel!

  • Frédéric Glorieux
    11 avril 2017 at 0 h 25 min

    Monsieur,

    Votre texte m’a beaucoup intéressé, même si je ne suis pas d’accord.

    Je pense que vous avez complètement manqué ce qui s’est passé, et ce que la majorité a compris. Quel costume peut se payer un ouvrier ? Certains auraient préféré pouvoir se moquer de sa faute de goût, d’une mauvaise coupe, ou du manque de boutons de manchettes. Il n’est pas rentré dans une course où il ne pouvait que perdre, il a le costume de son discours, comme Fillon (mais lui se les fait offrir).

    La bonne éducation bourgeoise que vous vantez est l’habitude de se taire, elle produit des individus conformistes qui ne savent plus voir et dire le vrai. C’est exactement le même type de comportements qui a produit le désastre industriel de Tchernobyl. Les ouvriers n’ont pas osé dire, aux ingénieurs qui n’ont pas fait savoir, à des décideurs trop craintifs pour alerter, que la réalité n’était pas comme décidé. Il règne actuellement un climat similaire de soumission dans le travail, précaires et sous-traitants ne disent rien et laissent faire pour ne pas perdre leur travail, ils sont très bien élevés. Le résultat ? Et bien la France ne sait plus fabriquer de centrales nucléaires, le scandale de l’EPR est un signe voyant. Il manque décidément de Poutous au Creusot ou à Areva. Ils sont peut-être remuants, mais engagés, et de bonne foi. Je ne sais pas où vous habitez, mais vérifiez bien que vous êtes à plus de 100 km d’une centrale.

    La droite, qui par le passé a lutté contre le soviétisme, est dans un déni digne des communistes les plus croyants après le printemps de Prague. Fillon a trahi De Gaulle et Philippe Séguin, heureusement qu’il reste Dupont-Aignan.

  • Intéressant cet article mais j’ai juste l’impression d’une personne totalement persuadé de la supériorité de ces goûts qu’il ne comprend pas que l’on puisse avoir d’autre goûts que lui.

    J’ai l’impression de lire ces bourgeois germanopratins que je côtoit à longueur de journée qui m’expliquent qu’il n’y a que des ânes pour ne pas s’extasier devant l’art moderne. Qui ne comprennent pas que l’on ne s’extasie pas devant Duchamp.
    Qui te sorte le dernier BHL ou finkielkraut et qui te toisent de mépris quand toi tu as envie de lire Gemmell ou Zimmer Bradley.

    Cette même culture bourgeoise qui ne comprend pas pourquoi pour l’ouvrier aller au stade c’est transcendant quand tu es dans le mur jaune de Dortmund et qui ne s’y risquent que dans les salons privé du PSG avec petits fours.

    Je ne défend pas un système de valeur par rapport à un autre. Je comprends ceux qui veulent passer des heures dans les musées d’art modernes comme ceux qui préfèrent à la place se faire l’intégrale des Fast&Furious.
    Chacun ses goûts.
    C’est pour ça que j’aime le libéralisme, chacun étant libre de ses goûts et de ses choix.

    Et ce que je n’aime pas chez les anti-libéraux c’est bien ça.
    Ceux qui savent mieux que moi ce qui est bon pour moi. Ceux qui pensent que si je n’ai pas envie d’adopter la culture bourgeoise germanopratine je suis un homme sans intelligence ou sans arrière pensée.

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