Le scandale financier de la traverse 17-18

La mairie de Paris subventionne une ligne de bus qui coûte plus cher par voyageur que de leur payer à tous un Uber !

Par Alexis Vintray.

Que diriez-vous, si vous étiez contribuable parisien, de voir votre argent utilisé pour subventionner une ligne de transport en commun à 85% de déficit ? Vous seriez choqué, à juste titre, de voir comment votre argent est gaspillé. Et pourtant, le scandale continue, et la mairie de Paris a décidé de rajouter de nouvelles dépenses au lieu d’y mettre fin une fois pour toutes !

La traverse 17/18, un scandale financier depuis 2011…

La traverse 17/18, destinée à faire le lien entre le 17e et le 18e arrondissement, est une ligne de minibus qui vont de l’ouest du 17e arrondissement à l’hôpital Bichat dans le 18e. Avec une petite trentaine d’arrêts, elle fait une boucle pendant toute la journée et passe toutes les 15 à 20 minutes. Lancée en 2011, elle transporte entre 200 et 300 000 passagers chaque année, un chiffre « assez faible » comme reconnu pudiquement par la mairie (240 000 en 2012, 275 000 en 2016)

Principal hic, cette ligne est un gouffre financier sans fond, dans lequel ont déjà été probablement engloutis 8 à 10 millions € de votre argent en six ans, puisqu’en 2016 seulement, la traverse 17/18 Batignolles – Bichat a coûté 1,7 million d’euros au contribuable selon Yvette Ranc (Agence de la mobilité au sein de la Direction de la Voirie et des Déplacements, Ville de Paris). En 2012, la mairie de Paris parlait de 1,5 million €. Cela représente 5€ par habitant du 17e et du 18e (incluant enfants, personnes ne payant pas d’impôts, etc.).

Payer un VTC comme Uber ou Chauffeur Privé à chacun des 275 000 clients de la Traverse 17/18 en 2016 reviendrait moins cher au contribuable parisien que les 6€ par trajet de coût actuel ! La preuve :

Payer un VTC comme Uber ou Chauffeur Privé à chacun des 275 000 clients de la Traverse 17/18 en 2016 reviendrait moins cher au contribuable parisien

… scandale dans lequel la mairie réinjecte encore de votre argent !

Le contrat d’exploitation de la traverse confié à la RATP expire fin 2017. Il semblait donc aller de soi que, après un premier essai raté, la mairie de Paris allait mettre un terme à cette ligne et investir de façon plus productive l’argent des contribuables parisiens.

Et pourtant non : la mairie de Paris (qui finance), avec le soutien des mairies du 17e et du 18e arrondissements (qui ont organisé des réunions publiques), a décidé de repartir pour un tour (et combien de millions de coûts supplémentaires ?). Pire, ce nouvel engagement se fait en réinvestissant de l’argent public pour financer l’ajout de l’information en temps réel des heures de passage des bus. Seule contrainte, réduire les coûts de 30% avec une rationalisation du parcours, soit un passage de 84% de déficit à 76% de déficit1. Vous avez dit saine gestion ?

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Et le scandale est loin de s’arrêter là puisqu’il n’y a pas de raisons de supposer que, avec les mêmes modes de fonctionnement, la poignée d’autres « traverses » qui existent dans Paris soient significativement moins déficitaires.

Pourquoi un tel gâchis financier ?

À ces niveaux abyssaux de déficit, on doit se demander à qui profite le crime : intérêts financiers ? Clientélisme électoral ? Rien ne laisse présager qu’il s’agit de la première option à ce stade, mais la seconde semble bien plus probable si on se fie au compte-rendu du Conseil de quartier du 17e voué à ce sujet : « Beaucoup de participants manifestent leur mécontentement quant à la volonté de réduire le coût de la Traverse de 30%[..]. Les arbitrages budgétaires paraissent parfois incompréhensibles aux yeux des habitants, des sommes d’argent importantes sont dédiées, par exemple, aux œuvres d’art le long du parcours du T3. »

Dit autrement, au lieu de faire ce qu’un gestionnaire sain ferait, à savoir arrêter les coûts d’un projet voué au déficit lourd et structurel, la mairie préfère donc céder aux demandes de quelques centaines de personnes, en faisant payer pour cela les 2 millions d’habitants de Paris…

Pire, Annick Lepetit, élue d’opposition dans le 17e et députée de la circonscription concernée par la Traverse regrette même qu’on essaie d’en diminuer les coûts et « aurait préféré qu’un travail soit mené pour discipliner les automobilistes [qui bloquent les bus] plutôt que de réduire le coût de la Traverse. » Mais la majorité de droite n’a pas davantage pris position pour stopper cette ligne lourdement déficitaire puisque, au contraire, Jérôme Dubus estime « qu’une meilleure communication est à envisager » et « regrette que le bout de la rue de La Jonquière (au niveau du centre sportif B. Lafay) ne soit pas desservi par la Traverse ». Geoffroy Boulard (LR) se satisfait pour sa part de la réduction des 30% des coûts et ne demande pas l’arrêt définitif de la traverse.

La fin du gaspillage de l’argent du contribuable n’est pas pour demain…

Note : l’image d’illustration de cet article est une photographie de la traverse Ney-Frande et non de la traverse 17/18 « Batignolles – Bichat ».

  1. en supposant que chaque passager paie 1€ par trajet et en rapportant cela au 6€ de coût par trajet donné par la Mairie