Front national : quel risque prenons-nous avec la sortie de l’Euro ?

Marine Le Pen - Front national - Meeting 1er mai 2012 - Blandine La Cain via Flickr

Avec Marine Le Pen l’énergie des entrepreneurs sera assommée par la sortie de l’Euro et au vacillement des banques. S’y ajoutera le maintien du carcan administratif et des fonctionnaires qui veillent à son application.

Par Hervé Gourio
Un article d’Emploi 2017

On ne saurait dénier à Marine Le Pen la persévérance de son discours et sa logique verbale.

Nous sommes maintenant tous préparés à un référendum sur le Frexit peu après son élection éventuelle. La France recouvrerait ensuite sa pleine souveraineté et, dans le domaine monétaire, la Banque de France battrait à nouveau des francs français qui remplaceraient les euros.

Initialement, on pourrait espérer qu’il ait une valeur faciale égale, dans tous les contrats de droit français. Qu’il soit ensuite très rapidement décoté par rapport à l’euro, et qu’il commence à flotter est considéré comme un bienfait par Marine. Les ventes à l’étranger, relancées, bénéficieront un moment aux entreprises exportatrices et à leurs salariés.

Érosion du pouvoir d’achat des consommateurs

Le coût des matières premières ou des produits technologiques importés entamera en premier lieu le pouvoir d’achat des consommateurs, puis des industriels. Les Français voyageurs ou expatriés verront leurs revenus fortement réduits et devront adapter leurs comportements. Quant au monde financier il devra très probablement recourir à la garantie de l’État (dont tous ne savent pas qu’elle repose sur notre capacité à payer les impôts).

Cette charge supplémentaire devrait amener obligatoirement un accroissement des impôts, quoi qu’elle en dise. Précédé, plus qu’accompagné, de mesures destinées à stabiliser des banques replongées dans un univers un peu oublié, et disparu il y a une trentaine d’années, lorsqu’elles devaient en priorité participer à l’équilibre financier du Trésor. Sacrée secousse.

Davantage de dépenses publiques, et de fonctionnaires

On ne doit pas négliger l’autre versant de la « libération » souverainiste. Pas question de réduire les dépenses publiques ni le nombre de fonctionnaires. L’État français et ses services publics sont beaux comme des… TGV. Pas question de casser cette magnifique machine, il faut seulement changer le conducteur, a-t-elle répété récemment.

Le nouveau conducteur aura en vue seulement l’intérêt des Français, libérés des contraintes bruxelloises ou francfortoises. À la différence de tous les gouvernements passés, les services publics produiront désormais des bienfaits incomparablement supérieurs, à coût constant, et même à effectifs accrus (?).

Pas question non plus ne serait-ce que d’additionner le coût, même approximatif, de toutes les améliorations promises aux Français. Comme Messieurs Mélenchon, Hamon et consorts, Marine Le Pen semble avoir appris à parler, à lire, et à écrire probablement ; mais pas à compter. Nous sommes face à des programmes de rêve !

Aucune connaissance économique

Redoutable combinaison d’une avocate et de l’énarque Philippot, pas plus que leurs prédécesseurs, le FN est ignorant de ce qui relancera l’emploi. Pour aller vite, l’ambition des entrepreneurs de réussir contre des concurrents, et pas seulement Français, ou l’envie des porteurs de projet de lancer une start-up ne seront pas des domaines à soutenir, car pour cela, il faudrait le connaître et en comprendre l’absolue nécessité. Au fond, nous resterons dans la pensée économique ayant imprégné tous les partis de gauche ou d’extrême gauche depuis 1945.

Avec Marine Le Pen l’énergie des entrepreneurs sera bien émoussée, une première fois par le coup de massue consécutif à la sortie de l’Euro et au vacillement des banques ; puis s’y ajoutera le maintien du carcan administratif et des fonctionnaires qui veillent à son application ; et enfin, l’explosion des promesses. Les jockeys vont chevaucher des boulonnais de plus en plus alourdis.

Qu’en sera-t-il des exportations stimulées par la baisse du franc ? Elles plongeront, et avec elles le franc Le Pen. Les plus anciens ont connu ces dévaluations à répétition sous la IVeme République et après 1968. Différence sémantique de taille : Marine Le Pen ne dévaluera pas. Le franc flottera. Constamment à la baisse. Jusqu’au moment où le gouvernement acceptera de démonter le TGV.

Non les TGV ne flottent pas. Ils coulent…


Sur le web