L’inquiétante mesure constitutionnelle du programme de Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon est peut-être bien intentionné, peu importe, mais ses inepties teintées d’une rhétorique humaniste ne feront que mener à des catastrophes humanitaires.

Par Guillaume Moukala Same.

Un soir, une pulsion hasardeuse m’a amené à jeter un coup d’oeil approfondi au programme de Jean-Luc Mélenchon. Je n’y suis pas resté très longtemps car ce que j’ai vu m’a très vite effrayé, ou tout du moins m’a sérieusement amené à me poser des questions.

Dans la partie sur la 6ème République, la sous-partie numéro 9 intitulée « La République garante des biens communs » a tout particulièrement attiré mon attention. Soucieux de ce que pourraient être ces biens communs, je m’aventure dans les détails de cette section. J’étais loin de savoir ce que j’allais découvrir.

Constitutionnaliser le travail et le logement

Hormis la règle verte que je connaissais déjà, et la proposition de « constitutionnaliser et rendre effectifs les droits au travail et au logement » où après réflexion on se demande pourquoi il ne va pas plus loin en interdisant constitutionnellement le chômage et en établissant constitutionnellement le droit à la richesse, voilà un point qui m’a tout particulièrement interrogé :

Protéger les biens communs : l’air, l’eau, l’alimentation, le vivant, la santé, l’énergie, la monnaie ne sont pas des marchandises. Ils doivent être gérés démocratiquement : le droit de propriété doit être soumis à l’intérêt général, la propriété commune protégée et les services publics développés

Ceci est inquiétant car on ne sait pas explicitement ce que cela veut dire mais en tout cas cela ne présage rien de bon. Si vous voulez mon avis, cela veut au moins dire qu’il ne rejette pas l’idée de nationaliser les entreprises qui gèrent ces « biens communs » et fixer leurs prix « démocratiquement ».  Je ne sais pas ce que veut dire fixer un prix démocratiquement, mais c’est peut-être quelque chose comme un référendum sur le prix des carottes et des pommes de terre ?

Un planiste communiste

En tout cas, cette simple proposition fait tomber le masque du banal keynésien qui souhaite développer une forme de capitalisme étatique, mais fait éclater en plein jour son vrai visage de communiste et ses pulsions planistes qui ne se limitent pas à l’écologie.

Certains diront que j’exagère mais il suffit de lire simplement cette proposition pour voir qu’il ne s’agit pas seulement d’étatiser le marché mais de complètement sortir ces « non-marchandises » des mécanismes de marché. Peut-être n’annonce-t-il pas clairement ni explicitement la couleur (quoique que l’on pourrait dire que c’est vert à l’extérieur et rouge à l’intérieur) mais il est clair que considérer les biens de première nécessité comme non pas des marchandises mais des propriétés communes est le premier pas vers l’enfer économique.

Jean Luc Mélenchon nous prouve une bonne fois pour toute qu’il n’a rien compris à l’économie

Et c’est tant mieux car il serait temps d’arrêter de croire que de telles idées peuvent représenter un avenir pour la France autre que celui du Venezuela aujourd’hui.

La plus grande erreur que Jean Luc Mélenchon fait ici est de considérer que la nourriture et la boisson, les médicaments, l’énergie ou la monnaie (je n’étudierai pas les autres biens même si leur gestion par l’État est aussi inefficace) ne sont pas des marchandises.

Avec ses lunettes d’éco-socialiste humaniste il imagine sûrement que c’est mieux pour le bien de tous que l’État bienveillant et compétent gère ces ressources. Pourtant l’échec de tous les systèmes planistes montre que c’est une très mauvaise idée.

L’exemple de Prague

J’étais il y a quelques jours au musée du communisme à Prague et une note historique rappelait que, bien qu’officiellement les prix des assortiments du commerce de détail étaient acceptables, officieusement ce commerce de détail était introuvable à cause de « la prédominance absolue de la demande sur l’offre », ainsi « la société retournait à ses premières formes d’échange : le boucher échangeait avec le marchand de fruits de légumes son filet de bœuf contre les bananes, et les magasins étaient vides ».

Voilà ce que cela donne de suivre les caprices d’un homme qui trouve que le terme « marchandise » se réfère trop à la méchante économie déshumanisée, et qu’il faudrait plutôt dire « bien commun ».

Ce que le marché sait faire

Sauf que cela change tout. Ce que le marché sait faire, mais que l’État est incapable de réaliser, c’est de gérer la rareté en allouant les ressources de la manière la plus efficace grâce au système de prix. « Tout prix dégagé sur un marché est le résultat nécessaire du jeu mutuel des forces qui opèrent, à savoir l’offre et la demande1 » et il détermine « quels sont, parmi les facteurs de production, ceux qui devraient être employés et ceux qui ne devrait pas l’être2 ».

La bureaucratie étatique n’a pas cette capacité et la « gestion démocratique » non plus ; car une marchandise ne saurait être gérée efficacement autrement que grâce aux forces du marché libre.

Aucun autre système que le marché ne permet de décentraliser l’action et l’information au point de réussir à gérer des ressources limitées et des besoins illimités de manière optimale.

Plus de famine en Europe

J’en veux pour preuve, depuis l’avènement du système capitaliste et la Révolution Industrielle au 19è siècle il n’y plus de famine en Europe (excepté la famine des pommes de terre mais l’Irlande n’était à peine touchée par la Révolution Industrielle au milieu du 19è siècle). Prouesse que le communisme n’a pas été en capacité d’accomplir comme nous l’avons vu dans le musée du communisme de Prague.

 

L’exemple plus récent du Vénézuela montre comment les nationalisations et le contrôle des prix peuvent mener à provoquer des pénuries et contraindre à l’utilisation de cartes de rationnement. Même si la chute du prix du pétrole a clairement contribué à aggraver la situation, la crise économique a commencé avant la crise pétrolière. Un léger retour en arrière nous prouve que depuis Septembre 2012 les pénuries rendent la vie compliquée au Venezuela.

 

D’après la Banque centrale, « l’indice de pénurie » qui mesure les produits manquant au panier de base, avait déjà atteint 28,3% fin 2013. Pas besoin d’attendre la chute du prix du pétrole (été 2014) pour entendre le témoignage d’Elsy Marino qui faisait six à dix heures de queue par semaine : « Tout manque tout le temps : les œufs, l’huile, la farine de maïs. Alors forcément, les gens en ont marre ». De même, l’inflation avait déjà atteint 56,2% en 2013. Le départ d’Hugo Chavez n’est pas la raison de ces pénuries, elles sont plutôt la conséquence de sa politique passée.

Il n’y a pas de biens communs

Donc voilà bien la preuve que l’économie est plus qu’une affaire de système matérialiste déshumanisé et que la négation de ses principes élémentaires entraîne des conséquences ravageuses pour l’humanité.

Alors que cela heurte la sensibilité de certains tant pis, mais il n’y a pas de « biens communs » mais des marchandises dont les prix doivent être déterminés par le marché libre.

Ce n’est qu’une petite proposition dans une future Constitution qui de toute façon aura du mal à voir le jour, et encore moins en ces termes exacts. Certes, mais néanmoins cela en dit long sur le personnage et j’en amène les électeurs à considérer les leçons de l’histoire : peut-être que Jean-Luc Mélenchon est bien intentionné, peu importe, mais ces inepties teintées d’une rhétorique humaniste ne feront que mener à des catastrophes humanitaires.

 

  1. Ludwig Von Mises, L’Action Humaine, éd. Institut Coppet, P.458.
  2. p.456.