Présidentielle : la gauche, cette nouvelle machine à perdre

En 2017, la gauche sera donc absente du second tour pour la troisième fois depuis 1958.

Par Patrick Aulnas.

Le deuxième tour de l’élection présidentielle 2017 a toutes les chances de se dérouler sans la gauche. Tous les sondages placent aux trois premières places les mêmes candidats, et ceci ne varie pas.

Seul le classement a été modifié à la suite de l’affaire Fillon. L’ancien Premier ministre est désormais en troisième position (17 à 20% des intentions de vote) précédé par Marine Le Pen (25 à 27%) et Emmanuel Macron (25 à 26,5%). Les spécialistes considèrent cependant que la phase de cristallisation du vote n’est pas atteinte et qu’elle pourrait être tardive. Les surprises ne sont donc pas impossibles.

Rien de nouveau : la gauche veut perdre

Il n’empêche que la compétition se déroule entre l’extrême-droite, la droite et le centre et cela a peu de chances d’évoluer. Le candidat socialiste Benoît Hamon et le candidat du Parti de Gauche Jean-Luc Mélenchon se cannibalisent avec des programmes très proches. Sans la dualité Hamon-Mélenchon, la gauche aurait pu prétendre au second tour. La division de la gauche sur de minuscules querelles idéologiques la conduit à l’élimination. Rien de nouveau à cet égard.

Constructivisme

Une partie importante de la gauche n’a jamais aspiré à gouverner. Obtenir un siège de député ou de sénateur dans l’opposition sied parfaitement à de nombreux leaders. Ils évitent ainsi les inéluctables compromis de l’exercice du pouvoir et restent en phase avec leur base électorale.

Cet électorat ne se caractérise pas par le réalisme et le pragmatisme ; il est encore imprégné d’idéologie marxisante à laquelle vient s’ajouter aujourd’hui l’idéologie écologiste. Le rose se mêle au vert pour donner une nuance indéfinissable mais toujours constructiviste : il s’agit encore de bâtir avec quelques idées générales, et sur le papier, la société humaine de l’avenir.

Ne pas se salir les mains

Or, il est très facile d’empêcher ceux qui le souhaitent de gagner la présidentielle. Il suffit de multiplier les candidatures dans son camp pour que le premier tour devienne infranchissable. Le centre et la droite gouvernent la France plus fréquemment que la gauche parce que cet atavisme de la défaite reste omniprésent chez un certain nombre de socialistes.

Les frondeurs socialistes, sous le quinquennat de François Hollande, prétendaient représenter la pureté idéologique mais aspiraient surtout à pouvoir (enfin !) s’opposer à la droite au pouvoir.

C’est pour bientôt, sans aucun doute… Discourir sur le monde tel qu’il devrait être est beaucoup plus passionnant pour eux que de construire pas à pas, au milieu de mille difficultés, le monde tel qu’il est. En rejetant par le verbe cette « société injuste », ils peuvent se targuer de représenter le bien sans avoir à se salir les mains.

Seulement deux présidentielles sans la gauche au second tour

Ce n’est pas la première fois que la gauche est éliminée du second tour de la présidentielle, mais le phénomène reste malgré tout assez rare. Depuis le début de la Ve République, les confrontations ont été les suivantes :

 

Année Candidats Vainqueur (% des suffrages exprimés)
1965 Charles de Gaulle (droite)

François Mitterrand (gauche)

Charles de Gaulle (55,20 %)
1969 Georges Pompidou (droite)

Alain Poher (centre)

Georges Pompidou (58,21%)
1974 Valéry Giscard d’Estaing (centre)

François Mitterrand (gauche)

Valéry Giscard d’Estaing (50,81%)

 

1981 Valéry Giscard d’Estaing (centre)

François Mitterrand (gauche)

François Mitterrand (54,02%)
1995 Jacques Chirac (droite)

Lionel Jospin (gauche)

Jacques Chirac (52,64%)

 

2002 Jacques Chirac (droite)

Jean-Marie Le Pen (extrême-droite)

Jacques Chirac (82,21%)

 

2007 Nicolas Sarkozy (droite)

Ségolène Royal (gauche)

Nicolas Sarkozy (53,06%)

 

2012 Nicolas Sarkozy (droite)

François Hollande (gauche)

François Hollande (51,64%)


La gauche éliminée pour la troisième fois en 2017 ?

On raisonnera ci-après en faisant abstraction des petites formations d’extrême-gauche d’inspiration trotskyste. La gauche a été éliminée au 1er tour en 1969 et en 2002.

En 1969, trois candidats de gauche étaient présents : Gaston Defferre (5,01%), Michel Rocard (3,61%) et le communiste Jacques Duclos (21,27%). La stratégie d’union de la gauche menée ensuite par Mitterrand s’explique largement par ces résultats : sans les électeurs communistes, pas d’accession au pouvoir possible.

En 2002, la gauche était beaucoup plus divisée puisqu’elle présentait cinq candidats : Lionel Jospin (16,18%), Jean-Pierre Chevènement (5,33%), Noël Mamère (5,25%), Robert Hue (3,37%), Christiane Taubira (2,32%).Un ou deux candidats de moins et Jospin figurait au second tour puisque Le Pen n’avait obtenu que 16,86% au 1er tour.

En 2017, la gauche sera donc absente du second tour pour la troisième fois depuis 1958.

Le deuxième tour 2017 sera-t-il atypique ?

Un second tour Fillon-Le Pen ne représenterait pas une nouveauté. Nous serions dans la configuration de 2002 (droite contre extrême-droite). Mais Marine Le Pen obtiendrait sans l’ombre d’un doute un score très supérieur à celui de son père (les derniers sondages donnent Fillon autour de 55% et Le Pen autour de 45%).

Un second tour Macron-Le Pen serait totalement inédit. Le centre serait alors opposé à l’extrême-droite. Malgré les évolutions du vocabulaire et les désaccords sur le positionnement politique d’Emmanuel Macron, on peut le considérer globalement comme un candidat centriste.

Jamais le centre n’a été opposé à l’extrême-droite au second tour de la présidentielle. Emmanuel Macron a bénéficié du résultat des primaires qui ont désigné une gauche et une droite très affirmées, laissant un espace considérable au centre.

Intuition politique, analyse pertinente de la réalité politique actuelle, volontarisme hors du commun ? Une chose est certaine : le leader du mouvement En Marche a bénéficié d’une rare conjonction de facteurs favorables. Les sondages le placent à plus de 60% dans un duel avec Marine Le Pen. Inconnu il y a quelques années, le voici sur la route de la fonction suprême.