Fillon a définitivement atteint le point Chirac

On sait maintenant que Fillon a atteint le point Chirac, celui au-delà duquel n’importe quelle affaire devient neutre dans le parcours politique du candidat.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Chirac licence creative commons BY-NC-ND 2.0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Fillon a définitivement atteint le point Chirac

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 14 mars 2017
- A +

Par Éric Verhaeghe.

François Fillon a atteint le point Chirac, celui où plus aucune attaque sur la probité n’atteint la personne. L’affaire de ses costumes en donne la preuve.

Les costumes de Fillon, la nouvelle boule puante ?

Il paraît que Fillon s’est fait offrir des costumes de luxe pour une somme globale de 50.000 euros, pendant plusieurs années. Le donateur est anonyme (probablement pas pour Fillon, mais pour le commun des mortels). L’affaire est présentée comme un nouveau scandale, mais elle ne semble pas affecter la campagne à ce stade.

Pourtant, et à certains égards, elle soulève plus de questions que l’emploi de Pénélope. Vous en connaissez beaucoup, vous, des gens, qui reçoivent des costumes à plus de 5.000 euros et qui trouvent ça naturel ? Là encore, on se met dans la peau d’un chef d’entreprise qui reçoit des cadeaux de ce genre. L’administration fiscale ne tarderait pas à lui demander des comptes pour savoir s’il s’agit ou non d’avantages en nature non déclarés.

Visiblement, François Fillon ne connaît pas les contraintes qui pèsent sur les entrepreneurs.

Dans le même temps, on peut quand même se demander qui balance la boule puante.

Qu’appelle-t-on le point Chirac ?

Bref, on sait maintenant que Fillon a atteint le point Chirac, celui au-delà duquel n’importe quelle affaire devient neutre dans le parcours politique du candidat. Le candidat des Républicains est désormais tellement blindé après le Penelopegate que deux camps sont immuables et irréconciliables : ceux qui considèrent que, quoiqu’il arrive ou quoiqu’il dise, il est un pourri ; et ceux qui considèrent que, quoique ses détracteurs inventent sur lui, il est victime d’un complot.

C’est, rappelons-le, dans cette configuration que Chirac a gagné la présidentielle de 2002. Sa réputation était absolument exécrable et, entre les scandales des frais de bouche, des emplois fictifs et des valises de liquide qui lui étaient apportées par des seconds couteaux, plus personne ne pouvait avoir le moindre doute sur la distance sibérienne qui le séparait de l’honnêteté. Malgré tout, 80% de Français ont voté pour lui au second tour.

L’atteinte de ce point s’explique largement par l’intensité outrancière du feu subi par Fillon au mois de février sur la situation professionnelle de sa femme. Désormais, il a franchi un cap. L’opinion s’est forgée, sur ce compte, une idée qui ne peut plus bouger. Toute affaire nouvelle ne fait que confirmer l’opinion forgée auparavant.

Quelle est l’origine politique du point Chirac ?

Dans certains pays, spécialement au nord de l’Europe, aucun homme politique n’aurait pu survivre à ce genre d’affaires. La démission en aurait été la seule issue.

En France, il existe une tolérance tout à fait différente vis-à-vis des dérapages des élus. Elle trouve probablement ses racines dans l’Ancien Régime. On a tous en mémoire l’affaire Fouquet, du nom de « ministre des Finances » de Louis XIV qui fut emprisonné pour corruption. La cause de sa chute ne tenait pas à la corruption elle-même, mais à l’ampleur symbolique qu’elle avait prise. Les fêtes de Fouquet étaient plus riches que celles du Roi lui-même.

Ainsi va l’esprit courtisan en France. Historiquement, les élus, qui ont succédé à la noblesse, considèrent qu’ils ont le droit de se « servir » et l’opinion publique ne leur en garde pas forcément rancune. D’une certaine façon, c’est cet obscur souvenir d’une tolérance vis-à-vis de la prévarication des nobles que les Français convoquent lorsqu’un point Chirac est atteint.

Y a-t-il un délitement caché de l’opinion publique ?

Reste à savoir si cette apparente passivité vis-à-vis d’un François Fillon au-delà du point Chirac cache un délitement en profondeur de son électorat. Au-delà de son simple cas, les boules puantes qu’il se prend sur sa probité détériorent-elles encore un peu plus l’adhésion des citoyens au régime et les poussent-elles à des votes de rupture ? À des stratégies dangereuses pour la démocratie ?

Nul ne le sait à ce stade.

Sur le web

Voir les commentaires (10)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (10)
  • Dans un pays de voleurs il est normal d’élire…Le roi des voleurs, dans un pays corrompu…..

    • Si vous préférez un président normal…

      • Un président normal qui est entre autres copropriétaire en SCI d’une maison notoirement sous-évaluée. Mais sur laquelle les services fiscaux our le PNF se gardent bien d’enquêter aussi.

  • chirac élu en 2002 malgrés tout…….on ne peut pas comparer cette époque là , ou les français vivaient à peu prés bien , et notre époque actuelle , ou rien ne va plus ; le chomage , la précarité , la pauvreté , un avenir flou pour des millions de gens , et au dessus , des élus qui se comportent comme des voyous , de droite comme de gauche , ne peuvent plus laisser les électeurs dans l’indifférence ; pour tout ses élus , les chiens aboient mais la caravane passe ; mais je doute fort que cette fois ci les électeurs , en leur fort interieur, ne pardonnent aussi facilement les nombreux écarts fait par les politiques , surtout lorsqu’il s’agit d’argent public ; le temps ne s’y prête plus ; 2017 ne sera pas 2002 ;

    • Etant né en 1978 je peux vous dire que j’ai entendu toute ma vie le discours sur « la crise dans laquelle nous vivons, et dont nous ne sommes jamais sortis », en attendant bien sagement la fin d’un cycle de Kondratiev à la baisse. Au passage notre président « normal » misait là-dessus, en se disant que quoi qu’il fasse le cycle baissier allait s’arrêter dans les 5 ans de son mandat.

  • Il me semble que De Gaulle a dit que la France était : « Un psys de tricheurs ou tout le monde en veut à celui qui triche plus que lui »

  • Lire « Pays »

  • En ce qui concerne le procès Fouquet puisque vous le mentionnez, il s’agissait bel et bien d’une cabale montée par un jeune Louis XIV jaloux qui voulait le pouvoir absolu avec l’aide de Colbert et de nobles également avides de pouvoir.

  • Et peut-être un jour, le point Fillon ❓

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

L’article 49, alinéa 3, de la Constitution française (dit 49-3) prévoit que lors du vote d’un projet ou d’une proposition de loi, le Premier ministre peut décider d’engager la responsabilité du gouvernement.

Dans ce cas, le projet de loi est alors adopté sauf si une motion de censure est déposée par au moins un dixième des députés. En cas de rejet de la motion, le projet est considéré comme adopté ; dans l’hypothèse inverse, le texte est rejeté et le gouvernement renversé.

 

La fin du régime des partis et la parlementar... Poursuivre la lecture

Par Gérard-Michel Thermeau.

Après avoir rassemblé près de 27 % des suffrages au premier tour, François Mitterrand (Jarnac, 26 octobre 1916 – Paris, 8 janvier 1996) l’emportait au second tour par 51,76 % des voix en ce 10 mai 1981. Ainsi, après deux tentatives malheureuses, avait-il enfin réussi à se faire élire président de la République.

Il pouvait désormais laisser sa trace dans l’histoire. Seul président à accomplir deux septennats (1981-1995), Mitterrand devait ainsi marquer, pour le meilleur et le pire, la France à la fin d... Poursuivre la lecture

chirac
0
Sauvegarder cet article

Par Yves Montenay.

Jacques Chirac, président de la République de 1995 à 2007, est décédé le 26 septembre 2019, à l’âge de 86 ans. Je viens ici vous parler de « mon » Chirac.

Vous savez que je suis accro à la politique, notamment économique. Jacques Chirac m’a donc marqué.

Nous sommes en 1967, à l’occasion de législatives difficiles pour la majorité gaulliste, quelques jeunes loups se distinguent en étant élus sur des terres de gauche après une campagne dynamique et remarquée. Comme les autres Français, je découvre Jacques... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles