Ce revenu universel qui coûte décidément trop cher

Le revenu universel fait encore parler de lui. Benoit Hamon qui avait fait de la mesure la pierre angulaire électoraliste de son programme, s’est ravisé sans le dire : le revenu universel sera finalement un tout petit peu moins universel que prévu.

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Ce revenu universel qui coûte décidément trop cher

Publié le 18 mars 2017
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Par Emmanuel Martin.
Un article de l’Iref-Europe

Une question lancinante que devraient se poser les partisans du revenu universel est « que se passerait-il si une grande majorité de la population finissait en définitive par décider de vivre uniquement du RU ? ». Et ne constituerait-il pas un appel d’air pour une immigration en quelque sorte d’opportunisme, ayant alors peu de chances de s’intégrer ? Comment financer la belle mesure dans ces cas ? Il y aurait donc un matraquage fiscal sur une minorité ? Pas très libéral.

Le revenu universel fait encore parler de lui. Le candidat socialiste Benoit Hamon qui avait fait de la mesure la pierre angulaire électoraliste de son programme, s’est ravisé sans le dire : le revenu universel sera finalement un tout petit peu moins universel que prévu puisque des conditions de ressources seront appliquées… et que le budget consacré sera dix fois moins élevé que ce qui était initialement proposé d’un revenu inconditionnel de 750 euros.

L’universalité a un coût

M. Hamon a réalisé que l’universalité a évidemment un coût, c’est un progrès. Parallèlement cependant, Gaspard Koenig, décidément plus engagé qu’un candidat de la gauche sur cette mesure, a récemment invité les libéraux à se réformer sur la question. Mais les libéraux réfractaires (comme les non libéraux d’ailleurs) ont de bonnes raisons de résister à la tentation de cette réforme.

L’argument pour attirer les libéraux repose largement sur l’idée que Milton Friedman a été le père de la mesure. Je crois avoir montré dans ces colonnes que cette idée est très largement contestable. Il y a en outre un réel risque d’assistanat, comme l’a rappelé Jean-Philippe Delsol. Bill Gates, qui a soudainement proposé une taxe sur les robots, dont le caractère malthusien et profondément erroné a été dénoncé ici même récemment par Jean-Yves Naudet, a même été mobilisé dans les débats sur le revenu universel, avant qu’il ne déclare il y a quelques jours que les États n’étaient pas encore assez riches et donc pas prêts à verser une telle allocation. La reculade de M. Hamon semble confirmer cette intuition. Reste que d’autres aspects problématiques de la mesure doivent être soulignés.

Comment financer le revenu universel ?

Une question lancinante que devraient se poser les partisans du revenu universel est « que se passerait-il si une grande majorité de la population finissait en définitive par décider de vivre uniquement du RU ? ». Et ne constituerait-il pas un appel d’air pour une immigration en quelque sorte d’opportunisme, ayant alors peu de chances de s’intégrer ? Comment financer la belle mesure dans ces cas ?

Il y aurait donc un matraquage fiscal sur une minorité ? Pas très libéral. D’ailleurs, on sort alors la carte magique de la taxe sur les robots pour financer la mesure. Mais qui paie la taxe encore une fois ? Des robots ? Non, évidemment. Des humains, qui doivent donc bien avoir un revenu. On le voit : on tourne en rond.

Revenu universel (Crédits : René Le Honzec, CC-BY 2.0)
Revenu universel (Crédits : René Le Honzec, CC-BY 2.0)

Par ailleurs, appliquer une allocation « homogène » sur un territoire aux niveaux de développements économiques très hétérogènes peut avoir de fâcheuses conséquences inattendues. D’une part cela constituerait une mesure en définitive inéquitable, puisque la même allocation ne fournirait pas le même degré de « liberté réelle », concept cher aux défenseurs de la mesure, en fonction des niveaux de vie des régions ou lieux où elle serait reçue.

Déséquilibres territoriaux

D’autre part des déséquilibres territoriaux pourraient survenir, avec engorgement des lieux où le niveau de vie est le moins élevé, du fait d’incitations à profiter au maximum du différentiel entre coût de la vie et allocation (et on peut supposer des augmentations de prix négligeables dans l’immobilier du fait d’une offre souvent excédentaire dans ces endroits ou de politiques urbaines « sociales » diverses). Ceci initierait un cercle vicieux d’appauvrissement territorial puisqu’il y aurait dans ces zones de moins en moins d’actifs et de plus en plus d’heureux bénéficiaires du revenu universel.

Ensuite, se poserait une question de démocratie. Comment une population si dépendante de l’État peut-elle être considérée comme capable de contrôler démocratiquement ses dirigeants ? Rappelons-nous d’ailleurs la raison politique – et non sociale – de l’établissement par Bismark de l’État-providence, qui était de contrôler les populations : « Celui qui a une pension pour ses vieux jours est bien plus content et beaucoup plus facile à manipuler que celui qui n’a pas une telle perspective. » Le revenu universel nous embarque un peu plus loin dans cette voie vers, me semble-t-il, 1984, notamment quand y sont ajoutées les « réflexions » sur la fin du travail etc.

Dépendance étatique accrue

Un dernier aspect rarement évoqué, tout à fait en ligne avec la dernière idée, et qui devrait également inquiéter profondément tout libéral, est que cette mesure s’insère parfaitement dans le mouvement insidieux – et très bismarkien – qui consiste à rendre les populations d’une part plus dépendantes de l’État, on l’a vu, et d’autre part moins conscientes du coût de ce même État, et ce, du fait d’une illusion fiscale toujours plus grande (endettement, taxation toujours plus indirecte, dilution des impôts direct, retenue à la source…).

Dans un tel contexte la notion même de reddition des comptes perd son sens, tout comme celle de démocratie, qui se réduira toujours plus au spectacle vide des élections. Il est difficile de ne pas voir dans ces tendances la fin de la démocratie justement, et l’avènement d’une technocratie autoritaire et incontrôlée.

Que des libéraux puissent s’associer à un tel mouvement parait ainsi choquant pour… des libéraux. Il existe d’autres moyens de lutter contre la pauvreté, notamment davantage de liberté économique, la liberté mutualiste et enfin, la vraie solidarité, associative et volontaire. Libérons la société civile de l’État plutôt que l’enfermer un peu plus dedans.

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  • « Que des libéraux puissent s’associer à un tel mouvement parait ainsi choquant pour… des libéraux. »
    Certes.
    Mais pour prendre un exemple, G. K. que vous citez n’est pas libéral… il dit juste l’être, comme les socialistes disent être républicains et les républicains disent être respectueux des droits individuels et de la République.
    Dire n’est pas faire, ni même penser…

  • Ce que propose HAMON n’est pas un revenu universel mais une aide sociale de plus. De la même manière que s’il proposait une « flat tax progressive » cela ne serait pas une flat tax mais un impôt progressif.

    Vous jouez sur trois arguments pour descendre le RU qui selon moi sont parfaitement erronés.

    1/ « Le RU c’est cher ».
    Cela est tout à fait relatif. Les aides sociales françaises ne sont-elles pas chers ? Les transferts sociaux indirectes (sécu, éducation, etc.) ne sont-ils pas chers ? Cela tombe bien puisque le « vrai » RU se propose de tous les remplacer. Donc, non, le RU n’est pas intrinsèquement plus cher que les aides sociales actuelles. Bien sûr, cela impliquerai une énorme réforme. Mais pouvons-nous continuer ainsi longtemps ?

    2/ « Le RU va inciter les gens à ne rien faire. »
    Les aides sociales actuelles ne l’incite-t-il pas ? Soyons sérieux deux minutes, aucun libéral partisan du RU n’a jamais dit que le RU devait permettre de vivre à lui seul. La position des libéraux pro-RU est simple : il s’agit de remplacer un système complexe par un système simple. Nous sommes exactement dans le même argumentaire que la flat tax. Au lieu d’avoir un impôt progressif mité de diverses niches fiscales clientélistes et constructivistes, il est plus efficace d’avoir une flat tax avec zéro niche.

    3/ « Il n’y aura jamais les réformes associées au RU. »
    Un peu facile de descendre le RU en général parce que la France n’est pas capable de l’appliquer non ? A ce titre, on descend tout et on se bat contre une flat tax (qui ne serait qu’une taxe supplémentaire).

    En conclusion, il est clair que la France ne sera jamais la Suisse ou les USA. Les français sont attachés à ce qu’il pense être « le système que le monde entier nous envie ». Si des libéraux veulent un jour accéder au pouvoir, le RU pourrait être leur « volet social ». Pourquoi ? Parce que c’est la moins pire des solutions. Personne n’a dit que c’était libertarien ou que c’était génial. Non, c’est juste la moins pire des solutions.

    • 1+3/ Quant à réformer, honnêtement, vous y croyez ❓ De tout ce que la France a fait ces dernières années, c’est d’empiler les mille-feuilles et les emplois bidons, surtout destinés aux copains polytocards en vue des les caser pour une bonne retraite.
      Donc virer les inutiles ne se fera pas d’un claquement de doigts. Donc ce sera hors de prix, et impossible à mettre en place d’un seul coup.

      2/ Le RSA, pour le toucher vous êtes sensé chercher du travail. Donc inscription a Paul-Emploi en est une contrepartie. Quid de cela avec le RU ❓ Vous me direz que le fonctionnaire de Paul-Emploi perd son temps avec de tel cas. Donc autant passer au RU sans contrôle, ce n’est pas absurde.

      Mais vu l’aléa moral, à mon avis, ce genre d’aide devrait rester modeste, de l’ordre du coût des emplois parasités, et distribué à tous sans condition de ressources. Ce n’est pas ce que propose Hamon.

    • Très bonne analyse du RU. Personnellement je préfère la version « impôt négatif » telle que décrite par Milton Friedman, qui met mieux la motivation au travail en récompensant graduellement plus (globalement) celui qui a une activité même minime.

      Pour votre dernière remarque, je suis suisse, j’ai habité en France 3 ans du temps du franc et je peux vous dire une chose: il n’y a rien d’enviable au système français. En effet, je n’arrive pas à comprendre comment la France peut dépenser plus de 50% de son pib en dépenses publiques alors qu’en Suisse ces mêmes dépenses sont inférieures à 30% et que je trouve déjà qu’une tonne d’argent est annuellement gaspillé dans des trucs inutiles. Ce que je veux dire c’est que ne vous y trompez pas la Suisse est devenu un Etat fondamentalement socialiste, même si un semblant de libéralisme économique subsiste, mais la tendance ne va pas dans le bon sens

  • Si le revenu universel ne passe pas c’est uniquement une question de mot. Revenu correspond dans la tête des gens à un travail ..Impossible!
    Il faut parler de rente universelle versée par l’état aux habitants de la France…..N’est-ce pas plus acceptable de considerer que chaque français est propriétaire d’un bout de France et qu’en conséquence il doit bénéficier d’un revenu sous forme de rente pour la mise en commun de sa terre et de son exploitation ?

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