Présidentielle : Macron nous roule, Fillon nous déçoit

Quoi qu’il arrive, la crise politique couve et risque de sa traduire par la figure imposée de toute république finissante : la banqueroute.

Par Serge Federbusch.

Dans cette foire d’empoigne et de vanité dénommée campagne pour l’élection du huitième président de la Cinquième république française, tout était jusqu’alors fluide et indécis. Une majorité de Français en avait assez du régime bipartisan du LRPS mais ni le Front national ni celui de gauche n’offraient d’alternative crédible. Quant au centre, c’était l’enfant mort-né de tous les scrutins.

Les choses sont peut-être en train de changer et les opinions et intentions de vote de se solidifier, de cristalliser en quelque sorte. Non par référence au processus décrit par Stendhal où un amoureux idéalise l’objet de ses sentiments mais au sens chimique du terme, quand les opinions passent dans le tamis électoral pour se transformer en vote.

Emmanuel Macron est pour l’heure le principal bénéficiaire de cette réaction chimico-politique. Quel est le ressort profond de son succès temporaire ? Les Français n’ont décidément pas envie de rembourser leurs énormes dettes, les plus de deux mille milliards d’euros contractés depuis des décennies pour entretenir le soi-disant État-providence. François Hollande s’était fait élire, en 2012, en faisant croire que la mystérieuse «finance ennemie» paierait les violons du bal. Ce ne fut bien sûr pas le cas.

Macron fils spirituel de Hollande et Royal

Arrive alors son clone, qui entend rééditer la mystification, sans même avoir à stigmatiser les milieux financiers et les «riches». Fils spirituel aîné de Hollande et Royal, Macron multiplie les formules incantatoires, sentimentalise la politique, il nous «aime», nous «comprend». En réalité, son programme ne contient aucune mesure difficile, pénible ou curative.

Au contraire, il continue de saupoudrer les promesses comme celles qu’il vient de faire aux agriculteurs. Les économies budgétaires qu’il prévoit sont anecdotiques alors qu’il annonce haut et fort une exonération de taxe d’habitation pour 80 % des Français sans expliquer comment elle serait financée.

Macron, c’est le déficit budgétaire mis sous soins palliatifs, travestis de verbeuses considérations sur le renouveau démocratique. Les Français pourront continuer de rêver le temps d’une campagne. Comme sous Hollande, la réalité sera bien sûr très différente. Ce sera celle de la poursuite du processus délétère qui mine la France : une oligarchie financière qui paupérise les classes moyennes et laisse le contrôle des banlieues aux islamistes pour s’assurer de la paix sociale.

Pour réformer l’État, il faudrait commencer par supprimer ses grands corps. Pur produit de l’Inspection des finances, Macron ne le fera pas. Pour défendre la laïcité, il faudrait expulser les trente ou quarante mille salafistes qui font de plus en plus régner leur loi sur les banlieues. Macron ne parle que de compromis avec l’islam réactionnaire.

Pour redonner de l’oxygène aux petites et moyennes industries françaises, principales victimes de la crise depuis trente ans, il faudrait obtenir de la BCE et des Allemands que le taux de change de l’euro soit encore dévalué de 20 % et reste bas durant des années. Macron ne se donnera pas les moyens politiques de l’imposer car cela passe par une menace crédible de sortie de l’Union monétaire.

La comédie de la politique française

Bref, pour que rien ne change dans le drame français, il faudra que tout change dans sa comédie. Et Macron n’est que le nom, le personnage de ce troc de rôles. Les naïfs qui ont cru à Hollande voteront pour lui avec les mêmes probabilités de déchanter rapidement. À ceci près que ni la conjoncture mondiale, ni la majorité de l’Assemblée ne lui seraient aussi favorables qu’à son prédécesseur.

François Fillon aurait pu engager des réformes plus sérieuses. Certes, son projet de plus grande austérité péchait, lui-aussi, par la difficulté de le mettre en œuvre sans desserrer le licou du taux de change de l’euro. Mais son inspiration globale était plus franche et son souci affiché de lutter contre le communautarisme de meilleur augure. Las !

Il s’est pris les pieds dans le tapis d’arrangements crapoteux pour arrondir ses fins de mois. La justice et les médias de gauche ne le lâcheront pas et il reste en zone de grand danger, toujours menacé de relégation en troisième place malgré son choix de se maintenir dans la course coûte que coûte.

En réalité, tout l’électorat flottant qui envisageait de voter pour Fillon tout en éprouvant de la réticence pour l’austérité de son programme a désormais un prétexte, celui des « affaires », pour ne plus le choisir. C’est pourquoi sa tentative pour replacer le débat sur le fond des sujets est et restera vouée à l’échec. Il lui faudrait plutôt purger une bonne fois pour toute le « Penelopegate », ce qui ne sera pas possible.

Reste Marine Le Pen qui se renforce jour après jour et a elle aussi bien fait, politiquement parlant, d’envoyer juges et policiers aux pelotes. C’est un acte concret de résistance à la classe dirigeante susceptible de plaire au-delà de l’électorat frontiste. Certes, ses promesses en matière de retraite, de gel de tout effort réel dans la fonction publique ou de baisse des impôts sont démagogiques elles aussi.

La montagne de la dette publique

Mais elles lui permettent de ratisser large et de complaire à cette partie très majoritaire du peuple qui espère, sans trop comprendre les mécanismes en jeu, que la montagne de dette publique, dont une grande partie est détenue par des non-résidents, n’aura pas à être remboursée.

Quoi qu’il arrive, la crise politique couve et risque de sa traduire par la figure imposée de toute république finissante : la banqueroute.

Les processus révolutionnaires ne sont souvent qu’une mise en scène inconsciente et collective de la répudiation des dettes. Ceux qui les mettent en œuvre à leur corps plus ou moins défendant finissent mal. Le vainqueur de mai prochain a plus de souci à se faire que les futurs et nombreux vaincus.

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