« Homme politique », est-ce un métier ?

Selon Emmanuel Macron, être politicien ne serait pas un métier. Ce propos fait mouche mais est-il applicable ?

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Governor Tours the House of Cards Set-Frank Underwood in House of Cards by Maryland Govpics (CC BY 2.0)

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« Homme politique », est-ce un métier ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 20 février 2017
- A +

Par Erwan Le Noan.
Un article de Trop Libre

politicien
Governor Tours the House of Cards Set-Frank Underwood in House of Cards by Maryland Govpics (CC BY 2.0)

Le 4 février, Emmanuel Macron, faisant écho à une revendication répandue dans l’opinion, a proclamé : « La politique n’est pas un métier ». Le propos est populaire (populiste ?) et on le comprend : les Français sont las de voir les mêmes visages au moment d’exercer leurs choix démocratiques. Pour autant, il n’est pas interdit de penser qu’il frappe à côté de sa cible.

Les politiciens sont toujours les mêmes

La première question que pose cette dénonciation est celle du renouvellement du personnel politique (sans parler des idées). Elle est légitime : de nombreux élus sont sur le devant de la scène depuis une éternité ! Rien que dans l’entourage politique d’Emmanuel Macron, Gérard Collomb a été élu municipal pour la première fois en 1977 (il y a 40 ans) et Richard Ferrand conseiller général en 1988 (il y a 19 ans) ! Et que dire du reste des candidats à l’élection présidentielle ?

Les intéressés répondraient que les électeurs, seuls souverains, n’ont cessé de leur accorder leur confiance et leurs suffrages depuis leurs débuts et que le critère de compétence l’emporte sur celui de l’âge.

L’argument est difficilement contestable, mais on peut lui objecter que l’offre politique est ainsi faite que les acteurs en place sont en réalité protégés des nouveaux entrants : les partis en place – à commencer par le PS pendant ce quinquennat – ont ainsi érigé des barrières à l’entrée du marché politique (financement de la vie politique, cumul des mandats…) qui ont dû décourager plus d’une candidature alternative. Pour faciliter le renouvellement des responsables, il faut accroître la concurrence des positions électorales.

Le politicien déconnecté du réel

Déconnexion. La seconde question est celle de la déconnexion des politiciens avec la réalité de la vie des Français. Elle se constate régulièrement, non pas tant sur leur connaissance des prix à la consommation que sur leur incapacité à sentir les colères et les intolérances sociales.

Une façon de lutter contre cette fracture serait de faciliter les allers-retours entre l’activité professionnelle et les mandats électifs. Mais les obstacles sont énormes : être candidat pour un indépendant, c’est prendre le risque de perdre sa clientèle ; pour un salarié, c’est faire une croix sur des avancements de carrière. Les seuls qui sont protégés, ce sont les fonctionnaires.

Le vrai problème est là : dans la fonctionnarisation de la vie politique. Près de 40% des députés sont fonctionnaires (contre 9% de la population), comme 18 membres du gouvernement sur 36. Est-ce par ailleurs un hasard si, souvent, les nouveaux visages gouvernementaux sont des hauts fonctionnaires : Emmanuel Macron, Matthias Fekl, Martin Hirsch, Jean-Pierre Jouyet ? Issus des meilleurs recrutements élitistes d’État, ils sont des insiders du système politique, lequel accorde un poids énorme à l’administration.

Moins de professionnels de la politique, plus de technocrates ?

C’est là que le discours « anti-professionnalisation » de la politique est, contre son gré, le plus dangereux : nier que l’exercice des responsabilités gouvernementales implique l’acquisition de compétences spécifiques, forcer la rotation des élus, c’est prendre le risque de renforcer le pouvoir des technocrates. Critiquer les élus rentiers de leur situation, c’est permettre aux fonctionnaires de renforcer leur mainmise, déjà forte, sur la démocratie française.

Emmanuel Macron a raison : il faut garantir le renouvellement politique. Mais le problème n’est pas vraiment celui de la professionnalisation des élus ; c’est celui de la fonctionnarisation de la vie démocratique et du recrutement endogame des élites d’État.

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  • 1)On veut pour beaucoup une tete qui représente la Nation. Plutot que de s’emmerder avec la mascarade des présidentielle, pourquoi ne pas avoir un roi ?
    2) Ce roi serait entouré de technocrates au sens le plus noble du terme: des anciens professionnels qui connaissent la réalité du terrain. Un flic au ministère de l’Intérieur, un magistrat à la Justice, un ancien patron à l’économie…etc Et un parlement tri-caméral : Assemblée nationale (représenter des idées…élue), un Sénat (élu, représentant les collectivités) et une chambre tirée au sort ou élue représentant les différentes catégories socio-professionnelles.

    • Plutot qu’un roi, prenons un Empereur. Meilleurs souvenirs (il me semble) :p

      Mais roi ou empereur, il faut un batisseur qui se préoccupe de la nation et du bien public plus que de sa personne.
      Napoléon, reviens ?

    • @ Be Curious

      Il faudrait demander aux Espagnols qui ont plus ou moins rétabli la monarchie après F.Franco.

      Pour les autres pays, ce ne fut pas le cas. Le plus souvent il existe bien un président de la république qui, comme les monarques européens, Monaco étant une exception, ne gouvernent pas politiquement parlant, se tenant au-dessus des partis en représentant tous les citoyens de sa nation à l’étranger comme dans son pays.

      Qui peut affirmer que Fr. Hollande représente « Tous » les Français?

      Qui sait ce qui dans la politique, sous N.Sarkozy, venait du président et ce qui venait du gouvernement et pourtant la primaire a démontré qu’ils n’étaient pas du tout forcément d’accord? (« Quand on a une idée, on entre dans le bureau du « Chef » avec son idée et on sort avec « l’idée du Chef »! »)

      Qui se rappelle qu’à la même époque, tout ministre s’exprimait pour la presse « sous l’autorité de N.Sarkozy » où toute autre formule en citant quasi obligatoirement le nom du président?

      La Vième République était faite par Ch.De Gaulle pour Ch.De Gaulle qui décidait sur l’essentiel, seul. Par contre, il était capable de discuter avant, même avec ses adversaires et, respectant la démocratie, est passé plusieurs fois par-dessus la « représentation nationale » et sa solide majorité de « godillots » pour demander l’avis des Français par référendum. (à comparer avec la gauche des « frondeurs »)

      • Il faut comparer ce qui est comparable. Or notre président n’est pas la reine d’Angleterre car il gouverne. L’analyse d’Erwan est très juste mais le problème est ailleurs, dans l’énormité du pouvoir de cette aristocratie faite de politiciens et de hauts fonctionnaires, ce pouvoir fait des sommes d’argent gigantesques qui sont gérées (57% de la richesse nationale produite, rappelons le encore et encore) et des règlementations sans fin qui régissent nos moindres faits et gestes. Pour un libéral, cette accumulation de pouvoir est illégitime et inefficace. Ce pouvoir serait ramené à des dimensions plus normales (en gros le domaine régalien en version très restrictive), la question posée par l’article aurait bien moins d’importance. Peut être même redeviendrions nous assez riche pour nous payer un roi dont nous suivrions l’actualité dans Points de Vue Images du Monde, comme nos anciens.

  • Doucement avec les raccourcis quand même. Il y a une nuance majeure entre dire « La politique n’est pas un métier » et « être politicien n’est pas un métier ». Changer les termes juste pour faire parler votre article c’est pas super objectif.
    La politique n’est pas un métier point barre. Chaque individu est responsable du fonctionnement de sa société.

  • Selon « Paris Match », Brigitte Macron aurait confié à un ami à propos de son mari «Il faut que tu m’aides à le calmer. Tu sais, ce n’est pas marrant de vivre avec Jeanne d’Arc.» »… si je comprends bien, Macron se prend pour Jeanne d’arc,l’homme providentiel et non pour un politicien. et souhaite devenir une icône comme Jeanne d’Arc.. Ne pas oublier qu’En mai 2016, Emmanuel Macron avait rendu hommage à Jeanne d’arc…Ne me dites pas que les journaux ont dit cela avec humour.

  • C’est même mieux qu’un métier, c’est une rente viagère d’Etat.

    Les fonctionnaires l’ont bien compris, ils passent du statut de fonctionnaire à celui d’homme politique et vice-versa sans jamais pointer au chômage, attendant soigneusement sur une étagère dorée ou dans « leur » poste qu’ils ont vite récupéré, que le vent tourne entre deux élections.

    Ces gens sont effectivement complètement déconnectés de la vie réelle du citoyen. Ils se servent de la misère humaine pour condamner les nantis, en proférant des jugements et des anathèmes irresponsables, car ils ne sont jamais concernés, et font rêver les électeurs avec leurs utopies pendant qu’ils se gavent littéralement, bien protégés par des lois qu’ils ont pris soin de se voter sur mesure.

    Et avec Hollande, le système a été élargi aux responsables syndicaux, qui prennent leur retraite en se faisant nommer haut fonctionnaire à l’GAS ou autre bidule républicain, parfois créé sur mesure, comme pour un certain CGTiste. Et tout cela bien sûr, au nom de la justice sociale pour les copains et les coquins.

    Et vous voulez, encore, croire en ces gens?

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