Première naissance d’un bébé à 3 parents en vue de combattre l’infertilité

Bébé qui dort credits peasap (licence creative commons)

Le premier « bébé à 3 parents » est né au Mexique. On a appris qu’un nouvel enfant à 3 parents est né le 5 janvier dernier en Ukraine.

Par Edouard H.

Première naissance d’un bébé à 3 parents en vue de combattre l’infertilité
Bébé qui dort credits peasap (licence creative commons)

La technique du remplacement de mitochondrie n’en finit pas de faire parler d’elle. Alors qu’en octobre 2016 je vous parlais de la naissance de Abrahim, le premier « bébé à 3 parents » né au Mexique de cette technologie, on apprend qu’un nouvel enfant à 3 parents est né le 5 janvier dernier en Ukraine. Si ce nouvel enfant possède aussi un ADN issu de 3 personnes via l’utilisation du remplacement de mitochondrie, la raison pour laquelle la technique a été entreprise ainsi que la méthode précise utilisée diffèrent de la précédente naissance.

Avant d’étudier ce qui différencie la naissance du nouvel enfant à 3 parents de la précédente naissance au Mexique, revenons rapidement sur le remplacement de mitochondrie. Cette technique a été développée afin de permettre à des parents dont la mère souffre d’une maladie génétique mitochondriale d’avoir un enfant qui leur est génétiquement lié, tout en évitant de lui transmettre la maladie dont les conséquences sur la santé peuvent être désastreuses. L’embryon résultant de cette technique possède un noyau cellulaire normal issu des gamètes des 2 parents, mais son génome mitochondrial provient d’une femme tierce qui a fait un don d’ovocyte.

Les parents fournissant 99,9% du bagage génétique de l’enfant, y compris l’ensemble de ses traits physiques et de sa personnalité, certains contestent l’appellation « bébé à 3 parents ». Pour une discussion plus approfondie des risques moindres de cette technique et des arguments qu’on lui oppose, on peut se référer à mon précédent article à propos de Abrahim.

Légalisation britannique

Le parlement britannique a explicitement légalisé cette pratique en 2015, et la Grande Bretagne reste à ce jour le seul pays au monde dans ce cas. En décembre 2016, l’agence de régulation britannique Human Fertilisation and Embryo Authority a finit d’approuver cette pratique après un passage en revue scientifique, et des cliniques peuvent maintenant faire des demandes pour obtenir des licences d’autorisation. Si la première naissance liée au remplacement de mitochondrie a surpris le monde en ayant lieu au Mexique grâce au travail d’une équipe américaine, c’est qu’aucune loi ne gouverne là-bas la pratique. Il en est de même en Ukraine où la nouvelle naissance a eu lieu le 5 janvier.

Cette nouvelle naissance diffère toutefois de la première au Mexique. Deux techniques sont disponibles pour procéder au remplacement de mitochondrie, et Abrahim est né par la technique de transfert de fuseau maternel. Cette dernière consiste à retirer le noyau d’un ovocyte de la mère et à insérer ce noyau dans l’ovocyte de la donneuse dont le noyau a été préalablement retiré. L’ovocyte qui en résulte est ensuite fertilisé in vitro avec le sperme du père. Le bébé à 3 parents né en Ukraine, lui, est venu au monde grâce à la méthode de transfert de pronuclei.

Ici l’ovocyte de la mère est fertilisé avec le sperme du père, et on fait de même avec l’ovocyte de la donneuse. Les pronuclei1 sont alors retirés de chaque ovocyte fécondé, et les pronuclei des parents sont insérés dans l’ovocyte fécondé de la donneuse.

Combattre l’infertilité

Par ailleurs la naissance du bébé à 3 parents en Ukraine diffère aussi de manière notable de celle au Mexique de par l’objectif de la technique : alors qu’au Mexique et en Grande Bretagne il s’agit d’éviter la transmission d’une maladie génétique mitochondriale, en Ukraine il s’est agi de combattre une forme d’infertilité. « Avec l’aide de cette méthode, une femme de 34 ans qui a souffert d’infertilité pendant plus de 15 ans a donné naissance à un bébé en bonne santé qui lui est génétiquement lié », peut-on lire dans une déclaration de la clinique ukrainienne.

À chaque tentative de fécondation in vitro ses ovocytes étaient fertilisés avec succès, mais ils cessaient de croître après avoir généré un nombre réduit de cellules. C’est la première fois que le remplacement de mitochondrie est utilisé dans cet objectif, et il semble visiblement bien que la technique puisse être efficace pour combattre des formes d’infertilité liées au cytoplasme2 d’un ovocyte. Cette efficacité devra toutefois être confirmée par des études scientifiques rigoureuses dans les années à venir.

La clinique ukrainienne a déjà annoncé qu’un autre bébé à 3 parents naîtra en mars prochain, avec une patiente qui avait été infertile pendant 7 ans. Au Mexique, alors que Abrahim âgé maintenant de 9 mois affiche toujours une bonne santé, la clinique prévoit 20 naissances de bébés à 3 parents pour l’année 2017. En Grande Bretagne les premières naissances issues du remplacement de mitochondrie devraient aussi bientôt avoir lieu.

En France le conservatisme en matière de technologies reproductives continue d’empêcher de telles innovations, et les parents français souhaitant profiter de ces techniques pour combattre l’infertilité ou éviter la transmission de maladies génétiques devront une nouvelle fois se tourner vers l’étranger.

  1. Nom donné au noyau haploïde de l’œuf mûr fécondé et au noyau spermatique après sa pénétration dans le cytoplasme de l’ovocyte
  2. Ensemble des éléments qui se trouvent à l’intérieur d’une cellule, à l’exclusion du noyau.