Macron, objet politique non identifiable

Emmanuel Macron entraîne son public – j’allais écrire ses ouailles – dans un monde qui n’est plus politique mais quasiment christique avec un processus qui n’est pas sans rappeler celui de Ségolène Royal.

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Macron, objet politique non identifiable

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 19 janvier 2017
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Par Philippe Bilger.

Macron, objet politique non identifiable
By: OFFICIAL LEWEB PHOTOSCC BY 2.0

Depuis des mois j’attends avec une impatience de plus en vive qu’Emmanuel Macron veuille bien m’accorder cet entretien dont à intervalles réguliers, avec amabilité, il me laisse espérer la venue. Sans être naïf, je le crois.

Alors que l’élection présidentielle offrira l’opportunité de favoriser un changement politique, pour Emmanuel Macron elle procurera l’occasion du dévoilement d’un mystère.

Quelque chose surgira au mois de mai qui donnera une réponse aux doutes, aux interrogations, aux suspicions, ou confirmera, avec le premier tour et peut-être la victoire, le caractère irrésistible d’un élan qui n’est pas né depuis peu.

Emmanuel Macron fait partie de ces rares personnalités qui peuvent donner l’impression à ceux qu’il intéresse ou plus, fascine, qu’ils ont à la fois le droit de concéder à la politique classique et de se pencher sur le destin, déjà exceptionnel par sa fulgurance, de cet objet politique non identifiable (OPNI). Comme si les deux démarches relevaient de registres différents et que le citoyen et l’observateur, duo dont je raffole, trouvaient leur compte avec l’ordinaire de la politique et avec l’extraordinaire Macron.

Une manière inédite de faire de la politique

J’ai d’abord par paresse appliqué une grille banale à l’analyse des avancées d’Emmanuel Macron parce qu’elles paraissaient s’inscrire dans une politique vieille comme le monde : celle qui prétend ne pas en faire et bouscule le jeu en façade, mais pour mieux récolter les fruits traditionnels du pouvoir et assouvir une ambition somme toute guère originale.

Mais, très vite, cette perception, cette réduction d’une forme d’inconnu à un connu rassurant et maîtrisable ont montré leurs limites. Depuis plusieurs mois, l’histoire qui se fait jour entre En Marche et son chef d’un côté, et de l’autre, la multitude qui vient l’applaudir révèle une relation qui a dépassé la tonalité collective du meeting pour aborder des rivages peu usités en démocratie.

Emmanuel Macron n’est pas un tribun politique et il s’en moque. Quand il s’époumone et crie à la fin d’un discours, ce n’est pas pour singer une puissance de parole qu’il n’a pas. Il sait qu’il ne dispose pas de cette aptitude et un Mélenchon, qui est un véritable orateur, ne terminerait jamais son intervention sur un mode aussi paroxystique, précisément parce qu’il n’en a pas besoin, exerçant tout au long l’art du verbe dans sa plénitude.

Le phénomène Macron

Il n’empêche qu’Emmanuel Macron – rassemblant autour de lui grâce à une empathie, une aura infiniment plus convaincantes qu’une expression orale qui manquerait de force, diffusant séduction, compassion et communion, se prêtant, avec une incarnation ostensible, de sa gestuelle à son air inspiré, au besoin qu’éprouve chacun de s’identifier à lui – ouvre ainsi des chemins adaptés à son tempérament et se garde bien de battre en brèche le consensuel généreux et évident qu’on attend de lui.

Car il a compris les faiblesses du politique et, de fait, pour l’instant, dans le clair-obscur, il privilégie l’obscur. Attendons de voir si, comme il s’y engage, au mois de février le clair d’un projet sera soumis à ses concitoyens.

Sans abuser des mots, Emmanuel Macron, en totale lucidité et avec une habileté sans pareille, entraîne son public – j’allais écrire ses ouailles – dans un monde qui n’est plus politique mais quasiment christique avec un processus qui n’est pas sans rappeler celui de Ségolène Royal. Avec toutefois une double différence capitale.

Macron est infiniment plus doué, plus structuré et plus subtil qu’elle et, surtout, il n’est pas combattu par des forces centrifuges qui viseraient à le marginaliser. Il est au contraire poussé par des vents favorables qui rapprochent de plus en plus de lui.

Cette volonté de négliger l’univoque sommaire du partisan au profit d’une équivoque imprégnée d’un halo étrange – comme si un gourou avait pris la place du Emmanuel Macron d’avant qui avait déjà des forces certes mais des faiblesses aussi qui ne le distinguaient pas forcément – a tout changé. Maintenant on suit une lumière, on fond pour une personnalité et les idées qui clivent, on les laisse à la porte ! On ne regarde plus le chemin mais celui qui marche.

Beaucoup qui étaient dégoûtés par la politique ou qu’elle laissait indifférents sont revenus dans ce giron atypique. À cause de cette singularité si remarquablement travaillée, Emmanuel Macron plonge la classe politique dans une angoissante perplexité. Comment saisir ce qui se trouve vraiment ailleurs, comment opposer au sacré républicain d’un mysticisme novateur le profane d’argumentations trop réelles et si peu élevées ?

Pour l’instant Emmanuel Macron entraîne à sa suite, avec une flûte brillamment magique, une cohorte dont une part se persuade qu’elle a avec lui le Messie dont la France a besoin et une autre, sans illusion, emplie de socialistes, qui le choisit parce qu’elle n’a plus rien à perdre. Sauf le socialisme démonétisé et déjà ridiculisé par le quinquennat de François Hollande.

Plus que quelques mois.

Emmanuel Macron demeurera-t-il un OPNI ou le fera-t-on retomber sur terre avec la vulgarité quotidienne de débats médiocres, avec l’obligation de quitter l’ange pour la bête ? Le futur, le nôtre et le sien, sera passionnant.

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  • macron , c’est un peu le  » nouvel objet high tech qui vient de sortir sur le marché  » ; c’est nouveau , c’est récent , on fait de la pub positive pour pouvoir le vendre ; reste à découvrir les applications qui seront source de renouvellement ; un produit considéré comme bon par certains peut trés bien ne pas tenir ses promesses et faire que l’on s’en détourne ;

    • J’ose espérer qu’il va justement échouer le petit prétentieux, le nouveau faux prophète, mais HELAS je crains fortement qu’une majorité s’y laisse prendre…..et que nous revoyions toute la caste des politicards fanfaronner à Matignon

    • Je ne pense pas que Valls passera la primaire. Entre un Montebourg et un Fillon, Macron a un boulevard devant lui, surtout s’il arrive à federer Bayrou et tous les centristes. Même s’ils restent des partis bien implantés sur le terrain avec leur réseau d’élus et de notables, Idéologiquement les socialistes et l’UMP vont se marginaliser. Ne restera qu’un centre, une gauche bien à gauche et une droite très à droite, à 30% chacun.

  • « Il est au contraire poussé par des vents favorables qui rapprochent de plus en plus de lui. »
    Il est surtout poussé par ses amis des médias. Il suffit d’aller sur internet pour se rendre compte de la franche opposition qu’il suscite… et sur son site pour en constater la vacuité.

    • Vous allez sur un site de gauchiste, Fillon recoit une franche opposition, vous allez sur un site filloniste, Macron est le premier visé,… bref c’est ce que l’on appel un biais, avec cette simple phrase je sais ou vous vous situez, donc plutot filloniste avec tendance identitaire… ce n’est pas une critique, je dis juste que le fait que je sois libéral, que je ne suive que des libéraux, ne regarde que des magazines libéraux,… c’est logique que je tombe sur aucune critique du libéralisme et que par contre on se moque ouvertement des faux libéraux que sont les Fillon ou Macron qui s’autorevendique comme tels… et je ne parle meme pas des Lepen-Melenchon-Valls qui sont des carricatures du communisme et de l’étatisme partout… c’est un biais.

      Pour le candidat des médias, il va vraiment falloir arreter avec çà, c’est le meme biais qui vous pousse a penser cela, car vous ne lisez que des gens opposés a lui… le personnage le plus invité des matinales l’année dernière, c’est Florian Philippot (les matinales radios/télés sont les plus importants, puisque ce sont elles qui font l’information de la journée). Comptez le nombre de Une de presse écrite, de télé,…. sur Macron, Fillon, ou Lepen (en mettant de coté le fait qu’elle se soit mis en hibernation volontaire et annoncée des médias ces derniers mois), ils ont le meme nombre de Une, le meme traitement médiatique… on trouve toujours que « notre » candidat est mal traité et les autres bien… c’est ainsi… et plus le candidat s’éloigne de ses idées, plus on le pense privilégier. Discutter avec un fan de Mélenchon, un fan de Fillon, de Lepen,… ils vous diront tous la meme chose « mon candidat est detesté par les médias car il représente…. blalblalba et l’autre, son concurrent est privilégié ».

      • vous avez raison il faut se fier aux faits.

        Par une analyse simple de ceux-ci , sans doute doit-on pouvoir dire par exemple:

        -une majorité écrasante des journalistes ont voté FH face à NS à la dernière élection présidentielle .
        Ou encore:
        – Florian Philippot est le représentant quasi unique du fn à la radio quand sont invité chaque jours un multitude de socialistes , républicains , et apparentés.

        Finalement, on pourrait réclamer à un journaliste d’une presse d’état( donc qui appartient à tous) de se situer sur l’échiquier politique, avant son intervention: cela serait éclairant…

  • Macron pourrait créer la surprise, mais pour transformer l’essai, il faudra suciter une secession au sein du PS et sortir l’UDI de l’orbite des Républicains pour créer un grand parti Démocrate à la française. C’est loin d’être gagner.

    • C’est quasiment gagné car tous les arrivistes de gauche, du centre et de la droite molle se rapprochent de LUI……..HELAS
      S’il n’en reste qu’un à voter contre cet individu cynique, ce sera MOI

  • Une bulle. Ce type ne représente strictement rien.

    • « Une bulle. Ce type ne représente strictement rien », tiens le même discours que l’on trouve de l’establishment politique de droite comme de gauche.

      • Expliquez moi comment en 2 ans un énarque venant a peine de sortir de l’anonymat réussit a atteindre plus de 20% dans des sondages d’élection PRÉSIDENTIELLE (ce n’est pas le conseil régional de Bourgogne), sans n’avoir jamais rien accompli ni posséder de carrure présidentielle?

        • Parce que les Francais en ont mare d’etre soumis aux choix des parties qui entrainne systematiquement la selection d’un viel elephant. En sortant des partis politiques et en arrivant a cansidater avant 50 ans, cela suffit a représenter un vrai changement pour beaucoup de gens… l’absence total de programme est secondaire pour une majorité des francais: les programmes n’etant réalisé, au moins foutre a la porte le bipartisme primaire, voila pourquoi: c’est simple….

          • C’est une élection présidentielle, pas l’élection de votre délégué du personnel. Il s’agit du poste le plus élevé de la 6eme puissance mondiale. De plus regardez son entourage. On y trouve que ces « vieux éléphants » que vous critiquez. Lui meme n’est qu’un « jeune » éléphant. De plus il n’aura aucune majorité aux législatives et le pays sera paralysé. A moins qu’une masse de députés opportunistes ne le rejoigne. Belle vision d’un « renouveau ».
            Qu’il commence par gérer un département, nous verrons s’il est bon au niveau local, il aura toute latitude pour faire ses preuves. Ensuite, lorsque nous aurons jugé ses résultats au niveau local, il pourra être propulsé plus haut.
            Confieriez vous la direction de votre grosse société a un jeunot sans expérience tout droit sorti de l’ENA? Bien évidemment que non.
            D’un autre cote, je suis d’accord sur le nécessaire renouvellement du personnel politique. Mais surtout pas avec un socialiste entouré de socialistes et d’autres calamités du même type.

            • 15h26 : « Expliquez moi comment en 2 ans un énarque venant a peine de sortir de l’anonymat  »
              15h59 : « Lui meme n’est qu’un « jeune » éléphant »

              en 30 minutes il est passé d’anonyme à éléphant…. Alors je précise, l’éléphant est le surnom que l’on donne a un poids lourd du PS, donc un encarté historique comme Jack Lang, DSK, Fabius, Hollande, Valls,… donc des mecs qui boivent ce petit lait depuis longtemps… vous dites vous meme que ca ne fait que 2 ans. Cela désigne aussi l’archaisme, je pense que (que ca soit bien ou non) c’est lem oins archaique de tous les hommes politiques actuellement en ligne pour la présidentielle, le plus progressiste.

              Bref quand on aime pas quelqu’un on fait l’effort de trouver des vrais arguments et de vrais critiques…

              • Quel étalage de mauvaise foi. Il ne vous a pas échappé que j’ai parlé de « jeune » éléphant, d’éléphanteau si vous préférez. Vous saisissez la nuance? Un éléphant en devenir. Dans 15 ans il sera un bon vieux gros éléphant comme on les aime (pas).

                J’attendais une réponse un peu plus élaborée de votre part, Liberté Adorée.

                • Nathalien, aprenez a lire comme j’essaye d’apprendre a ecrire: j’ai répondu a une question par l’expression de mon analyse: en AUCUN cas je ne soutiens ce sous-marin socialiste de M… je vous presente juste la reponse la plus simple et la plus logique ( le rasoir d’Okan…) a l’emergence de Macron dans l’opinion public. Ce Socialiste a juste bien estimé la médiocrité des elephants et se presente comme un chasseur alors qu’il est leur dernier espoir… et probablement le pire danger pour le moins mauvais programme qui a une chance d’aboutir: celui de Fillon…
                  Il n’existe que par la fenetre que les médias subventionnés lui ouvrent suite a la meme analyse que nos elephants: leur seul espoir de reussir encore une fois a nous imposer une saleté de socialiste, une pouriture de l’Enarquie et de gagner encore 5 ans de repis avant la remise en cause de leurs privilèges exorbitants.
                  J’espere avoir ete plus plus clair cette fois-ci.

          • Un énarque conseiller du président devenu ministre voila un jeune éléphant.
            En temps qu’énarque Macron était déjà vieux à 25 ans.

  • Dans la mesure où nombre d’élus socialistes voire centristes se rapprochent de « Monsieur Macron D’Estaing », si vous voulez voir ces socialistes, ces centristes et les « droitistes arrivistes style NKM » revenir plastronner, fanfaronner dans les couloirs de l’Elysée et de Matignon, toute cette caste bien pensante, alors votez Macron……
    Ce sera sans moi, ce type m’horripile et me rappelle étrangement un certain Giscard dit D’Estaing, premier fossoyeur de notre pays, celui qui a inventé le cynisme en politique et tous ses successeurs jusqu’à ce jour n’ont fait qu’aggraver la situation!!!!!!!

  • Et quand le chef pas suprême nous aura fait savoir qu’il nous « conseille » de le suivre, plutot que les « rigolos de la BAP socialistes », j’imagine le désarroi de ses milliers de jeunes et vielles et vieux groupies socialistes qui s’apercevront ce jour là de la manipulation de leur « messi ».
    Adieu, veaux, vaches, cochons, couvées.
    La colère du peuple sera terrible.

  • Macron me fait penser à ce drone dont on a fait une publicité énorme pour encourager les pré-commandes avec versements à l’appui, tout ça pour, quelques trois ans plus tard, en arrêter la production parce qu’ils étaient techniquement impossibles à réaliser. Consolation: les pre-acheteurs vont ^etre remboursés, c’est promis. Mais le produit président passe en pure perte! Ceci étant, M. Bilger a utiliser des mots justes: christique, gourou, fascination etc…Il manque juste, secte!

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