Moi, la guitare électrique, symbole de liberté

Emmanuel Martin, qui propose une introduction à l’économie du développement, fait le lien entre le contexte institutionnel, celui de la liberté économique, et l’émergence de la musique moderne (rock, funk etc.)… une guitare à la main ! (vidéo)

Un cours de l’école de la Liberté

« Liberté économique » : l’expression a été lâchée à plusieurs reprises depuis le début de la campagne présidentielle, notamment par François Fillon. Dans le contexte français de sur-réglementation et sur-taxation, que l’idée vienne alimenter – enfin ! – les débats constitue plutôt une bonne nouvelle. Sans liberté économique il est en effet difficile de permettre à chacun d’actualiser son potentiel en termes de capacité à rendre service aux autres.

Comme l’index de la liberté économique dans le monde le rappelle, il existe plusieurs dimensions à la liberté économique : taille du secteur public et pression fiscale, protection des droits de propriété et état de droit, qualité de la monnaie, ouverture commerciale, ainsi que qualité de la réglementation des affaires, du marché du travail et du marché des capitaux. Cette liberté est source de développement économique – et donc personnel. Les sociaux-démocrates, de gauche comme de droite, voient cependant dans le concept le chemin vers le « productivisme ».

Pourtant, la liberté économique n’a-t-elle qu’une dimension « productiviste » ? Ne permet-elle pas d’accomplir de « belles » choses ? En tant que condition du développement économique, elle paraît éminemment morale. Allons plus loin. Cas intéressant : les musiciens, assez souvent classés à gauche, sont suspicieux de l’idée de liberté économique.

Guitare et liberté économique

Non seulement y voient-ils le « productivisme » mais l’exploitation, le renard dans le poulailler etc. Ils ne cachent souvent pas leur penchant pour les lendemains qui chantent. Mais les instruments et matériels caractéristiques de la musique moderne ne sont-ils pas le fruit de la liberté économique ? Le moyen même de l’expression de ces musiciens n’est-il pas fortement lié à la liberté économique ?

Dans cette vidéo de la série des MOOCs de l’École de la Liberté justement, Emmanuel Martin, qui propose une introduction à l’économie du développement, fait le lien entre le contexte institutionnel, celui de la liberté économique, et l’émergence de la musique moderne (rock, funk etc.)… une guitare à la main ! Le son du rock doit en effet sans doute beaucoup à la liberté économique.

L’entrepreneur Leo Fender aurait-il pu offrir ses talents au monde sans elle ? Aurait-il pu donner au monde notamment sa célèbre Stratocaster et son son si caractéristique qui a fait l’histoire du rock ? Aurait-on alors eu le son de Jimi Hendrix, Eric Clapton, Dire Straits, Pink Floyd, U2… et de milliers d’autres groupes jusqu’à aujourd’hui ? Le funk sonnerait-il vraiment « funk » ?

Mais il faut aller plus loin. Alors que la montée du protectionnisme semble toujours gagner les esprits, ici comme de l’autre côté de l’Atlantique, il semble utile de rappeler l’importance d’une composante majeure de la liberté économique : la liberté des échanges.

Et ici, le rock, la pop etc. sont encore un bon exemple pour saisir les enjeux. Il ne s’agit pas simplement d’une question de « mondialisation culturelle », tout aussi cruciale bien entendu. La mondialisation économique est en effet au centre même de la musique moderne – et de la mondialisation culturelle. Ici encore, nombreux sont les musiciens hostiles à la mondialisation économique.

Pourtant beaucoup chantent leur anti-mondialisation sur des guitares, amplificateurs etc. que cette même mondialisation économique a fourni. Beaucoup font leur shopping musique sur le site allemand Thomann, qui a permis d’imposer une certaine discipline chez les distributeurs en matière de prix – au bénéfice des musiciens. D’ailleurs, au même titre que le célèbre crayon noir de Leonard Read, une guitare électrique peut symboliser les chaînes internationales de valeurs : une guitare électrique est « made in the world ».

À l’heure du désir grandissant de repli sur soi économique, ces quelques réflexions proposées par l’École de la Liberté sur un mode « détendu » pourront-elles contribuer à faire appréhender autrement le débat sur la liberté économique ?