Italie : le résultat du référendum est-il du populisme ?

Matteo Renzi By: Alessandro Valli - CC BY 2.0

Une vague de populisme aurait-elle déferlé sur l’Italie, faisant écho au Brexit et à l’élection de Trump ? Rien n’est moins sûr. Analyse de la situation.

Par Nicola Ianello, depuis l’Italie.

populisme
Matteo Renzi By: Alessandro ValliCC BY 2.0

Le Brexit, la victoire de Trump, le référendum italien… même combat ? Voilà un lieu commun qui s’est largement répandu dans la presse internationale. Le populisme, après s’être imposé au Royaume-Uni et aux États-Unis, aurait triomphé en Italie, avec l’échec de la réforme constitutionnelle et la démission consécutive de Matteo Renzi : 59,11% des électeurs ont rejeté par voie de référendum la proposition d’amendement de 47 articles de la Constitution de 1947.

Une vague de populisme aurait-elle déferlé sur l’Italie, faisant écho aux phénomènes politiques britannique et américain ? Une même grille de lecture offre-t-elle une analyse satisfaisante du référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’Europe, de l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis et de la chute de M. Renzi en Italie ? Il est un peu hâtif de conclure qu’un même vent soufflerait sur l’Amérique, la Grande Bretagne et la péninsule.

Renzi, homme du système

Le Brexit et Trump ont constitué une attaque contre l’establishment, jugé responsable dans le premier cas d’une perte de souveraineté au sein de l’UE, et de l’autre des dégâts de la dictature du politiquement correct, incarné par Hillary Clinton qui représentait en plus une sorte de ‘dynastie’ avide de pouvoir.

Renzi, qui avait à ses débuts l’attrait de l’homme nouveau, a rapidement été perçu comme un homme du système. La ministre des Réformes constitutionnelles, Maria Elena Boschi, étroitement liée au président du Conseil, s’était trouvée en mauvaise posture après l’intervention du gouvernement pour sauver Banca Etruria, visée pour banqueroute frauduleuse, alors que son père faisait partie du conseil d’administration.

Aux yeux des Italiens, le gouvernement Renzi est soudainement devenu le « Gouvernement des banques » et des « pouvoirs forts ». Il n’y a qu’en ce sens que le référendum s’est inscrit dans une forme de populisme.

Des sujets de préoccupation éloignés du populisme

La réforme de la Constitution approuvée par le Parlement concernait surtout le Sénat, qui devait devenir la chambre des régions et des territoires, élue au second degré, et réduire ses membres de 315 à 100. Des dizaines de professeurs de Droit constitutionnel ont critiqué la réforme, se fondant sur des arguments essentiellement techniques. Le passage d’un bicaméralisme parfait à un système presque monocaméral aurait, en l’état, compliqué la procédure législative au lieu de la simplifier. Une partie de l’opinion publique italienne a voté pour défendre la Constitution. Rien à voir avec du populisme.

À la différence du Brexit et de Trump dont les fondements ne sont pas si nouveaux (l’isolationnisme est inscrit dans le code génétique des habitants de Îles britanniques, et « America First » est un slogan qui réapparaît de temps en temps dans la culture américaine), M. Renzi a voulu incarner et mettre en œuvre une rupture dans la tradition politique italienne. Il avait promis la mise au rebut de l’ancienne classe dirigeante, de la condamner à la « rottamazione », en d’autres termes de l’envoyer à la casse comme une vieille voiture.

Mais cette image de destruction n’a pas été bien accueillie par les groupes et les couches sociales visées : les jeunes, les professionnels, les entrepreneurs, les gens les plus diplômés ont voté Non en majorité, tandis que les personnes âgées et retraitées ont soutenu le Oui. Il est alors très difficile de voir dans le résultat une forme de populisme, même si parmi les principaux adversaires de Renzi – aux côtés de Berlusconi et ce qui reste de Forza Italia – on trouve en première ligne Beppe Grillo et son Mouvement 5 Étoiles, parti populiste par excellence.

L’immigration n’a pas été un sujet de débat

La question de l’immigration a beaucoup pesé dans le Brexit et dans la campagne de Trump. Or, si l’immigration fait régulièrement la Une des journaux en Italie, en raison de sa position délicate dans la crise migratoire, cette question n’a pas été soulevée dans les débats qui ont entouré le référendum.

Le seul parti à en faire une priorité est la Ligue du Nord, lequel est crédité d’à peine 9% dans les sondages. Rien de comparable au Front National, auquel Matteo Salvini, leader de la LdN, se compare.

Renzi, joueur habile ou grand perdant ?

Durant ses derniers mois de campagne, Renzi a mis l’accent – de façon assez confuse – sur la réduction des coûts de la politique qu’aurait entraînée la réforme. Pourtant, à peine cinq jours avant le référendum, le président du Conseil a fait renouveler le contrat des fonctionnaires en leur octroyant une augmentation moyenne de 85 euros sur leur salaire mensuel. Cette stratégie ambiguë ne fut pas gagnante.

Matteo Renzi est un animal politique habile. Il n’a pas hésité à tenir tête aux syndicats et à Bruxelles lorsqu’il a compris que ceux-ci n’avaient plus bonne presse en Italie. Mais c’est aussi un joueur dans l’âme, un peu trop sûr de lui, qui n’a finalement pas endigué les problèmes structurels du pays : une dette publique pesant 135% du PNB, de même qu’une dépense publique de 51% et une pression fiscale de 43,3% ; le tout avec un taux de chômage de 12% (40% chez les jeunes).

À cette aune, il est bien possible que les Italiens aient été plus rationnels que ne le laisse entendre la presse.