La fausse querelle du « coup de pouce » au SMIC

Débat surréaliste sur l’augmentation du SMIC, car son calcul même comporte un « coup de pouce » au-delà de l’inflation et l’existence même du SMIC, surtout au niveau actuel, est un non-sens économique qui créé du chômage.

Par Jean-Yves Naudet.
Un article de l’Iref-Europe

La fausse querelle du « coup de pouce » au SMIC
By: David DayCC BY 2.0

Chaque année, un comité d’experts, consultatif, conseille le gouvernement sur le niveau du SMIC, qui doit être revalorisé au 1er janvier. C’est une manie de l’étatisme que de fixer des formules arbitraires (comme pour le taux du Livret A) et de demander l’avis d’experts pour savoir s’il faut respecter ou non la formule : à l’arbitraire de la formule s’ajoute l’arbitraire de la décision. Cette année, comme l’an dernier, les experts suggèrent de s’en tenir strictement à la formule, sans « coup de pouce » supplémentaire et le gouvernement suivra cette recommandation. Voilà qui semble sage, compte tenu du niveau élevé du chômage.

Mais la sagesse n’est qu’apparente. D’abord, le SMIC français n’est pas seulement indexé sur l’inflation. Il est aussi revalorisé de la moitié de l’augmentation du pouvoir d’achat du salaire horaire de base ouvrier ; la hausse est donc supérieure à l’inflation, ce qui veut dire que la formule utilisée, même strictement appliquée, comporte en elle-même un « coup de pouce » permanent. Cela explique que, loin d’être une simple « voiture balai », le SMIC français concerne un nombre très élevé de salariés (13% de la population active), contribuant à resserrer la hiérarchie des salaires.

Un niveau du SMIC artificiellement élevé

Ces débats sur la revalorisation du SMIC cachent l’essentiel : le niveau du SMIC en France est anormalement élevé et le principe même du SMIC est contestable. Le graphique ci-dessous montre la diversité des niveaux de SMIC en Europe (et aux USA). Pour la seule Union Européenne, le SMIC va d’à peine plus de 200 euros (En Bulgarie) à plus de 1900 (Au Luxembourg). Ceux qui rêvent d’un « SMIC européen » unique provoqueraient une catastrophe sans précédent et une explosion du chômage : le salaire ne peut se fixer arbitrairement, sans tenir compte du niveau de productivité dans chaque pays.

La France fait partie du groupe 3, c’est-à-dire des pays ayant le SMIC le plus élevé. Si on fait abstraction du cas particulier du Luxembourg, nous nous trouvons dans le groupe de tête, aux côté de l’Allemagne, de la Belgique, des Pays-Bas, du Royaume-Uni et de l’Irlande, les autres pays étant nettement en dessous. Mais, même avec ceux qui ont un salaire minimum proche du nôtre, la comparaison est discutable. Par exemple, l’IREF a montré l’an dernier que le SMIC allemand représentait 50% du salaire médian, alors que le SMIC français en est à 62%, ce qui veut dire que si, en apparence, le SMIC allemand est un peu plus élevé que le nôtre (en valeur absolue), en réalité, il est nettement plus élevé en France en termes relatifs (c’est-à-dire par rapport aux autres salaires).

Salaire minimum mensuel (2016 – en euros- selon Eurostat)

 

Le SMIC : « voiture balai » ou réduction des inégalités ?

Notons également que plusieurs pays d’Europe n’ont pas de salaire minimum national (Danemark, Italie, Chypre, Autriche, Finlande et Suède), sans que pour autant leurs salariés s’en portent plus mal. L’Allemagne elle-même n’avait pas de SMIC, jusqu’à ce que la nécessité d’avoir une grande coalition (CDU/SPD) n’oblige Angela Merkel à faire cette concession aux sociaux-démocrates. Mais, jusque-là, les salariés allemands n’avaient guère à se plaindre de l’absence de salaire minimum, tandis que le chômage était au plus bas.

Il y a donc un débat sur le niveau même du SMIC. Beaucoup de pays qui l’ont adopté, comme les États-Unis, le fixent à un niveau très faible par rapport au salaire moyen, ce qui fait qu’il ne concerne que très peu de salariés, essentiellement les plus jeunes et les moins formés, une sorte de salaire de démarrage, dont ils s’éloignent rapidement dès que leur carrière progresse. En France, au contraire, le SMIC a toujours été utilisé comme un « instrument de réduction des inégalités », c’est-à-dire comme un moyen de réduire les écarts de salaires, artificiellement, par décision étatique.

Du SMIC jeune à la liberté contractuelle

Résultat : la hiérarchie des salaires est artificiellement écrasée, ce qui n’incite pas les salariés à progresser, tandis que les entreprises préfèrent, à ce niveau élevé, embaucher des salariés plus productifs : un SMIC tel que le nôtre est une machine à exclure les moins qualifiés et tout particulièrement les jeunes sans formation. Ainsi utilisé, il crée du chômage. Comme l’IREF l’a montré dans son étude récente (22/11/16. Comment faire baisser le chômage des jeunes ?) le coût horaire d’un jeune payé au SMIC est le plus élevé de celui des pays de l’OCDE (à l’exception du Luxembourg), ce qui contribue à expliquer le taux de chômage des 15-24 ans en France : 25,7% des actifs de cette tranche d’âge. L’IREF démontre qu’un SMIC jeune serait déjà un progrès et réduirait massivement le chômage.

Au-delà, le véritable débat porte sur la liberté contractuelle, seule façon d’éviter tout arbitraire et de coller aux réalités, car chaque entreprise est unique et chaque salarié aussi. L’IREF a montré l’an dernier (21/12/15- Salaire minimum : effets pervers, solutions courageuses) les effets pervers du salaire minimum. Au-delà de l’idée d’un SMIC jeune, l’absence d’un SMIC étatique uniforme fixé par le législateur permettrait des formules plus souples, depuis le salaire minimum décidé selon les branches, les régions, les qualifications, jusqu’à la liberté contractuelle totale.

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