Île-de-France : des transports en commun au bord du gouffre

Contribuables et non-contribuables souffrent ensemble du « rien-qui-marche » lié au « tout-gratuit », la gratuité momentanée des transports en commun parisiens n’y changera rien. Alors, si on continue à ce rythme, l’addition finira par être très très salée.

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Île-de-France : des transports en commun au bord du gouffre

Publié le 13 décembre 2016
- A +

Par Patricia Commun.

Île-de-France : la gratuité des transports n'impressionne plus
By: Nicolas Vigier

En cette semaine de Pic de la Pollution, le syndicat de Transports d’Île-de-France (STIF) et la Région Ile-de-France ont redoublé de générosité en nous offrant, à nous automobilistes interdits d’automobile, ou provinciaux non franciliens, et donc non titulaires du pass Navigo, des balades gratuites en RER.

Je dis bien balade et non trajet, car effectivement, la multiplication des incidents fait que tout trajet RER, comme chaque francilien le sait, est chaque jour et à tout moment une aventure à la fois stimulante et terrifiante, au cours de laquelle les incidents inattendus en tous genres se multiplient et à côté de laquelle les tours de trains fantôme sur les fêtes foraines de mon enfance ne sont que de pâles amusements.

Dans le meilleur des cas, s’ils ne sont pas morts de froid en route ou restés quelque part en errance, les survivants sont arrivés ensuite épuisés à leur destination, avec au moins deux ou trois heures de retard, et avec l’impression d’avoir déjà derrière eux la moitié de leur journée de travail.

Les trajets de la semaine passée n’ont pas échappé à la règle devenue générale et ont, en l’espace de deux jours et sans doute définitivement, fait des quelques téméraires qui ont voulu profiter du « tout-gratuit-sur-rien-qui-marche » des convaincus du retour à la voiture ou à la bicyclette.

Toujours en panne

Multiples ralentissements du RER A, dépôt des passagers dans une gare par un conducteur qui vous annonce que « tous les passagers doivent descendre en cours de trajet car pour des raisons de régulation le train s’arrête en gare de Maisons-Laffitte et on ne sait pas quand il y aura un autre train » ;  pannes du L, du E ; passagers laissés dans des gares de banlieue à attendre deux heures par des températures en dessous de zéro à 7 h du matin ; trains non chauffés ; le pompon revenant au RER B qui n’a pas marché de toute une journée à cause d’un caténaire cassé (il paraîtrait qu’il datait de 1946 ?) et qui a immobilisé des centaines de milliers de voyageurs dans une gare du Nord complètement bloquée.

Bref, tout francilien connaît par cœur cette longue litanie qui devient lassante.  Ce qui commence à changer, c’est que plus personne ne se laisse impressionner par le tout-gratuit et commence à comprendre que le tout-gratuit, c’est peut-être l’une des causes du rien-qui-marche et que, dans tous les cas cela va sans doute ensemble.

Une telle opération de gratuité n’a guère intéressé mes étudiants ou mes collègues qui « de toute façon ont leur pass navigo », et a simplement privé les resquilleurs de leur sport quotidien de « saut-de-tourniquet ».

Tout sauf le RER

À en lire les forums, l’opération père Noël des pouvoirs publics n’a même pas suscité la gratitude des quelques automobilistes interdits de circuler pour « plaque d’immatriculation paire » ou impaire, je ne sais plus, devenus en un jour des adeptes forcenés du « tout-sauf-le-RER ».

Ce cadeau offert par des pères Noël aux poches percées a coûté quatre millions d’euros par jour et donc seize millions d’euros en quatre jours. Ces seize millions avancés par le STIF, et donc financés par des crédits publics, risquent de manquer cruellement ensuite à la RATP et à la SNCF qui doivent, pour faire dans le réseau les restaurations nécessaires à son bon fonctionnement, des centaines de millions de travaux. Mais, miracle du paléokeynesianisme à la française…

Cette largesse régalienne a été commanditée par la présidence de la Région Île-de-France qui va sans doute largement participer aux frais de cette foire au trône. Ceci étant, dans quelles poches la Région va-t-elle puiser l’argent pour régler l’addition de cadeaux inutiles ? Ce qui est intéressant et nouveau, c’est que la réponse est évidente pour une majorité de gens à présent. Beaucoup ont compris le film et les propos soit-disant « ultralibéraux » apparaissent à tous maintenant comme ce qu’ils sont, c’est-à-dire des propos de simple bon sens économique.

Cela veut dire que tout le monde à peu près commence à comprendre la phrase de Milton Friedman, démontrée brillamment par les pouvoirs publics franciliens : « There is no free lunch ».

Il n’y a pas de repas gratuit ou bien, au bout du compte, il faut toujours quelqu’un pour payer l’addition de toutes ces incuries et cette idéologie du tout-gratuit ou du tout-pas-cher. Et que ce quelqu’un, c’est monsieur et madame Toutlemonde. Contribuables et non-contribuables souffrent ensemble du « rien-qui-marche » lié au « tout-gratuit ».

Alors, si on continue à ce rythme, l’addition finira par être très très salée.

Enfin, la perspective de la condamnation sévère de la start up Heetch qui fera suite à celle de Uber et, avec elle, l’espoir douché du covoiturage nocturne en région parisienne pour des milliers de jeunes, la condamnation implicite de l’économie de partage par un pouvoir judiciaire ami du corporatisme apparaissent comme des fins de non recevoir à des alternatives économiques intelligentes et modernes au problème de la pollution automobile.

Mais ne désespérons pas, parce que ces attitudes corporatistes rétrogrades finissent par amener au libéralisme nombre de jeunes… et de moins jeunes…

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  • Les transport gratuit? De qui se moque t on? Rien que la SNCF touche 7 milliards de subvention pour prioritiser constamment le TGV sur le transilien..ça coûte cher au contribuable pour une qualité de service quasi inexistante!

  • Le coût direct est très faible par rapport au coût indirect, vous voyez 16millions(sûrement faux)alors que les indirects se comptent par centaines de millions:
    Heures de travail perdues, carburant, tourisme commerces etc

  • En France il y a une quantité importante de citoyens qui ne connaissent pas Milton Friedmann et qui sont convaincus de leur bon droit de l’accès au « tout gratuit »…avec l’argent des autres. N’est-ce point là l’essentiel pour ces gens là à qui les socialo communistes enfoncent bien dans le crâne que c’est la norme sans leur république égalitaire…Jusqu’à quand ? La fin ne peut être que proche…

    • GM: convaincus de leur bon droit de l’accès au « tout gratuit »…avec l’argent des autres.

      C’est même bien pire que ça.
      Je débats en d’autres lieux avec des types persuadés que le public ramène des tonnes de richesses au pays.
      Richesses qui sont dilapidées par les « cadeaux aux multinationales » de « l’ultralibéral Hollande ».

      Seul un déluge constant de papiers officiel (budget, Cour des comptes) arrive à les faire quitter l’arène, mais ça ne change rien à leurs slogans.

      • Jamais je n’aurais la patience (pourtant grande) et la sagesse (pourtant pas trop petite) pour débattre avec de tels idéologues. J’ai essayé, et c’est mauvais pour moi tant ça finit par m’énerver devant tant d’obstination irréfléchie…

  • « Alors, si on continue à ce rythme, l’addition finira par être très très salée. »

    Nous avons toujours cette fâcheuse habitude d’utiliser un futur proche pour des situations qui sont déjà atteintes : ça va mal finir, ça commence à bien faire, etc.

    Donc il serait de bon ton de dire que « l’addition est très salée déjà et qu’elle s’aggrave ». Peut-être alors, les gens verront-ils qu’ils ont dépassé la ligne rouge depuis plusieurs décennies et que la situation est tellement grave qu’elle sera portée par les générations à venir.

  • il n’y a que dans les pièges à rats que le fromage est gratuit (proverbe soviétique;
    largement expérimenté)

  • RATP & SNCF über alles ?

  • Un ramassis de conneries cet article …
    Déjà on va pas se mentir, c’est pas ce système interdisant les voitures paires ou impaires qui a empêché la plupart (pour ne pas dire la totalité) des automobilistes à prendre le volant comme a leur habitude, suffisait de pointer le nez dehors pour voir les nationales bouchées.
    Et puis c’est pas non plus 2 ou 3 jours de transports gratuits qui va ruiner la RATP et la SNCF, puis comme vous dites, la plupart payant un forfait pour leur pass navigo, puis tout les fraudeurs, sans compter ceux qui ont pris leur voiture alors qu’ils n’auraient pas dû, ça change pas grand chose au final, surtout au point où on en est (triste mais vrai).
    En tout cas on dirait que c’est la première fois que vous ayez été confronté aux « joies » des RER, s’en est presque touchant …

    • RATP : Dette de 5.3 milliards (2015)
      SNCF :
      • 44,1 milliards de dette (2015)
      . 12 milliards d’euros de perte nette comptable record en 2015
      • 400 millions de déficit sur les Intercités
      • 113 millions d’euros de fraudes
      • 19,5 millions de malus en raison du manque de ponctualité en Ile-de-France (2014)
      .Déficit des retraites de la SNCF: 3,3 milliards par an !
      Et vous oubliez le manque à gagner pour les salariés, les artisans, etc…qui n’ont pu aller bosser.

  • Plus on se soit-disant modernise, plus la vie est vide de sens et misérable.
    Tous ces impôts payés pour aucune efficacité.
    Si c’est cela le progressisme, alors je veux bien me faire traiter de ringard tous les jours.

  • PARIS c est magique …!!

  • Deux réactions suite à votre excellent article :

    « cette idéologie du tout-gratuit ou du tout-pas-cher »
    Attention, le capitalisme est par essence déflationiste. Le capitalisme « normal », pas celui de connivence que nous connaissons en France.
    -> Grace à l’augmentation de la productivité, grace aux progrès technologiques, les prix des denrées baissent et tout le monde en profite.
    Donc le « tout pas cher » est en réalité un objectif noble.

    « la condamnation implicite de l’économie de partage par un pouvoir judiciaire ami du corporatisme,  »
    Ne vous trompez pas de cible, le pouvoir judiciaire n’a pas le choix : il doit suivre les lois.
    Ce sont les pouvoirs exécutif et législatif (lui meme aux ordres du précédent) qui sont les vrais responsables.
    Supprimez les lois stupides qui régissent les VTC et le monopole des taxis, et Heetch sera irrémédiablement relaxé par la justice. Et pourra même obtenir un dédomagement.

    • Bien rappelé !
      Un bémol cependant : « Donc le « tout pas cher » est en réalité un objectif noble. » C’est exact. Mais ici il n’est pas question du « tout pas cher » mais du « tout gratuit ».
      Le premier est la juste conséquence du marché libre (pas nécessairement du capitalisme, mais on ne va pas chipoter).
      Le second est imposé à priori par la doctrine : il est donc voué à l’échec ou à la ruine…

  • On croirait que cet article est exagéré.

    Et bien non!

    La dernière fois que j’ai pris le RER c’était il y a dix ans dans le but de rejoindre Roissy pour prendre un avion pour Rome (Une idée comme ça qui m’avait pris) . Outre des conditions de confort qui évoquerait (Toutes choses égales) les voyages organisés par la SNCF pour le compte de l’administration allemande lors de la dernière guerre mondiale (La deuxième. La troisième est en cours de préparation). Il s’est passé exactement ce qui est relaté. Débarqué au milieu de nul part avec soi disant des cars qui faisaient les liaisons. Des cars il y en avait, sans aucune indications de destinations, pris d’assaut par des hordes diverses.
    Je n’ai du mon salut qu’à la sortie de cette gare, le hélage volontaire d’un taxi passant en sens contraire et à ses initiatives (au taxi) concernant les latitudes autorisées pour le respect des limitations de vitesse voire pour les demi-tours en sens contraire ou l’unicité des sens (On se calme!).

    Bon comme c’était un avion pour Rome. Il était en retard.

  • On est surpris de la tolérance plus proche de la servilité des passagers. L’article décrit tres bien la situation . Prendre la RER revient à jouer à une roulette des transports . On en arrive à être surpris quand tout se passe bien. L’autre jour panne massive à La Defense à la sortie des bureaux , pas de ligne L jusqu’à un nouvel ordre . Troupeau de passagers résignés et empilés partout , ne luttant ni ne râlant , installés dans cette nouvelle routine de la panne perpétuelle . J’écoutais un ami relater l’incident , il était tout sourire félicitant le comportement jugé par lui irréprochable des passagers . Combien de temps les veaux que nous sommes accepterons nous cela sans broncher ? Comment voulez vous que nos élus nous respectent ?

  • En plus de tout ce que vous évoquez il ne faut pas oublier les incivilités qui ne donnent pas envie. Si les gens préfèrent prendre leurs voitures c’est aussi parce qu’ils n’ont pas envie de se faire emmerder par des racailles qui en plus de ne pas payer leurs tickets font chier tout le monde soit par un comportement agressif soit avec leur musique de merde jouée à fond sur leurs téléphones. Jamais un agent que ce soit sur les lignes RER ou dans le métro parce que maintenant ils vont jusqu’à faire chier dans le métro. Il ne faut pas non plus compter sur la solidarité des autres passagers qui seraient en plus capables d’être plus compréhensifs pour ces parasites. Ca ne sert à rien de développer les transports en commun, d’y mettre des milliards s’il n’y a aucun contrôle nulle part. Les gens préfèrent toujours prendre leurs satanées bagnoles plutôt que de se faire emmerder par des sous merdes dans les transports en commun.

  • Et la Pecresse, qu’est-ce qu’elle fout?
    Je croyais qu’elle avait l’ambition de remettre de mordre dans le bordel socialiste de l’Ile-de-France, et elle est déja noyée dans les marigots.

    Au point d’avoir essayé,maladroitement, de trouver une porte de sortie avec Juppé.

    Tous les mêmes?

    • les bruits, les cris, les portables, les frottements et le tassement des sardines, les odeurs y compris pestilentielles, sauf la cocotte d’à coté (hum, hum !), j’aimerais que ces trans-porcs me prennent en bas de chez moi, s’arrêtent là où je le désire (sans faire un détour stupéfiant), ne me cahotent pas, ni ne freinent, ni n’accélèrent brutalement, bref toute cette promiscuité collectiviste me gêne profondément sans compter sur des tarifs scandaleux !
      ps des inconvénients ? j’en ai probablement oubliés…

  • Cela fait quinze ans que je n’ai plus de voiture. DE ce fait JE suis un grand amateur de transport en commun
    J’ai connu LE métro de Paris en 59 avec LES premières et LES secondes, c’était magique mais au fur et à mesure LE temps et la gestion calamiteuse de la gauche a laissé le système en décrépitude
    Habitant à Madrid j’ai la chance d’avoir un système très performant. En 2004 Esperanza Aguirre a permis une extension du métro de 92 km
    L’aéroport Adolfo Suarez est relié par le RER et la ligne 8 du métro
    J’ai souvenir que pour aller CDG les trains sont vétustes et tombe t en panne
    Étant à MEXICO JE constate que cette ville gouver pAr LE treme gauche à un retard abyssal en matière de transport en commun. Au fur des années la paralysie gagne
    Seules des mesures drastiques et A marche forcée pourra sauver les villes du chaos

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