Le référendum en Italie : les vraies questions !

Matteo Renzi (Crédits Palazzo Chigi, licence Creative Commons)

Est-ce la faute à l’Europe si l’Italie souffre d’immobilisme politique, ploie sous un magma institutionnel et le deuxième taux d’endettement le plus élevé de la zone euro ? Certainement pas. La démission de Matteo Renzi ne doit pas être mal interprétée.

Par Thierry Godefridi.

Le référendum en Italie : les vraies questions !
Matteo Renzi (Crédits Palazzo Chigi, licence Creative Commons)

Lors d’un référendum, les électeurs ne répondent pas, dit-on, à la question qu’on leur pose, mais à celui qui la leur pose. Bien avant le référendum de dimanche en Italie, M. Renzi reconnut qu’il avait commis une erreur tactique fatale en mettant en jeu, de manière inconsidérée, tôt dans la campagne, non seulement la survie de son gouvernement, mais aussi sa propre existence politique.

Il aurait pu se contenter, après avoir pris soin de les leur expliquer, de demander à ses concitoyens un simple avis sur les réformes envisagées en vue de moderniser l’État italien. C’eût été raisonnable et conforme à la constitution. La méthode eût emporté l’adhésion populaire voire assuré la victoire du oui. Mais, sans doute n’était-ce pas suffisamment sexy, martial. Il eût manqué l’outrecuidance d’en faire une affaire personnelle.

Un séisme européen ?

À moins de jouir d’une cote de popularité de plus de 50%, c’était, dans un pays aux prises avec les états d’âme et un onirisme de nature stellaire, courir à l’échec. Les électeurs italiens ont rejeté les changements constitutionnels que le gouvernement de M. Renzi préconisait et ce dernier a présenté sa démission. Les marchés financiers ont à peine réagi ; les actions européennes se sont inscrites en hausse lundi et, après un accès de faiblesse face au dollar dans la matinée, l’euro s’est ressaisi. Ça, c’est l’état des lieux objectif de la dernière crise italienne en date.

Les sempiternelles Cassandre avaient émis un énième avis de séisme sur l’euro et sur l’Europe. Une nouvelle fissure affecterait-elle l’édifice européen ? L’Europe n’a pas grand-chose à voir dans cette affaire ! La situation italienne ne date pas d’hier (la crise financière de 2008), ni d’avant-hier (l’usage de l’euro à partir de 1999). Et, M. Renzi a raison sur ce point, elle ne se résoudra pas demain, même ou a fortiori si son pays quittait l’euro et retournait à ses dévaluations frénétiques d’antan. Quand elle dépréciait sa monnaie à qui mieux mieux, l’Italie se redressait-elle pour autant ? Le niveau de vie de ses habitants s’améliorait-il par rapport celui des autres pays européens ?

Raison garder

D’ailleurs, il faut se garder d’interpréter le résultat du référendum de manière univoque. Il semble douteux, pour qui les fréquente, que les habitants de la Vénétie et du Frioul ainsi que de la moitié sud de la botte italienne et de la Sardaigne, qui ont tous voté non à plus de 60%, aient été animés des mêmes motivations et arrière-pensées ! La république de Venise fut indépendante et sérénissime pendant un millénaire et la ligne de démarcation nord-sud n’existe pas qu’au niveau de la planète entière.

Les marchés financiers, dans leur immuable sagesse, avaient donc apparemment anticipé l’issue du scrutin. Les écarts de taux entre les obligations d’État de l’Italie et de l’Allemagne ne se sont pas creusés d’une semaine à l’autre. Certes, la situation des banques italiennes, qui se sont dépréciées de près de 50% (85% pour la Banque Monte dei Paschi di Siena) en 2016, n’en est pas améliorée : leurs créances douteuses atteignent les 360 milliards d’euros et comptent pour plus d’un tiers de la zone euro alors que l’Italie n’en représente qu’environ 15% du PIB, à quoi il faut ajouter que les banques italiennes sont vulnérables à une hausse éventuelle des taux d’intérêt sur la dette d’état dont elles détiennent la plus grande partie…

D’une manière bien plus inquiétante, l’Italie est en panne de croissance. Est-ce la faute à l’Europe si l’Italie souffre d’immobilisme politique et social, ploie sous un magma institutionnel et le deuxième taux d’endettement le plus élevé (132,7% du PIB) de la zone euro (après la Grèce), se classe 43e sur 140 pays pour la compétitivité au classement du World Economic Forum (la Suisse arrive en tête, l’Allemagne est 4e et la France, 22e) et 128e pour la flexibilité du marché du travail, et accuse un vieillissement démographique élevé (avec un âge médian parmi les plus élevés au monde et 21,7% de sa population âgée de 65 ans et plus) ?

Dans un pays dont les dépenses publiques dépassent la moitié du PIB, faut-il s’étonner de ce que les « rentiers » du système en bloquent la réforme et de ce que seuls les expatriés en votent la refonte à plus de 60% ?