Primaire : on choisit Fillon par adhésion, pas par stratégie

Les motivations du vote à la primaire pour les trois premiers candidats ne laissent guère de doute sur l’adhésion qu’a suscité le projet de François Fillon.

Par la rédaction de Contrepoints.

Une étude Harris Interactive pour LCP et Public Sénat1 s’intéresse notamment aux motivations de vote pour la primaire de la droite.

L’opposition à Nicolas Sarkozy et l’impact de la gauche

Alors que 70% des électeurs d’Alain Juppé ont voté pour lui afin que Nicolas Sarkozy ne gagne pas, ils ne sont que 40% parmi les électeurs de François Fillon. 57% des électeurs du gagnant du premier tour affirment que leur vote n’a aucun rapport avec Nicolas Sarkozy alors que seuls 30% des électeurs du dauphin le prétendent.

Par ailleurs, parmi les électeurs d’Alain Juppé au premier tour de la primaire, 23% proviennent de la gauche, 25% de l’UDI ou du MoDem et 31% seulement des Républicains. Pour les électeurs de François Fillon, seuls 6% viennent de la gauche, 12% de l’UDI et du MoDem et 49% des Républicains.

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Provenance de l’électorat des qualifiés au second tour de la primaire

Il est clair que ceux qui ont voté pour François Fillon ne l’ont pas fait par calcul électoral (rejet de Nicolas Sarkozy ou programme plus proche de la gauche) mais nettement plus par adhésion que pour Alain Juppé. On comprend ainsi mieux la stratégie d’Alain Juppé : elle a pour but de bénéficier au deuxième tour des voix les moins à droite afin de se hisser plus haut que ce que le potentiel des reports laisse penser.

Et le programme dans tout ça ?

Seuls 46% des électeurs d’Alain Juppé ont placé le programme au cœur de leurs motivations, contre 70% pour François Fillon. Peu d’électeurs se sont décidés le jour même de la primaire mais quand 36% se décidaient pour François Fillon quelques jours avant le scrutin, ils n’étaient que 11% pour Alain Juppé. De même, quand 26% se décidaient pour François Fillon deux ou trois semaines avant le premier tour, seuls 15% le faisaient pour Alain Juppé.

Importance du projet dans la motivation du vote à la primaire
Importance du projet dans la motivation du vote à la primaire

La fin de campagne de François Fillon, le troisième débat et probablement une certaine lassitude vis-à-vis d’Alain Juppé ont manifestement porté les électeurs à se décider tardivement.

Du reste, on constate que l’électorat d’Alain Juppé ne comporte aucune base solide. La plupart des électeurs ont voté pour s’assurer que leur candidat soit au second tour de la primaire (68 à 70%) mais la personnalité d’Alain Juppé a bien moins rassemblé (54%), tout comme son honnêteté (50%). Son programme était très mal classé par rapport aux autres candidats (46%) alors que beaucoup de ses électeurs (60%) ont voté pour empêcher un autre candidat d’accéder au second tour. François Fillon et Nicolas Sarkozy ont eux rencontré bien plus d’adhésion sur leurs personnalités et sur leurs projets.

Motivation des électeurs des trois premiers candidats à la primaire.
Motivation des électeurs des trois premiers candidats à la primaire.

La primaire a validé l’adhésion à François Fillon

Les chiffres sont très clairs :

  • Peu d’électeurs de François Fillon ont utilisé leur voix au premier tour de la primaire pour disqualifier Nicolas Sarkozy,
  • François Fillon a séduit dans son camp et son succès n’est pas parasité par les votes de gauche,
  • La perception de son honnêteté a pesé face à Nicolas Sarkozy et ses affaires et Alain Juppé, déjà condamné,
  • Son projet a été écouté et sa personnalité a séduit.

Sa place à l’issue de ce premier tour relève donc d’une certaine adhésion. Ceci étant dit, malgré un score bien large, l’influence de l’opposition en faveur d’Alain Juppé devrait se faire sentir au second tour. Rien n’est gagné et la soirée de dimanche prochain devrait tenir ses promesses de grand moment électoral.

  1. Enquête réalisée en ligne le dimanche 20 novembre 2016. Échantillon de 7901 personnes, représentatif des Français âgés de 18 ans et plus dont 799 électeurs au 1er tour de la Primaire de la droite et du centre. Méthode des quotas et redressement appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle et région de l’interviewé(e).