Trump ne cèdera pas sur le réchauffement climatique

Lutter contre les conséquences du réchauffement est à notre portée, plus immédiatement efficace que lutter contre le réchauffement. Si Trump, sur ce sujet, conduit au pragmatisme, le reste, peut-être, pourra lui être pardonné.

Par Guy Sorman.

Trump ne cèdera pas sur le réchauffement climatique
By: Alex HansonCC BY 2.0

Donald Trump paraît, d’ores et déjà, englué dans la bureaucratie américaine, cerné par de multiples contre-pouvoirs, à commencer par son propre parti, le Parti républicain. Sur l’immigration illégale, l’assurance de santé publique (Obamacare), les sanctions contre les importations chinoises, chaque jour il nuance son propos allant jusqu’à demander conseil à Barack Obama. En un éclair, Trump a pris conscience de l’écart béant entre sa chanson primitive aux électeurs et sa traduction pratique. On verra : à tout moment, le personnage flamboyant et imprévisible peut resurgir et bouleverser l’ordre – relatif – de l’économie et des institutions internationales.

L’application du traité de Paris

Mais sur un point saillant de la campagne qui correspond à ses convictions, à celles de ses électeurs, de son Parti et d’une majorité d’Américains, il ne cédera pas : le « changement » ou « réchauffement » climatique. Il est certain que, par quelque subterfuge juridique ou par mauvaise volonté, le prochain gouvernement américain n’appliquera pas le tout récent Traité de Paris, qui oblige les signataires à réduire, d’année en année, leur production de dioxyde de carbone, principal gaz à effet de serre. Trump, sur ce point, dispose d’une majorité parlementaire et populaire : les protestations seront dispersées, les scientifiques américains étant eux-mêmes divisés sur le sujet plus que ne le sont leurs collègues européens.

Les gouvernements chinois et indiens, pour lesquels le développement industriel l’emporte sur les précautions écologiques, seront trop heureux de se réclamer des États-Unis pour ne pas appliquer de restrictions à leurs centrales à charbon. Je ne vois guère qu’Obama, écologiste convaincu, pour prendre la tête d’un vaste mouvement de « sauvetage » de la planète.

Le démantèlement des accords internationaux sur le changement climatique aura-t-il des conséquences dramatiques sur l’humanité ? Essayons de démêler le certain, le probable et l’improbable dans cette controverse où la science tricote avec l’idéologie. Tout d’abord, ne pas croire du tout au changement climatique est une posture intenable : le climat change tout le temps par définition et l’histoire moderne, depuis l’époque romaine, illustre ces changements par l’évolution des cultures, tels l’avancée et le recul de la vigne en Europe.

Progression des maladies tropicales

Il est indéniable qu’actuellement, nous sommes dans une phase de réchauffement comme en témoigne – plus persuasive que les ours blancs désorientés sur la banquise, très photogéniques – la progression des maladies tropicales dans des zones naguère tempérées et en altitude, propagées par les moustiques, malaria, chikungunya, zyka. On sait aussi de manière certaine que le dioxyde de carbone, propagé par les énergies au carbone, contribue au réchauffement ; à quel degré on ne sait pas. D’autres facteurs sont certainement à l’œuvre, comme le méthane et des événements solaires que l’on ne maîtrise pas.

À ce seuil, la science bascule dans la croyance et rend impossible tout débat calme. Les gouvernements occidentaux, confortés par les mouvements écologistes, dont les voix sont utiles, le lobby du nucléaire hostile au charbon, au pétrole et au gaz, a adopté une attitude intransigeante désignant le dioxyde de carbone comme coupable et eux-mêmes comme sauveurs. Il n’est pas innocent que la passion pour la climatologie, science balbutiante et incertaine, coïncide avec l’affaiblissement de la capacité politique d’intervenir sur le cours de l’histoire en raison de la mondialisation et du discrédit général des idéologies qui promettaient des lendemains enchanteurs : le Vert a pris le relais du Rouge.

Si les grands pollueurs, à la suite des États-Unis, renoncent à leurs engagements climatiques, l’atmosphère se réchauffera-t-elle jusqu’à rendre la planète invivable ? Seuls nos enfants et petits-enfants s’en apercevront, tant les évolutions climatiques sont lentes.

Méthodes plus modestes

Par ailleurs, il n’est pas certain que le Traité de Paris aurait eu le moindre effet, ni sur l’émission de dioxyde de carbone ni sur le climat ; il existe un consensus entre économistes du monde entier pour recommander plutôt une taxe sur le carbone, plus efficace que les engagements gouvernementaux d’en limiter l’usage. Mais c’eut été une méthode économique, trop libérale et moins glorieuse pour les politiciens qui, tel Zorro, tiennent à nous sauver.

Il n’en reste pas moins que le réchauffement actuel provoque, nous l’avons souligné d’emblée, des pandémies redoutables. On saurait dès maintenant les contenir, un peu en éradiquant les moustiques comme on le fit il y a un siècle à peine dans le Sud de l’Europe et des États-Unis. De même, là où existent des risques écologiques liés à la montée des eaux, il serait possible d’interdire les constructions en zone inondable (construire n’importe où est aujourd’hui la principale cause des catastrophes naturelles, plus que le climat).

Lutter contre les conséquences du réchauffement est à notre portée, plus immédiatement efficace que lutter contre le réchauffement, mais évidemment moins glorieux, moins prophétique. Si Trump, sur ce sujet, conduit au pragmatisme, le reste, peut-être, pourra lui être pardonné.

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