Le néolibéralisme est un mythe

Le terme « néolibéral » est un croque-mitaine, une sorte de mot « Schtroumpf » utilisé pour désigner parfois du libéralisme, mais le plus souvent, pour s’offusquer de n’importe quel aspect déplaisant — ou vu comme tel — de la société contemporaine.

Par Daniel Tourre.

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Il arrive parfois que l’on dise des choses justes, par accident, sans le vouloir. C’est ce qui est arrivé à Edgar Morin, l’espace d’un tweet. Il a raison : le néolibéralisme n’est plus qu’un mythe, un croque-mitaine pour penseurs de gauche ou d’extrême-droite.

Il n’en a pas toujours été ainsi. Le terme avait gagné ses galons en août 1938 lors du colloque Lippmann, du nom du célèbre éditorialiste américain Walter Lippmann, auteur entre autres de la Cité Libre.

Cette réunion de plusieurs jours avait réuni des intellectuels de l’époque, certains vrais libéraux (Mises, Hayek, Étienne Mantoux…), d’autres beaucoup moins libéraux (Marcel Bourgeois, Louis Marlio : keynésien ; catholicisme social), ou très peu libéraux (Ernest Mercier : antiparlementarisme, Louis Bodin : corporatiste) autour des questions portant sur la défense d’une société libre. Quelles sont les causes du déclin du libéralisme ? Comment sauver le libéralisme face à la montée des grands totalitarismes ?

Le néolibéralisme fut l’un des termes proposés parmi ceux qui considéraient que le libéralisme devait se renouveler sur le fond et sur la forme, en laissant une place plus importante à l’État. Le terme n’était donc déjà pas consensuel parmi les libéraux. Les libéraux dits classiques (Mises, Hayek) ne partageant ni le diagnostic, ni le remède, ni donc l’intérêt d’un nouveau terme.

Néolibéralisme ne sera même pas beaucoup usité parmi ces « nouveaux » libéraux, les Allemands autour de Wilhelm Röpke, par exemple, préféreront le terme d’ordolibéralisme. On notera en passant que le néolibéralisme n’a pas servi à théoriser un libéralisme radical, mais au contraire à mettre en avant un nouveau libéralisme atténué par des interventions de l’État.

Le terme néolibéral fut ensuite utilisé sporadiquement par certains libéraux avant d’être complètement abandonné par ces derniers. Il n’a jamais fait l’objet d’une reconnaissance de masse chez les libéraux.

liberalisme-rene-le-honzecIl fut utilisé par contre abondamment par des intellectuels non-libéraux, parfois de manière intéressante, mais avec des définitions changeantes d’un auteur à l’autre ;  le fait qu’aucun penseur ou courant politique ne s’en réclame pour trancher son sens, ou servir d’objet d’étude, favorisant évidement le foisonnement de définitions.

Cela fait donc plusieurs décennies qu’il n’est ni un étendard — personne ne s’en réclame —, ni même un terme scientifique — sa définition n’a ni rigueur ni constance.

Le terme n’est plus qu’un croque-mitaine, une sorte de mot « Schtroumpf » utilisé pour désigner parfois du libéralisme, mais le plus souvent, pour s’offusquer de n’importe quel aspect déplaisant — ou vu comme tel — de la société contemporaine, sans que cet aspect ait d’ailleurs souvent un lien, même ténu, avec le libéralisme.

Ce terme empêche donc d’une part de discuter sérieusement du libéralisme, le vrai, mais aussi de discuter sérieusement des aspects de la vie contemporaine ou des idées dont on affuble parfois le néolibéralisme (marchandisation, capitalisme de connivence, anomie etc.) , ce qui est regrettable pour le débat, dans un cas comme dans l’autre.

La longue liste à la Prévert de ses méfaits illustre bien l’immense marécage conceptuel que constitue aujourd’hui le néolibéralisme.

Le néolibéralisme c’est le féminisme ET le patriarcat

Le néolibéralisme a cette formidable capacité à faire le grand écart. Lorsque l’on veut vraiment nuire à l’humanité, il ne faut pas s’embarrasser de cohérence idéologique.

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Le néolibéralisme, c’est Daesh

Comme un méchant de James Bond, on retrouve le néolibéralisme derrière chaque mouvement cherchant à déstabiliser la planète. On aurait été surpris que le néolibéralisme ne soit pas derrière les attentats ; cela ne lui ressemblerait pas.

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Le néolibéralisme, c’est la salle de sport

Lorsque vous séchez votre cours de sport, pas de panique, vous luttez sans doute pour un monde plus juste. Un monde sans néolibéralisme.

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Le néolibéralisme, c’est un fascisme

Le fascisme, c’est selon Mussolini : « Tout par l’État, rien hors de l’État, rien contre l’État ! »

Parfois, on peut se demander si le suffixe ‘néo’ ne veut pas dire le « contraire de » :

  • La néosphére est un cube.
  • En hiver, il fait néochaud.
  • Ava Gardner était une très néolaide femme.

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Le néolibéralisme, c’est les loyers chers, les salaires bas…

Le néolibéralisme est bien sûr derrière toutes les misères du monde, dont on parle si bien, à Cannes, la bouche pleine de petits fours.

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Ceci, cela et son contraire sont essentiels au néolibéralisme

Lorsque l’on parlait d’une entité diabolique, nous ne sommes pas loin du compte… Il est décidément partout.

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Une entité omniprésente, mystérieuse, terrifiante, infiniment puissante, sournoise, aux masques multiples, entièrement dévouée à nuire à l’humanité, c’est peut-être finalement dans l’œuvre de Lovecraft que l’on trouvera les études les plus rigoureuses sur le néolibéralisme Nyarlathotep, le chaos rampant.

« Là ou passait Nyalathotep, la paix disparaissait et dans les petites heures de l’aube retentissait des hurlements de cauchemar. »
Nyarlathotep – HP Lovecraft.

7049-affichelovecraftAffiche du Collectif Antigone@collec_antigone

Version vidéo de cette chronique :