Juppé, le libéral qui veut un État fort

Alain Juppé, inspecteur général des finances qui a une connaissance théorique et livresque de l’entreprise, prend des positions tout à fait inquiétantes sur les entreprises.

Par Éric Verhaeghe.

Juppé, le libéral qui veut un État fort
Alain Juppé By: Foreign and Commonwealth OfficeCC BY 2.0

Et si Juppé remportait la primaire ? Cette possibilité ne manque pas de piquant, puisqu’elle ramènerait la présidentielle à une sorte de tournoi du vingtième siècle, alors que la France a plus que jamais besoin d’un renouveau. Pour les partisans d’une libération des forces économiques, cette annonce sonne comme une mauvaise plaisanterie.

Les postures de Juppé sur l’entreprise

Alain Juppé, inspecteur général des finances qui a une connaissance théorique et livresque de l’entreprise, prend des positions tout à fait inquiétantes sur les entreprises. Dans son discours tenu à Lyon hier soir, il a notamment dit ceci :

juppe« L’État est trop absent lorsqu’il devrait être présent et trop présent lorsqu’il devrait être modeste », a estimé l’ancien Premier ministre. Ajoutant : « Il est omniprésent là où nos compatriotes n’aspirent qu’à la liberté, avec un interventionnisme économique brouillon, des procédures tatillonnes, une bureaucratie d’un autre âge, une fiscalité confiscatoire » ; complété par « Je veux un État discret et modeste, là où d’autres sont plus efficaces que lui, au service de l’économie et de l’emploi ». Pour lui, il n’est pas admissible qu’une « défiance » se soit installée « envers l’État ». Notamment « quand ses administrations traitent tout entrepreneur comme un délinquant en puissance ».

Voici une petite rengaine qui fait peur. Elle annonce une flopée de notes, de circulaires, demandant aux fonctionnaires d’être gentils, quelques baisses d’impôts savamment distillées, et pour le reste, tout recommencera comme avant. Car on en a connu des pourfendeurs de la bureaucratie et des procédures, qui simplifient d’une main ce qu’ils compliquent de l’autre.

Bref, Juppé n’est pas un libéral, et il aime l’État.

La déclaration d’amour de Juppé à l’État

D’ailleurs, il ne s’en cache pas. Dans le même discours de Lyon, s’il fait l’éloge d’un État « modeste » sur l’économie, il le veut « fort » pour le régalien. « Puissant, a-t-il même dit, là où lui seul peut agir, et nous en avons plus que jamais besoin face à la montée des périls. »

La messe est donc dite : Juppé nous fera du Chirac pur sucre. Il ne réformera rien, se contentera de ravaler quelques façades, et pour le reste reprendra le chemin des créations de postes chez les fonctionnaires et de maintien de la dépense publique à des niveaux records.

Juppé, le candidat du déclin

On comprend donc bien la logique juppéiste qui se prépare. Là où la France a besoin d’hommes et de femmes en accord avec leur temps, le pays pourrait très bien faire le choix de se rassurer en recourant à des personnalités qui fleurent bon la nostalgie d’avant. Celle de l’époque où l’on ne parlait pas de crise, d’Internet, d’immigration. Le bon temps quoi.

Reste à savoir si ce choix rapproche ou éloigne de l’effondrement final, celui où le pays aura asséché ses forces vives, désespéré sa jeunesse, et mis en place toutes les conditions d’une implosion globale créatrice de rupture. Dans l’attente de cet effondrement, on comprend déjà que les discours de Juppé sur les prisons, la police, l’autorité (mais avec un public qui siffle le principe d’une abrogation de la loi sur le mariage gay), conduira rapidement à une sorte de statu quo, mais heureux sans doute, avec la situation actuelle.

Vraiment, ça donne envie.


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