Pourquoi l’Union Européenne est condamnée

Pourquoi l’Union Européenne ne pourra survivre à la prochaine crise financière.

Par Alasdair McLeod.
Un article de Mises.org

Pourquoi l'Union Européenne est condamnée
By: DonkeyHoteyCC BY 2.0

Nous sommes habitués à regarder les malheurs de l’Europe d’un strict point de vue financier. C’est une erreur, parce que cela nous fait passer à côté de la vraie raison pour laquelle l’UE va échouer et ne survivra pas à la prochaine crise financière.

Normalement, on survit à une crise financière grâce aux actions des banques centrales en tant que prêteur en dernier ressort. Cependant, l’origine et la construction de l’Euro, et de l’UE elle-même, risquent d’avancer la prochaine crise financière aux mois à venir, et de faire que celle-ci dépasse la capacité de la BCE à sauver le système.

L’Union européenne, création des États-Unis

europe-condamnee-rene-le-honzecOn doit se rappeler que l’Union Européenne est à l’origine une création de la politique étrangère des États-Unis après-guerre. Leur priorité était de bloquer l’avancée du bloc communiste. Pour arriver à ce but, trois éléments de leur politique envers l’Europe ont été définis. Il y a d’abord eu le plan Marshall en 1948, qui a fourni des fonds pour aider à la reconstruction des infrastructures de l’Europe.

Cela a été suivi par la création de l’OTAN en 1949, qui a permis d’assurer la présence de bases militaires américaines et britanniques permanentes en Allemagne. Enfin, le Comité Américain pour une Europe Unie (the American Committee on United Europe), une organisation financée par la CIA, a été créé pour promouvoir discrètement l’union politique de l’Europe.

Celle-ci n’est donc en rien un développement européen naturel. Malgré cela, le concept d’union politique, initialement sous la forme de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA), est devenue réalité avec le traité de Paris en 1951, avec six membres fondateurs : la France, l’Allemagne de l’Ouest, la Belgique, le Luxembourg et l’Italie. La CECA a évolué vers l’UE d’aujourd’hui, avec 21 pays membres supplémentaires sans compter le Royaume-Uni, qui a décidé de quitter l’union.

Pas d’identité nationale européenne

Les pays fondateurs ayant conservé leurs caractéristiques nationales, l’UE ressemble à un patchwork politique dont chaque élément a conservé ses caractéristiques d’origine. Après 65 années, un Français est toujours un fervent nationaliste français. Les Allemands sont caricaturalement Allemands, et les Italiens restent délicieusement Italiens. La Belgique est souvent désignée comme un non-pays, et est toujours divisée entre les Wallons et les Flamands. En tant qu’organisation, l’UE manque d’une identité nationale, et donc de cohésion politique.

C’est la raison pour laquelle la commission européenne de Bruxelles a dû faire beaucoup d’efforts pour s’affirmer. Elle souffre néanmoins d’un problème insurmontable : elle n’a pas d’autorité démocratique. Le parlement européen a été conçu pour ne pas détenir de pouvoir, et ne trompe donc que les ignorants. Le pouvoir résidant toujours dans une cabale réduite d’États-nation, les dirigeants nationaux ne font que semblant de respecter la bureaucratie bruxelloise.

Soumission à l’axe franco-allemand

La relation entre les dirigeants nationaux et la Commission européenne est délibérément une relation de long terme, dans le sens que la perte de souveraineté est utilisée pour soumettre progressivement les autres pays membres de l’UE à l’axe franco-allemand. La logique sous-jacente était de faire de l’Europe une zone de commerce protégé dans l’intérêt conjoint de la France et de l’Allemagne, en les protégeant du marché libre.

Trouver les compromis nécessaires n’a pas été facile. Depuis la seconde guerre mondiale, la France a été très protectionniste envers sa propre culture, en insistant pour que les Français n’achètent que des produits français. Le succès de l’Allemagne vient de l’épargne qui, en encourageant les investissements industriels, a conduit à une forte capacité d’exportation. Ces deux pays, partageant une frontière commune, avaient et ont toujours des valeurs très différentes, mais ont réussi à concevoir et à mettre en place la Banque Centrale Européenne (BCE) et l’euro.

Le rôle de la classe politique allemande

En Allemagne, les défenseurs d’une monnaie forte de la Bundesbank ont perdu face aux intérêts industriels, qui ont cherché à profiter d’une monnaie plus faible. Cela concordait avec ses préférences politiques, et c’est bien la classe politique qui contrôlait la relation avec la France. En France les intégrationnistes, à nouveau des politiciens, ont gagné face aux industriels, qui cherchaient à protéger leur marché domestique face à la compétition allemande.

Lorsque la monnaie commune a été initialement proposée, deux problèmes futurs ont été ignorés. Le premier était l’adaptation des autres pays rejoignant l’euro à la perte de leur monnaie nationale, et le second était la manière dont le Royaume-Uni, avec sa culture anglo-saxonne basée sur le marché, pouvait s’adapter à un modèle plus européen. Le second problème n’a pas tardé à se manifester brutalement, avec le retrait de la livre sterling du mécanisme de taux de change européen (MCE), précurseur de l’euro, en septembre 1992.

La naissance de l’euro

L’euro a finalement vu le jour à la fin du siècle. Le compromis franco-allemand a conduit à la nomination d’un Français, Jean-Claude Trichet, comme deuxième président de la BCE. Tout se passait bien puisque l’abandon des monnaies nationales et l’acceptation progressive de l’euro signifiaient que les États de l’Eurozone pouvaient emprunter moins cher en euro que dans leurs propres monnaies nationales.

Le risque des obligations était mesuré contre les bunds allemands, les obligations traditionnellement au taux le plus faible d’Europe. Après peu de temps, le spread entre les obligations allemandes et celles émises par d’autres pays de l’Eurozone a été vu comme une opportunité de profit et non plus comme le reflet d’un risque relatif. Les banques européennes, les compagnies d’assurances et les fonds de pensions ont tous bénéficié de l’augmentation significative des prix des obligations émises par les membres périphériques de l’UE, et ont investi en conséquence.

La violation du traité de Maastricht

En retour, ces emprunteurs ne se sont pas fait prier pour répondre à cette demande en émettant d’énormes quantités de dettes, en violation du traité de Maastricht. Le crédit bancaire s’est également étendu, en laissant le système bancaire dangereusement exposé.

Le mécanisme de contrôle de cette explosion de l’endettement aurait dû être le pacte de stabilité et de croissance sur lequel les États se sont entendus à Maastricht en 1993. Cinq règles ont été définies, dont deux qui nous intéressent particulièrement. Les États membres devaient garder leur déficit budgétaire en dessous de 3 % du PIB, et la dette gouvernementale devait rester en dessous de 60 % du PIB.

Ni l’Allemagne ni la France ne remplissaient le critère de la dette sans truquer leurs comptes, et la seule raison pour laquelle le déficit était conforme au Pacte était un mélange de comptabilité douteuse et de timing favorable du cycle économique. Aucune mesure n’a jamais été prise pour faire respecter le mécanisme de contrôle.

Aucune responsabilité envers la nouvelle monnaie

Depuis le début, aucun pays n’a eu le moindre sens de responsabilité envers la nouvelle monnaie. Les règles ont été ignorées et l’euro est devenue la vache à lait des gouvernements membres, ce qui a été propulsé sur le devant de la scène par l’échec de la Grèce.

Le système bancaire de l’Eurozone, comprenant les banques centrales nationales et la BCE, mutuellement engagées dans un système de règlement bancal nommé TARGET, est devenu le moyen pour les États membres d’acheter des biens allemands à crédit. On aurait été tenté de dire « tant mieux pour l’Allemagne » si le crédit n’avait été pas fourni par l’Allemagne elle-même. Cela revient à prêter de l’argent à son client lors d’une transaction truquée. La faille présente à la construction du système est maintenant un volcan grondant prêt à exploser à tout moment.

Les Allemands veulent récupérer leur argent ou, a minima, ne pas y renoncer définitivement. Les débiteurs ne peuvent pas payer et ont besoin d’emprunter plus d’argent juste pour survivre.
Aucun des deux partis ne veut regarder la réalité en face. Cela a commencé avec l’Irlande, puis Chypre, suivie par la Grèce et le Portugal. Ce sont de petits débiteurs que l’Allemagne, sous l’impulsion de son ministre des Finances Wolfgang Schäuble, a réussi à soumettre, et qui sont maintenant des zombies économiques.

Le vrai problème vient de l’Italie

Le vrai problème vient de l’Italie, qui est aussi en train de sombrer avec un ratio dette/PIB estimé à plus de 133%, et qui continue de monter. Si l’Italie tombe, elle sera suivie par l’Espagne et la France. Herr Schäuble ne peut pas faire rentrer si facilement ces débiteurs majeur dans le rang, parce que si cela devait arriver, le système bancaire de toute l’Eurozone se retrouverait en grande difficulté, ainsi que le gouvernement allemand lui-même. Les épargnants allemands sont également en train de prendre pleinement conscience qu’ils vont devoir payer la facture.

La première ligne de défense, comme toujours, sera la BCE, qui agira en prêteur de dernier ressort pour garder les banques à flot. La seule manière d’y parvenir est d’accélérer l’impression d’euros et de monopoliser le marché de la dette de l’Eurozone. La question est de savoir si la BCE pourra ou non maintenir la monnaie debout avec ce passif sur son propre bilan, et pour combien de temps.

Pour le moment, l’Euro apparaît comme un Goliath, invincible. Il représente l’establishment européen anti-libre-marché, que personne n’a osé contester. Cela explique probablement que la BCE puisse imposer des taux d’intérêt négatifs et ne pas en subir les conséquences. Mais des failles sérieuses sont en train d’apparaître. D’abord, nous avons eu le Brexit, qui sera probablement suivi par la sortie d’autres petits États. La crise bancaire italienne se manifestera presque certainement bientôt, et le référendum italien sur la constitution le mois prochain sera également un obstacle important à surmonter.

Panique politicienne

Les politiciens sont en mode panique, et assurent à qui veut les entendre qu’il n’y a aucun problème que davantage d’intégration et une nouvelle armée ne pourront résoudre.

Pendant ce temps, l’attitude autoritaire de la Commission européenne et la crise des réfugiés sapent le soutien de l’opinion publique pour le statu quo. Angela Merkel, jusqu’à présent vue comme invincible, a perdu le soutien des électeurs allemands. Marine Le Pen, leader du Front national, souhaitant que la France sorte de l’UE, est en tête des sondages d’opinions récents pour l’élection présidentielle française de l’année prochaine. Les hommes forts de l’Europe sont en difficulté.

Tous les éléments pour un désastre politique et financier majeurs sont maintenant présents. La question de savoir s’il sera le déclencheur, ou s’il sera lui-même déclenché par d’autres évènements externes reste ouverte. Dans tous les cas, le délai avant une crise de l’Eurozone semble maintenant se compter en mois.

L’effet sur les marchés, au-delà d’un choc sévère sur leur totalité, sera vraisemblablement double. D’abord, les flux internationaux vont délaisser l’euro en faveur du dollar. Vu le poids de l’euro dans l’index du dollar, toutes les monnaies subiront des perturbations majeures. Ensuite, les résidents de l’Eurozone ayant des dépôts bancaires vont vraisemblablement chercher refuge vers l’or physique, à mesure que les signes de l’effondrement prochain de leur monnaie se font plus visibles, parce qu’ils n’ont pas d’autres endroits où aller.

Quelle que soit la manière dont on regarde la situation, il est de plus en plus difficile d’imaginer un autre dénouement qu’un effondrement complet de cette construction politique mal formée, promue à l’origine dans l’intérêt des États-Unis par une organisation financée par la CIA. L’Euro, dépendant d’une cohésion politique au lieu de venir d’une demande du marché, cessera simplement d’être une monnaie, dans un futur proche.

Sur le web Traduction Contrepoints.