Droite ou gauche : où se situe réellement Macron ?

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Que cache le réformisme porté par Emmanuel Macron ?

Par Philippe Bilger.

Droite ou gauche : où se situe réellement Macron ?
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On commence par avoir une idée.

Tout ne dépend pas de lui certes mais il y a des lignes de force qui se dessinent et des tendances de la personnalité qui s’imposent.

Emmanuel Macron, aujourd’hui, a fini par enlever le haut.

Macron, le portrait

Une intelligence fulgurante. Une passion philosophique et conceptuelle, un goût des échanges et des dialogues sans exclusive.

Un être riche, avec l’illimité d’un esprit ouvert, face à la profusion du monde, à la complexité de la vie et à la pluralité de ses acteurs.

De la reconnaissance car il sait ce qu’il doit à François Hollande.

De l’orgueil bien placé car il sait ce qu’il vaut et ce que le président de la République lui a dû.

Créanciers l’un de l’autre en quelque sorte. Mais, au grand jamais, « l’obligé » de François Hollande.

N’ayant jamais mis sa langue dans sa poche, sa liberté sous l’éteignoir et sa conception du progressisme en veilleuse. À la fois loyal, longtemps, mais vigilant, critique, sans la plaie d’une quelconque inconditionnalité.

Sa fidélité, au fil du temps, a pris des coups, on lui a fait violence et le Premier ministre l’a souvent rendue méritoire. On comprend qu’elle n’ait pas été à toute épreuve. Mais Emmanuel Macron est cependant parvenu à distinguer jusqu’au bout la chaleur de la relation humaine de la lucidité de l’approche politique.

Le refus d’être enfermé dans des prisons dont, avant, il n’aurait pas décrété la nécessité. Une liberté d’expression qui était d’abord l’expression d’une liberté au coeur de son tempérament.

Aucune détestation de la médiatisation mais avec une apparente fraîcheur, une feinte naïveté qui ont du charme. Désiré, il se montre.

Des mondanités qui peuvent agacer. Mais partout avec une allure qui ne rompt pas avec une élégante discrétion. Des contraires qui ne « jurent pas ». Une grâce qu’il ne devra pas dilapider.

Atypique et courageux

Un ministre qui a eu du courage contrairement à beaucoup de ses collègues. Il n’a pas fui les contacts même les plus rugueux en même temps qu’il a accepté les mille douces servitudes d’une célébrité qui, très vite, l’a constitué comme un responsable à part. Il n’est pas tombé dans la démagogie républicaine consistant à valider des grossièretés, des vulgarités qu’on ne se sentait plus capable d’empêcher en rappelant, dépassant son cas, « qu’on ne traitait pas les ministres ainsi ».

Atypique au sein du pluriel gouvernemental. Solidaire sans excès mais sincère aussi quand il affirme se méfier des aventures personnelles et faire fond sur le collectif. Convaincu également que le je n’a pas à être étouffé par le nous.

Mais il a démissionné — « pas un coup de poignard » (Le Point) mais un coup de cohérence. Dorénavant il est totalement comptable de lui-même.

Avec probablement cette ivresse face à un futur qu’il aura à modeler avec ses dons et ses faiblesses et cette crainte de n’être pas à la hauteur de ce qu’il se sent capable d’accomplir et qu’on attend de lui. Entre la bulle qu’il serait, moquée par certains et l’immense avenir présidentiel qui lui est prêté par d’autres, il y aura la réalité d’une quotidienneté où il devra penser, convaincre et se multiplier. Séduire non plus forcément par sa différence mais grâce à son identité propre.

Il a une sensibilité de gauche. Il est de cette mouvance si vague qu’elle permet toutes les partitions.

Il n’est pas socialiste.

Il a créé En Marche pour dépasser la droite et la gauche.

Contre les conservatismes de droite et de gauche

Il a dénoncé vigoureusement les conservatismes de la gauche orthodoxe et s’est trouvé vite confronté à la sympathie de la droite classique pour sa cause et ses provocations. Tout ce qui nuisait à François Hollande était parole bénie (Le Parisien).

Il pourfend le projet de Nicolas Sarkozy et sa démarche brutale et clivante mais, dans le même mouvement, impute au président de la République, avec lequel il a été à plusieurs reprises en désaccord, « d’avoir fait beaucoup de choses à moitié ». Son constat dans l’euphémisme n’est guère brillant mais il ne paraît pas mettre en question le logiciel ni récuser le dogme ayant inspiré ces réformes inachevées (JDD).

C’est sans doute ce qui le distingue encore de la droite intelligente ou d’un centre autonome, pas mou au point de se ruer vers lui sans attendre comme s’il était une auberge espagnole fiable d’emblée et ouverte à tous les vents.

Où est Emmanuel Macron, alors, vraiment ? Dans une gauche qui n’existe pas, dans une droite qui aurait oublié le sommaire au profit de l’imaginatif ? Dans un Hollande moins bavard, plus actif, qui aurait réussi ? Dans un Juppé jeune qui serait, en plus, naturellement chaleureux ? Dans un passé lointain revisité ? Dans ce qui aurait pu (ou dû) être, ou dans un inconnu encore total ?

Il a conscience de son étrange ancrage puisqu’il ne veut rien moins que « changer la politique » ou « dénoncer le cynisme du système politique ».

Cette aspiration à une révolution intellectuelle, morale, politique est-elle une habileté suprême pour continuer à faire comme avant — la France adore les subversifs de façade qui ne changent rien à la réalité des choses et à nos habitudes de citoyens ! — ou au contraire l’affirmation claire que, malgré une déception largement majoritaire, un autre avenir est possible ? Avec des pratiques nouvelles, des pensées plus préoccupées de leur justesse que de leur capacité d’opposition et des chefs au sens propre incomparables ?

Nous saurons bientôt.

Quand Emmanuel Macron va commencer à enlever le bas.

Sa force infiniment porteuse aujourd’hui est que la France a un besoin tellement éperdu de confiance et d’espoir qu’elle est prête aussi bien à s’abandonner à un pire programmatique qui n’a jamais été essayé, le Front national, qu’à un meilleur paré de l’aura de virtualités somptueuses : lui-même.

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