Macron : homme providentiel ou arnaque marketing ?

Publié Par Philippe Robert, le dans Politique, Pushmobile

Par Philippe Robert.

Le Président François Hollande ayant réussi en moins d’un quinquennat le sidérant tour de force de se mettre à dos l’ensemble des Français, et la nature ayant horreur du vide, voici donc surgi de nulle part (ou presque) l’homme providentiel que personne n’attendait plus, surtout après la brillante prestation historique du général De Gaulle, en la personne d’Emmanuel Macron.

Emmanuel Macron énergique

Soixante-seize ans après l’Appel du 18 juin 1940 lancé par le général De Gaulle, résonne aujourd’hui, toutes proportions gardées, l’appel lancé par le jeune et sémillant Emmanuel Macron à se mettre « En marche ! ». L’ex-ministre ayant reconquis sa liberté d’action va donc mettre toute son énergie à élaborer sans délai un projet politique aux accents macroniens pour rendre toute sa grandeur à la France :

« Ce projet nécessite d’abord de rassembler toutes celles et tous ceux qui le partagent, et ont en commun les valeurs qui le fondent – quelle que soit leur sensibilité politique, et même s’ils ne croient plus à la politique : c’est pour cela que nous avons créé En Marche ».

« Mais ce projet nécessite aussi des transformations en profondeur de notre système politique, économique, social, qui demeure trop largement bloqué (…) Les blocages sont sectoriels, techniques, idéologiques et politiques. Or, dans notre pays, dans notre Ve République, le seul moment où les débats nécessaires pour décider ces transformations peuvent utilement avoir lieu sont les campagnes présidentielles ».

Vaste programme…

Emmanuel Macron : une volonté de puissance ?

Emmanuel Macron est-il réellement sincère ou seulement opportuniste? Je ne sais, mais j’ai quand même ma petite idée sur la question en étudiant de près son habitus. Nonobstant, sa démarche individualiste laisse déjà entrevoir une redoutable volonté de puissance que seuls ceux qui, peut-être, seront capables de découvrir le défaut de sa cuirasse pourront tenir en échec.

Pour en avoir le coeur net, je me suis référé à la dernière allocution de l’ex-ministre prononcée à Bercy le 30 août dernier au soir après qu’il eût présenté, dans l’après-midi, sa démission au chef de l’État. D’emblée, j’ai été frappé par l’importance qu’Emmanuel Macron attribue à sa propre personne qui, néanmoins, devrait tout aux mérites de son entourage :

« J’ai consacré toute mon énergie à mener les combats que l’on m’a autorisé à livrer. Je l’ai fait à la tête d’une équipe et d’une administration que je veux ici saluer. Rien n’aurait été possible sans la mobilisation exceptionnelle des agents du Ministère et le dévouement sans faille des membres de mon cabinet. Ce sont les artisans quotidiens de l’action publique. Je n’oublierai jamais leur engagement. »

En prenant cette posture quasi-gaullienne envers et contre tous à gauche comme à droite, Emmanuel Macron fait donc le pari risqué, pour donner corps à son ambition politique, de se démarquer des codes en vigueur sans nul doute dans l’espoir que sa démarche actuelle vienne à créer, au sein de la société civile et plus si affinités, un engouement irréversible.

Oui, mais le 20 mai dernier, Jean-Philippe Delsol, président du think tank européen libéral IREF Europe (fondé en 2002), écrivait déjà sous le titre évocateur « Le leurre de la séduction Macron«  :

« Emmanuel Macron a sans doute de bons élans, par exemple lorsqu’il expose au Monde, le 27 septembre 2015, sa conception de la lutte contre les inégalités, qui n’est pas, selon lui, ‘la correction ex-post de (ces) inégalités’ mais ‘l’égalité des chances’ et la ‘valorisation de la réussite’. Il reste pourtant dans le moule dans lequel il a été élevé. Normalien, énarque, inspecteur général des finances, son libéralisme est celui qui est concédé par l’État, qui reste sous son contrôle. Or un libéralisme sous tutelle, un libéralisme dirigé n’est plus un libéralisme (…) Il n’a pas compris que le libéralisme consiste à permettre la liberté pour que la liberté fasse le reste ».

Après quarante ans de politiques politiciennes assouvies à la mamelle d’un clientélisme prédateur, le temps est venu de passer aux actes salvateurs qui, enfin, nous libèreront collectivement du socialisme. Emmanuel Macron sera-t-il l’artisan d’un tel aggiornamento en dernier ressort vital pour notre pays ou bien va-t-il vite s’éteindre, à l’instar d’une supernova, après avoir brillé trop intensément ? Qui vivra verra…

Sur le web

  1. N’est-ce pas pire et n’est-il pas envoyé en éclaireur (volontaire) pour mettre en avant FH au dernier moment ?

    1. Je crois plutôt que c’est pour prendre des voix à droite si ce dernier n’est pas présent.
      Remarquer que Macron utilise de grandes envolées desinées à mettre en route l’imaginaire collectif et faire naître un espoir. Concrètelent? en marche… vers quoi?

  2. Il n’est pas normalien contrairement à ce que vous racontez. Un peu de rigueur !

    1. Ca répond à la question du titre.

  3. Merci à l’auteur pour cette analyse. Monsieur et Madame MACRON constituent incontestablement un couple providentiel sympathique.
    A voir les photos de la presse on imaginerait mal quelques escapades nocturnes en scooter venant altérer le prestige de la fonction convoitée.

  4. « quarante ans » ?
    Soit on remonte à 1946 (la sécu), soit on remonte à 1981(la mitte), mais 1976, je ne vois pas. Tout au plus peut on dire que la crise a entraîné une réponse étatique, mais le principe interventionniste était déjà là.

  5. E. Macron n’est-il pas le sous-marin du système bancaire afin d’assurer la main mise sur le système politique.
    Les hommes « providentiels » ne le sont pas autant qu’il le semblerait.
    Méfiance.

    1. Quel intérêt crédible aurait le « système bancaire » (au fait, c’est quoi, c’est qui, ce « système » ?) afin d’assurer la mainmise sur le système politique (tout aussi mal défini à mon avis) ?

  6. Il « cause » différemment et c’est déjà beaucoup.
    Maintenant, est-ce une taupe hollandaise, je dois dire que je me pose la question.
    Je me méfie de la roublardise d’hollande, dont le premier fait d’arme s’appelait Caton!

  7. Un des seuls à parler un peu de concret au milieu de la cacophonie politicienne. Un des seuls qui ne se soit pas abaissé à commenter la consternante actualité burkinesque, qui ne s’exprime uniquement avec de grandes phrases creuses ou des pétitions de principe sans la moindre application concrète.
    Un des rares, sinon le seul qui ne se laisse pas aller à la dérive identitaire et sécuritaire et dont les solutions ne passent pas SYSTÉMATIQUEMENT par plus de contrôle et plus d’État.
    Enfin, un des seuls à parler un peu d’économie au lieu de pousser discrètement le sujet sous le tapis.

    Ceci étant dit je ne crois absolument pas à la figure de « l’homme providentiel » et les références systematiques à De Gaulle m’insupportent chaque minute un peu plus.
    Je sais bien qu’on est en France, pays de la monarchie de droit divin et de la personnalisation de l’Etat, mais quand même. On est en 2016, aussi.

    Ça suffit, avec de Gaulle. Ça fait déjà bien 25-30ans que c’est suranné. Maintenant, ça devient vraiment débile. Il serait temps d’arrêter de penser que c’est le Monsieur bien coiffé qui va nous sauver à lui tout seul. Il faudrait un peu que chacun se sorte mes doigts du cul…

  8. En effet, il a échoué au concours d’entrée de Normal sup. Mais ce n’est pas moi qui dit qu’il a été normalien : c’est Jean-Philippe Delsol (IREF) que je cite dans mon article. Tout le monde peut se tromper et l’important, quand cela se produit, est de rectifier. Dont acte.

  9. Danièle Cosson-Schéré

    La com’ de Macron repose sur le mensonge, ( comme celle de Hollande) et avec succès puisque même un analyse averti comme Jean-Philippe Delsol tombe dans le panneau. Macron a échoué à Normale Sup. Il n’est pas non plus inspecteur « général » des finances, mais a intégré le corps le plus juteux de l’Etat, à sa sortie de l’ENA, sans doute dans la botte (?) Il se réclame d’Etienne Balibar qui ne garde aucun souvenir de lui…

    Pourquoi un type si brillant a-t-il besoin de se fabriquer un CV bidon? ll dit qu’il n’est pas socialiste alorsqu’ il a été encarté au PS de 2006 à 2009 et a travaillé pour la Fondation Jean-Jaurès qui ne rassemble pas des parangons du libéralisme. Or, si l’on est pas socialiste mais démocrate, il ne reste plus que le libéralisme.Or, Macron est surtout foncièrement jacobin, il n’est donc pas libéral. C’est son militantisme chez Chevènement au début de son parcours qui est parfaitement cohérent.

    Macron n’est peut-être PLUS socialiste, mais en 2016 ce n’est pas un brevet d’intelligence de hurler avec les loups, quand les rats quittent le navire.
    C’est en 2006, quand il a rejoint le PS qu’il a montré les limtes de sa lucidité. Ou alors, il a fait comme Fabius, une étude de marketing et a choisi le camp qui lui promettait la plus belle percée. Et là, il a été malin. Mais ce qu’il gagne en perspicacité il le perd en honnêteté intellectuelle. Nobody’s perfect.

  10. Pourquoi, en termes d’analyse politique d’une personne médiatique s’arrête-on aux paroles et jamais n’associe t-on ses paroles et ses actes?, comme le bon paysan de Balzac qui, toujours attend les actes aux paroles?, pour se construire une opinion.

  11. Mais bien sur que c’est l’homme providentiel. Sur les réseaux sociaux, au boulot, dans les médias, partout les gens en ont assez des politiciens issus du sérail, repus, usés et usants.
    Voici un homme qui n’a pas de boulet au pied (contrairement à la plupart des autres candidats potentiels). Un peu jeune, soit, mais l’expérience fait elle tout ? Au regard du résultat actuel, on en doute.

  12. .. M. Macron voulait changer le statut des notaires, y a-t-il reussi? L’image de son couple image qu’il donne est positive. du couple. vous me direz cela va nous changer un peu entre, M Hollande et l’ex dame. j. si c’est Marine Lepen contre M. Macron, je voterai Macron, et je pourrai dire que c’est l’homme providentiel. Va-t-il pouvoir reformer la France, je lui souhaite bon courage et bonne chance. Je ne peux juger encore. tous sont des opportunistes, ils aiment le pouvoir! mais comprennent-ils le peuple? si c

  13. Je pense que M.Macron propose sa candidature pour contrer les votes de Marine Lepen. Je le pense sincèrement et il sait que les gens voteront pour lui. Le gouvernement le sait et Macron a tout préparé pour obtenir les voix des électeurs de droite, de Marine lepen et des socialistes. Imaginez au second tour Macron versus Marine Lepen ?

  14. symphonie en pipeau majeur : strictement rien à en attendre pour notre pays.
    il n’a rien fait au minefi qu’essayer de se mettre en avant et n’a rien fait dans la privé (à part du copinage).

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