Napoléon manager

Napoléon credits Ahmad Alnusif via Flickr ((CC BY-NC-ND 2.0)

« Quand je veux interrompre une affaire, je ferme son tiroir, et j’ouvre celui d’une autre ». Pour Napoléon, l’art du management prend des formes très pratiques… et très imagées !

Par Gilles Martin.

Napoléon manager
Napoléon credits Ahmad Alnusif via Flickr ((CC BY-NC-ND 2.0)

De retour d’Égypte, et après le coup d’État du 18 Brumaire (9 novembre 1799), Bonaparte devient Premier Consul, dans une constitution écrite par lui et pour lui, lui donnant de nombreux pouvoirs. Dans sa biographie sur Bonaparte, Patrice Gueniffey consacre un chapitre à ses méthodes de travail et de « management ».

Napoléon écoute, réfléchit et agit seul

On comprend que Bonaparte n’aime pas le système des assemblées qui débattent et décident par vote (il est convaincu que c’est ce qui a miné la Révolution et empêché les bonnes décisions). Ce qu’il aime, c’est réunir les experts, écouter, réfléchir, et ensuite décider, plutôt seul, et surtout pas immédiatement, mais plus tard, après avoir intégré les avis. C’est un peu ce que l’on pratique aujourd’hui dans les sessions de brainstorming et d’intelligence collective

C’est ainsi qu’avec Bonaparte il n’y a pas de conseil des ministres. Comme l’indique Patrice Gueniffey :

« D’abord parce que les ministres, conformément aux principes en vigueur depuis 1789, ne formaient pas un conseil qui eût possédé une existence collective ». « Bonaparte préférait travailler en tête à tête avec ses ministres, ou dans le cadre de conseils d’administration qui portaient sur un dossier ou un domaine spécifiques et réunissaient, aux côtés du Premier consul, le ministre compétent, ses principaux collaborateurs et, éventuellement, des techniciens, ingénieurs des ponts et chaussées ou spécialistes des constructions navales. Chaque ministre venait avec ses dossiers, les présentait, répondait à d’éventuelles questions, puis remettait ses papiers au secrétaire d’État. Jamais la décision du Premier consul ne lui était notifiée sur le champ : Bonaparte ne s’était pas mis dans la sujétion de signer en conseil. Il prenait sa décision plus tard, et hors de la présence du ministre concerné, qui l’apprenait par Maret (le secrétaire d’État) ».

Dans ce modèle, le travail avec les ministres et les différents conseils n’ont pour fonction que d’informer le Premier consul et lui permettre de prendre une bonne décision, sans qu’aucune des instances consultées y contribue formellement. Patrice Gueniffey cite Antoine Clair Thibaudeau, un des conseillers du Premier consul dans ses Mémoires :

« Sous le Consulat, qui fut un temps d’organisation et où toutes les grandes questions furent agitées sous la présidence du Premier consul, il laissa le plus libre cours à la discussion. Souvent même, lorsqu’elle paraissait languir, il la ranimait. Le Conseil était composé d’hommes d’opinions très diverses : chacun soutenait librement la sienne, La majorité n’était pas oppressive. Loin de se rendre à son avis, le Premier consul excitait la minorité. Il laissait se prolonger pendant des heures entières des discussions qu’il aurait pu terminer en un quart d’heure ».

Ainsi le Conseil d’État, qu’il a créé en 1799, n’est pas un conseil de gouvernement, qui posséderait son propre pouvoir d’initiative et de décision, mais un conseil du gouvernement, comme son auxiliaire.Les discussions au Conseil d’État, dont Bonaparte était le Président, étaient ainsi pour lui « une sorte de petite musique qui l’aidait à réfléchir ».

Mais alors, c’est quoi cette histoire de tiroirs ?

napoléon rené le honzecCela fait référence à l’énorme quantité de travail que fournissait Bonaparte pour rester informé et se mêler de l’ensemble des dossiers, car il entrait dans les détails. Il disait que dans sa tête « les divers objets et les diverses affaires se trouvaient casés comme ils eussent pu l’être dans une armoire ». Il passait enfin d’un sujet à l’autre en ouvrant et refermant les « tiroirs », ainsi cela permettait d’aborder un sujet nouveau sans que celui qu’il venait de quitter exerçât la moindre influence sur celui auquel il se consacrait maintenant. Ainsi disait-il :

« Quand je veux interrompre une affaire, je ferme son tiroir, et j’ouvre celui d’une autre ».

Mais le plus subtil, c’est quand on veut faire une pause de tous ces tiroirs qui s’ouvrent et se ferment. On voit bien le danger que cela peut représenter.

Là encore, Bonaparte est de bon conseil :

« Veux-je dormir, je ferme tous les tiroirs, et me voilà au sommeil »

Peut-être que cela pourrait marcher encore pour nos dirigeants d’aujourd’hui…

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