Benoît Hamon aux primaires : à gauche, toute !

By: patrick janicek - CC BY 2.0

Hamon Président, comme Montebourg, Filoche ou Lienemann Président, c'est la certitude que l'échec sera au bout du chemin. Si les candidats appliquent leur programme sans trembler, c'est la catastrophe directe.

Par Nathalie MP.

Benoît Hamon, le candidat de la gauche d'hier
By: patrick janicekCC BY 2.0

Enfin la rentrée. Quel soulagement pour les hommes politiques ambitieux qui se verraient bien incarner dès l’an prochain un destin glorieux pour la France ! Ceux qui ne sont pas encore vraiment déclarés piaffent d’impatience depuis des mois dans leurs starting-blocks. Septembre arrivant, ils peuvent enfin se lâcher ! Politique française, élection présidentielle de 2017, primaire à droite, primaire à gauche : les affaires reprennent dans le droit fil de ce qu’on pouvait attendre avant l’été.

De nouvelles candidatures à gauche de la gauche

Et à gauche justement, les candidatures s’égrènent comme prévu : après Gérard Filoche, Marie-Noël LienemannFrançois de Rugy, et Jean-Luc Bennahmias, qui ont pris les devants, toujours pas de Martine Aubry, malgré ses éruptions sporadiques typiques contre le gouvernement (elle a déclaré forfait vendredi), mais un Hamon très sérieusement officiel depuis mardi 16 août dernier, qui vient compliquer la tâche d’un Montebourg probable dès ce dimanche lors de sa Fête de la Rose.

En réalité, tout n’est pas exactement « comme prévu » à gauche. La tradition voulant que le Président sortant soit le candidat « naturel » de son camp politique, le Parti socialiste merveilleusement réuni avec tous ses partenaires « pluriels » n’aurait dû concourir que sous la bannière étoilée des mille réussites de François Hollande.

Las, acrobate réputé de la synthèse entre le chaud et le froid, le vrai et le faux, le pathétique et le médiatique, le « ça va mieux » et le « pas de bol », ce dernier a juste réussi à dégrader un peu plus la situation économique et sociale de la France et à réunir contre lui depuis tous les azimuts politiques une opposition à peu près aussi nombreuse qu’il y a de Français et de formations politiques en France.

Sous ses dehors Belle époque, guinguettes et promenades en barque à la faveur des acquis du Front Populaire, même la « Belle Alliance Populaire », dernière martingale marketing du roué Cambadélis, n’est qu’un pauvre cache-misère de l’éclatement de la gauche.

En fait d’alliance, s’y retrouvent les rangs clairsemés du PS, du PRG et des écologistes fidèles au Président. Ni le PCF, ni le Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon, ni ce qui reste d’EELV ne souhaitent se mêler à cette affaire de primaires organisées par défaut (et fixées aux 22 et 29 janvier 2017).

Candidature de Montebourg imminente

Quant à Arnaud Montebourg, si sa candidature est imminente, il n’est pas du tout certain qu’elle se fera dans le cadre des primaires. Et pour ceux qui se disent encore fidèles au Président, il n’en est pas moins question d’ouvrir un débat sur les orientations souhaitables d’une candidature de gauche et de faire de la concurrence au futur « candidat naturel » François Hollande.

Dès janvier 2016, des voix s’étaient élevées au sein du PS et sur sa gauche pour demander l’organisation d’une primaire à gauche compte tenu du grand écart constant de François Hollande par rapport à ses promesses de campagne de 2012. Les pétitionnaires déploraient notamment « les renoncements face aux inégalités sociales, à la dégradation environnementale, aux discriminations et à l’affaissement démocratique. » 

Benoît Hamon ne dit pas autre chose. Dans son annonce officielle de candidature à la primaire de la gauche (voir la vidéo ci-dessous à partir de 02′ 07″), il fait le constat que :

« Les quinquennats se succèdent, les hommes providentiels aussi, mais les problèmes des Français restent sans solutions. (…) C’est le chômage de masse qui s’aggrave, c’est la pauvreté qui augmente, c’est l’égalité qui va mal dans notre pays. (…)

Vous imaginez ce qu’on est prêt à sacrifier pour 1/2 point de croissance ? Le code du travail, des milliards d’argent public, la remise en cause de notre environnement. (…)

Pire que cela, c’est aussi notre modèle démocratique qui est en crise. 

Plus spécifiquement, Benoît Hamon propose de lutter contre le chômage et la pauvreté par l’abrogation de la loi Travail, qui ne pourra que « fragiliser » les salariés, l’instauration d’un revenu universel d’existence (celui-là même que les Suisses dans leur grande sagesse ont refusé) et la continuation de la baisse du temps de travail. La justification de telles mesures est classique mais alarmiste : selon lui la révolution numérique en cours menace 43 % des emplois – la précision à l’unité du chiffre donné étant probablement censée en garantir la totale exactitude.

Sur le plan de la vie démocratique, échaudé par l’utilisation répétée du 49.3, il prône une évolution constitutionnelle afin que « le chef de l’exécutif ne soit plus irresponsable devant le Parlement et qu’on ait les moyens de contrôler l’action de l’exécutif. » Il est favorable à l’introduction d’une dose de proportionnelle pour les élections législatives, ainsi qu’à la reconnaissance du vote blanc.

Enfin, dans la lutte contre les violences générées par l’économie souterraine, il se prononce pour la dépénalisation du cannabis dont la distribution serait contrôlée par l’État – vive les taxes !

Que dira Montebourg dimanche ?

On ne sait pas encore exactement ce qu’Arnaud Montebourg va nous dire dimanche, car il s’est fait une spécialité des déclarations tonitruantes quitte à changer souvent d’approche et de partenaire de contestation, mais dans l’ensemble, on ne peut que constater les grandes similitudes qui existent entre les nombreux candidats de gauche prêts à en découdre face à Hollande.

Ils souhaitent avant tout l’application d’un programme bien identifié à gauche comme l’extrême-gauche les affectionne, avec retraite à 55 ou 60 ans, 32 heures de travail par semaine et semaine de quatre jours, hausse brutale du salaire minimum, autorisation administrative de licenciement et patriotisme économique, quitte à se retrouver dans la situation catastrophique actuelle du Venezuela, pays qui a eu à cœur d’appliquer scrupuleusement la plupart de ces mesures avec un accroissement garanti de la pauvreté et l’effondrement tout aussi garanti des forces productives.

Ça pourrait presque passer pour amusant quand on se rappelle qu’Arnaud Montebourg, selon un titre qu’il avait lui-même concocté, était ministre du « redressement productif » dans les gouvernements Ayrault et que Benoît Hamon y fut lui-même ministre délégué à l’économie « sociale et solidaire ».

Qu’ont-ils fait à leurs postes ? Eh bien, ils ont beaucoup intrigué pour évincer le premier ministre Jean-Marc Ayrault jugé affaibli sans possibilité de rebondir, et le remplacer par un homme plus jeune, plus dynamique et plus populaire dans l’opinion, j’ai cité Manuel Valls.

Ce fut chose faite après la défaite de la gauche lors des élections municipales de 2014. Hamon quitte le portefeuille de l’économie sociale et solidaire où il a travaillé à l’introduction des actions de groupe dans la cadre d’une loi consommation pour rééquilibrer les rapports entre les consommateurs et les grosses entreprises, et il devient ministre de l’Éducation.

En dépit du changement de Premier ministre qu’il a encouragé, ses vives critiques à l’égard de la politique économique du gouvernement persistent. Fin août 2014, il est contraint de quitter le gouvernement, tout comme Arnaud Montebourg et Aurélie Filippetti. Il sera donc resté moins de cinq mois en poste rue de Grenelle avec pour mission essentielle d’apaiser les tensions nées des réformes prévues par Vincent Peillon sur les rythmes scolaires et les ABCD de l’égalité.

Né en 1967 en Bretagne, Benoît Hamon est au civil un joueur amateur de rugby estampillé beau gosse et titulaire d’une licence d’histoire. Il a travaillé pendant quatre ans pour l’institut de sondages Ipsos (de 2001 à 2004).

Unef, Sos racisme et PS

Pendant son adolescence, il suit son père, chef de travaux à l’arsenal de Brest, lorsque celui-ci est envoyé en coopération pendant quatre ans au Sénégal. De retour en France, il est choqué par « l’uniformité blonde » qui règne dans les salles de classe. Il adhère alors à SOS racisme, se rapproche de l’UNEF à la faveur des manifestations lycéennes contre la Loi Devaquet (1986) et adhère finalement au PS à l’âge de 19 ans.

Il s’y engage à fond tout en se faisant une spécialité des sécessions et des révolutions de palais : sous sa houlette, le Mouvement des jeunes socialistes (MJS) quitte le Parti socialiste sous le nom de Nouvelle Gauche en 1993, puis en 2002, après l’échec de Jospin, il crée le Nouveau parti socialiste (NPS) avec Arnaud Montebourg, Julien Dray et Vincent Peillon.

Cette apparente indépendance d’esprit ne l’empêche pas non plus de se placer successivement dans le sillage de poids lourds du PS tels que Rocard, Aubry (il sera son conseiller politique au ministère du Travail), Fabius après son élection comme député européen en 2004, puis Hollande (premier secrétaire) qui le nomme porte-parole du PS en 2007.

Lors du congrès de Reims de 2008, il est le premier signataire d’une motion (C) qui rassemble toute l’aile gauche du PS. Elle arrive en quatrième position avec 18,5 % des voix. Certains signataires, dont Jean-Luc Mélenchon, quittent le PS et fondent le Parti de Gauche.

À l’inverse, Benoît Hamon se présente au poste de premier secrétaire, obtient 22 % des voix au premier tour contre Royal et Aubry et se désiste en faveur de Martine Aubry (qui l’emportera finalement dans un scrutin célèbre pour ses nombreuses et rocambolesques irrégularités).

Sur le fond, Benoît Hamon est un ardent partisan de l’intervention de l’État et de la limitation du libre-échange. Il  explique lui-même son positionnement à la gauche de la gauche en ces termes :

« En travaillant sur le modèle social français, sur la régulation de l’économie et la puissance de l’État, j’ai enraciné mon engagement à la gauche du parti. »

Actuellement, il est député des Yvelines et conseiller régional d’Ile de France. Souvent jugé par certains collègues du PS comme très opportuniste, souvent raillé pour son archaïsme économique façon Henri Emmanuelli ou Gérard Filoche, il est aujourd’hui candidat à la primaire de gauche contre François Hollande.

Avec l’exemple de Benoît Hamon, on voit qu’il ne suffit pas d’être un opposant à la politique de François Hollande pour faire des propositions positives pour la France et les Français. Il existe encore chez nous tout un courant de pensée politique qui n’a tiré aucune leçon de l’effondrement de l’Union soviétique ni des tentatives « sociales et solidaires » dont on voit aujourd’hui les effets délétères en Amérique latine, que ce soit à Cuba, au Brésil ou au Venezuela.

François Hollande a échoué car il ne s’est pas franchement détaché des politiques de dépenses publiques, de dette et d’impôts qui plaisent tant à son camp, tout en prétendant en permanence vouloir mener une politique moderne de « libéralisation » à la Macron dont le seul mot, même prononcé en chuchotant, donne des vapeurs à toute la gauche.

Rien de tel pour resserrer les liens d’une gauche électoralement fragmentée mais bien d’accord pour dénoncer une austérité et un ultra-libéralisme purement fantasmagorique (rappelons-nous : la dépense publique atteint 57 % de notre PIB).

Hamon Président, comme Montebourg, Filoche ou Lienemann Président, c’est la certitude que l’échec sera au bout du chemin. Soit les candidats appliquent leur programme sans trembler (comme Mitterrand et son programme commun en 1981) et la catastrophe sera directe.

Soit les candidats, une fois « aux responsabilités », s’aperçoivent soudain que la France fait partie d’ensembles plus grands qu’on appelle l’Europe, qu’on appelle le monde, et ils tentent d’appliquer leur programme tout en ménageant plus ou moins bien le contexte économique global, et la catastrophe sera identique à celle de Hollande.

Car, rappelons-nous, lors de la campagne de 2012, Hollande  parlait comme Hamon et Montebourg aujourd’hui.