Un programme libéral pour la France en 3 points

À quoi pourrait ressembler un programme libéral pour la France ? À l’heure où la droite et la gauche se préparent pour les prochaines élections, imaginons un peu…

Par Baptiste Créteur.

Faire confiance au citoyen, mettre l’État à son service, refaire société. 3 piliers d’un possible programme libéral. Certains le trouveront trop ambitieux, d’autres trop mou. Certains verront dans la confiance au citoyen une défiance dans l’État, et me donneront raison : c’est dans la relation entre l’État et le citoyen que réside notre principal problème. C’est pourquoi nous devons l’inverser, redonner la priorité aux citoyens et lui rendre sa place dans la société.

  1. Faire confiance au citoyen
  2. Mettre l’État à son service
  3. Refaire société

Faire confiance au citoyen

La société française est malade. Pour se remettre d’aplomb, elle a besoin d’air : il faut déserrer l’étau réglementaire, alléger la pression fiscale et réduire la taille de l’État.

Le monde est de plus en plus complexe. Pour tirer profit de sa richesse et de sa diversité, il faut renouer avec la flexibilité. Outre l’empilement législatif et réglementaire qu’il faut radicalement simplifier, il faut réinventer notre modèle social pour tenir compte d’aspirations personnelles et de modes de travail en mutation. En remplaçant les multiples prestations sociales, devenues illisibles et ingérables, par un revenu de base accordé à chaque citoyen, de sa naissance à sa mort.

By: Diego Albero RománCC BY 2.0

Ce filet de sécurité leur permettrait en outre de s’assurer socialement auprès de diverses caisses d’assurance-maladie, santé et vieillesse. Si le besoin demeure, un fonds pourra être créé pour prendre en charge les cas exceptionnels (maladies aux traitements coûteux, handicaps lourds…), et on pourra à terme transférer son financement du public au privé.

Pour renouer avec la croissance et la prospérité, il faut rendre des marges de manœuvre aux entreprises et du pouvoir d’achat aux ménages. La fiscalité doit être allégée et simplifiée, par l’introduction graduelle d’une flat tax sur tous les revenus. Et l’ensemble des régimes fiscaux doivent être harmonisés pour restaurer l’égalité de tous devant l’impôt.

De multiples opportunités peuvent être créées pour permettre à tous les Français de bénéficier des fruits de la croissance. La déréglementation des innombrables professions encadrées favorisera l’innovation. L’État pourrait continuer à assurer ses missions, sans pour autant les remplir lui-même : il financerait (l’éducation, la santé…) sans les opérer. Des cahiers des charges précis permettraient aux citoyens (parents d’élèves, étudiants, patients…) de choisir sans que l’on doive craindre le manque de qualité. Tout cela demeurerait gratuit.

Enfin, le citoyen sera considéré comme un adulte responsable, à même de faire ses propres choix. Que les drogues douces soient libéralisées (sur le modèle du Portugal), charge à chacun d’en faire bon usage ou pas usage tout court. Que le tabac soit en vente libre, charge à chacun de porter les coûts que fumer fait peser sur sa santé. Que chacun puisse librement faire ce qu’il veut de son corps tant qu’il ne nuit pas à autrui : les vices ne sont pas des crimes.

Remettre l’État à son service

L’État ne doit pas seulement changer de modèle, mais aussi de paradigme : il devra se focaliser sur l’essentiel. Il faudra inlassablement réduire la dépense publique, et prioriser le régalien sur le reste. L’État devra réduire ou cesser son intervention dans certains secteurs : culture, presse, économie… Il devra également se séparer de certains actifs : entreprises publiques, participations. Les anciens fonctionnaires et salariés des entreprises publiques, dont le statut et le régime social seront alignés sur le privé, et les autres, pourront s’ils le souhaitent financer des régimes spécifiques à certaines branches.

By: Roger WardCC BY 2.0

L’État devra s’engager pour apporter le meilleur service au meilleur coût. Ses règles de fonctionnement devront être adaptées à une logique de performance, aussi bien dans la gestion des ressources humaines (emploi à vie, promotions et incitations à la performance…) que financières (budgets accordés sur base des besoins plutôt que de la consommation des budgets précédents, responsabilisation sur les objectifs et l’économie des ressources…).

Dans les domaines régaliens, les priorités devront être clairement établies. L’objectif n’est pas de remplir les prisons, mais qu’elles remplissent leur rôle : protéger la société, remettre les criminels sur le droit chemin, et leur donner les clés pour s’en sortir une fois dehors. La sécurité routière ne doit pas être qu’une fiscalité routière. Les citoyens ne doivent pas se faire justice eux-mêmes, mais doivent être en droit de défendre leur personne ou leur propriété, droits imprescriptibles.

Mais les citoyens ne doivent pas retrouver que leur responsabilité individuelle. Pour exprimer leur responsabilité collective, ils doivent refaire société.

Refaire société

Nous sommes les citoyens. Ensemble, nous sommes la société. Le désengagement de l’État de certains secteurs est indispensable pour reprioriser le régalien et réduire la dette. Mais il ne doit pas marquer la fin de la solidarité. Certaines causes nous sont chères. Le sort des autres nous interpelle et nous préoccupe au point qu’il nous paraisse naturel de les aider. Il ne faut pas que cela cesse quand nous n’y serons plus obligés.

By: EmsiProductionCC BY 2.0

Au-delà de la solidarité, la société a fort à faire. Il nous faut réinventer la société civile : nous associer, nous engager et nous mobiliser en tant que citoyens, autant que nécessaire. Et en tant qu’individus, nous devons nous comporter de manière responsable, même si personne n’est là pour nous y obliger.

Nous devons nous réapproprier la chose publique, et ne plus la confier à des institutions qui en prendraient le contrôle. Le financement des associations, partis politiques et syndicats inclus, doit reposer sur les donations et les cotisations de leurs adhérents pour les rendre représentatives et accroître leur diversité.

La nature et l’ampleur des transformations à venir pourrait nécessiter de transformer nos institutions. En appliquant le principe de subsidiarité, nous pourrions situer les responsabilités au bon niveau de décision. Notre démocratie n’est sans doute pas parfaite, et il y aurait lieu de s’interroger sur les améliorations à y apporter. Comment aligner les intérêts de la France avec les intérêts des Français ?

Ce programme place le citoyen au premier plan plutôt qu’au premier rang, mais, aussi progressif et graduel soit-il, ne manquerait pas de générer des frictions aussi bien idéologiques que matérialistes. Toute critique, comme toute contribution, est bienvenue ; mais la charge de la preuve est du côté des tenants du modèle actuel, qui ne remplit plus son rôle. Il est grand temps de renouer avec la passion française pour la liberté.