D’où viennent les blocages de la France ?

Critique de "Le malaise français, comprendre les blocages d’un pays", sous la direction d’Éric Fottorino – Éditions Philippe Rey, 2016.

Par Guillaume Richard-Sadowski.
Un article de Trop Libre

Le malaise français, comprendre les blocages d’un pays par Eric FottorinoLe malaise français, comprendre les blocages d’un pays – Sous la direction d’Éric Fottorino – Éditions Philippe Rey, 2016, 91 pages 7,90 € (Lien Amazon)

La plupart des Français prétendent que les générations futures vivront moins bien que les précédentes et arborent désespérément les couleurs du déclinisme. C’est à travers la convergence de différents regards, en l’occurrence d’écrivains, de sociologues, d’historiens et d’économistes, que cet ouvrage offre des analyses subtiles et approfondies sur les raisons des blocages français.

Un malaise profond

C’est un alarmant constat de la situation française, malgré les forces vives qui peuvent exister à travers les territoires et départements français. Crises passagères pour les uns et déclin profond pour les autres ; il est question d’un malaise français généralisé, si pesant qu’il réussit à bloquer tout un pays. Le décryptage de ces blocages aborde inévitablement la crise d’identité, la légitimité du pouvoir, l’industrialisation, l’agriculture, le chômage, la laïcité, la culture, l’immigration, le terrorisme et tant d’autres sujets qui tétanisent une population entière, déchirée entre pessimistes et optimistes. Véritable poncif de l’époque, la France des droits de l’Homme va mal alors même qu’elle fut jadis, « le phare de l’Europe et du monde »1. Aujourd’hui, la fonction présidentielle est dévalorisée, la parole politique est discréditée, le processus démocratique est encalminé, la capacité à décider est paralysée. Tandis que la mondialisation dérégule, l’Europe régule mais se morcelle. « Les leviers du pouvoir ne lèvent plus rien »2, laissant se développer une perte de confiance générale, et laissant s’installer un malaise au cœur même de l’administration, de l’armée, de la police, de la justice et des écoles. Pays prisonnier de ses doutes et de ses faiblesses, l’avenir est incertain face à ce déclin qui peut paraître inéluctable.

«  Impossible n’est pas français »

Une France bloquée ? Il serait trop aisé de manquer de courage sous prétexte que les événements sont défavorables. En 1808, l’armée de Napoléon s’était trouvée elle aussi, bloquée par des batteries de canons espagnoles au pied de l’étroit col de Somosierra en Espagne. L’empereur avait ordonné à un escadron de chevaux-légers polonais de prendre ces batteries. Mais ses lieutenants lui disaient que c’était « impossible ». Napoléon leur répondit alors : « Comment ? Impossible ! Je ne connais point ce mot là ! Il ne doit y avoir pour mes Polonais rien d’impossible ! ». Il avait raison, l’escadron réussit à prendre le col malgré de nombreuses pertes. C’est dans une lutte face au pessimisme que les auteurs de cet ouvrage analysent les maux que la France traverse, en gardant cet espoir d’améliorer la situation française. Nul doute, elle a de nombreux atouts qui peuvent lui permettre de se projeter dans une perspective d’avenir vertueuse. Refuser le « non » et accepter le « oui » sans vergogne, nécessite un certain courage mais reste possible lorsque l’on se rappelle des atouts de la France : la richesse et une qualité de vie, une gastronomie, un patrimoine historique unique, une langue française parlée sur les cinq continents, la renommée du savoir-faire français, un des plus grand réseaux diplomatiques au monde, un rayonnement culturel important et tant d’autres… Ce livre fait l’éloge de l’audace face aux adversités et fait la promotion du courage face au déclinisme. « Oui à la réforme, même si elle heurte des sensibilités et des intérêts jugés légitimes par ceux qui sont concernés ; Oui au dépoussiérage d’une administration pléthorique et à la diminution des normes qui nous étouffent ; Oui au travail qui libère (pas au bagne), au sein de l’entreprise qui est encore un lieu où l’on peut se réaliser dans un effort collectif ; Oui à l’acceptation de la réalité telle qu’elle est et non telle que l’on la voudrait afin de mieux s’adapter. »3

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Notes :

  1. Page 5
  2. Page 5
  3. Page 36