Résultat du bac : faut-il une remise des diplômes comme aux Etats-Unis ?

Sophie Auzerau, tous droits réservés.

Demain, c’est les résultats du bac ! Découvrez comment se fait la remise des diplômes au Texas. Curieusement, la France qui aime les diplômes ne célèbre pas leur obtention avec autant de ferveur.

Par Sophie Auzerau.

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À la fin de l’année scolaire, c’est-à-dire le 25 mai, dans notre district scolaire ont eu lieu les Graduations : la remise des prix pour les élèves de lycée qui ont glorieusement fini l’année. Comme vous le savez, nous sommes outrageusement jeunes, surtout moi, et donc absolument pas concernés par des enfants en âge d’aller au lycée.

Cette expérience risquait donc de nous passer sous le nez, si l’une de nos amies n’avait pas eu la géniale idée de nous inviter à la Graduation de son fils. Autant vous dire que, comme d’habitude, en Amérique, tout est réglé au millimètre près et que nous n’avons pas été déçus.

Tout a commencé par une jolie carte d’invitation reçue au courrier. Le diplômé en question, beau gosse, ne sourit pas sur les photos qui ornent l’invitation et gives it all to the camera, (« donne tout à l’appareil ») comme nous l’explique sa mère en riant. Il a 17 ans mais quand il sourit, il ressemble au petit garçon de 8 ans que j’ai aperçu sur des photos.

La cérémonie va se dérouler dans le Convention center de Fort Worth.

Il pleut depuis des jours et le matin de la cérémonie ne déroge pas à la règle, il pleut des trombes d’eau, on patauge dans le parking, le Texas est sous l’eau.

En entrant dans le Convention Center, on comprend qu’ici la Graduation, c’est du sérieux. On devrait peut-être s’en inspirer en France.

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Chaque année, au mois de juin, Jean-Pierre Pernault et ses collègues, visionnaires, présentent les révisions du bac selon les cancres, et les cracks qu’ils auront dégotés.

Comme tous les ans, on rencontrera ainsi le plus jeune élève puis le plus vieux à se présenter à l’examen.

Le jour J, nous pénétrerons à l’aube dans la cuisine de la famille Machin pour partager le petit déjeuner de vainqueur préparé avec amour par les parents Machin super stressés, pour leur progéniture ensommeillée.

On filme même les jeunes en retard, les premiers à sortir, et quelques semaines après, les larmes et les cris de joie des reçus, le désespoir de ceux qui vont à l’oral, etc…

Tout ça généralement sur fond de polémique annuelle, la fameuse polémique du « bac qui a perdu sa valeur » à coups de pourcentages sur les réussites et les échecs de nos lycéens, des lycées privés, publics, selon les académies, l’influence de la météo sur les révisions, le blabla insipide habituel.

Tout le monde va y aller de sa petite critique et finalement ceux qui ont le bac vont affirmer à ceux qui le passent que l’on ne peut rien faire sans, et ceux qui le passent vont se demander pourquoi se casser le train à le passer si ça ne veut plus rien dire. Avouez que c’est moyennement motivant d’entendre que le bac c’était plus difficile y a 20 ans, surtout qu’il y a 20 ans, quand on révisait, on révisait. On n’était pas partagé entre la Deuxième Guerre Mondiale, Instagram et Snapchat. Et remarquez que les jeunes d’aujourd’hui ont quand même 20 ans d’histoire en plus à se coltiner, par rapport à y a 20 ans. CQFD.

Pendant ce temps, ma copine américaine a créé ses cartons d’invitation, acheté la cape noire de son fils, le Graduation hat et le tassel, le couvre-chef carré et le pompon qui fait loucher. L’école a retenu le Convention center de Fort Worth de 14h à 16h. La Band a répété sans ses membres habituels. Lorsque nous entrons, elle est déjà installée et constituée des élèves qui ne « graduent » pas, et la salle est pleine comme un oeuf, remplie de familles et amis, présents pour applaudir les jeunes.

Les seniors, c’est-à-dire les élèves de Terminale, sont tous habillés très classe pour l’occasion : les filles surtout n’hésitent pas à porter des robes de soirée et des stilettos, qui seuls sont visibles sous la cape.

Les Seniors qui se sont distingués cette année prennent place sur la scène avec tout le gratin du lycée. Nous avons reçu un programme nous expliquant le déroulement de la cérémonie. Je ne sais pas qui a eu la présence d’esprit de nous pondre le livret, mais je le remercie intérieurement. On y trouve l’identité des intervenants, les paroles de la chanson de l’école et surtout à quel moment nous devons nous lever et nous asseoir. Je repense à ces moments de solitude les rares fois où je me pointe à l’église en France, et je me demande pourquoi ce n’est pas pareil.

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Les dix meilleures élèves de la promo sont cités et le valedictorian et salutatorian, major et second de la promo montent au pupitre à tour de rôle et nous lisent leurs discours.

Autant vous dire qu’à 18 ans, je ne connais pas grand monde dans mon lycée qui aurait été capable de pondre un truc pareil. Quelle maturité ! Quel à propos ! La salutatorian nous explique qu’elle est ravie d’avoir si bien réussi notamment pour en remontrer à celui qui, quelques années auparavant lui avait prédit qu’elle ne ferait jamais rien pour deux raisons remarquables : « T’es une fille et t’es blonde ».

Elle est aussi très fière de montrer que la moitié des dix meilleurs élèves de Trinity High School sont des filles, à ses côtés, sur l’estrade. Elle nous explique aussi qu’elle avait secrètement un autre challenge : perdre du poids. Elle pèse donc 20 kg de moins qu’en août dernier, elle sourit de tout son bonheur et finit son discours par des remerciements :  « Ma famille, mes amis, mes professeurs et Jésus Christ ».

Je me retourne vers l’Homme qui reste impassible alors que je glapis dans son oreille : « Jésus Christ ? » Elle a le bac et remercie Jésus Christ ?

Le mari de ma copine se retourne vers moi et me jette un regard réprobateur au moment même où je demande à l’Homme si on est dans une secte. Mes paroles se perdent dans l’ovation que la salle fait à Jésus.

S’ensuit le discours du major de promo dont le meilleur pote a dit de lui pour l’introduire derrière le micro, « Je le respecte surtout parce qu’il est le mec qui sort avec Anna Smith ». Ce que j’ai trouvé fort drôle. Il est temps d’appeler un par un les élèves pour en faire des diplômés. Le diplôme leur est remis, une photo est prise, ils défilent sur la scène. Les joueurs de foot sont ovationnés par toute la salle. C’est sûr que c’est moins intime que la remise de notre propre diplôme, quelques années en arrière, remis par une secrétaire grincheuse qui regrettait sa matinée à la plage, dans une salle de classe surchauffée, dans laquelle il n’y avait ni photo ni trompette.

De toute façon, on n’imaginait pas qu’il y avait une autre façon de célébrer le bac : en buvant une sage coupe de champagne avec les parents soulagés avant de se rendre à une Happy Hour titanesque, répétée toute l’année, au son de Smells like teen Spirit. Et où l’on s’en remettait plus à Nirvana qu’à Jésus pour sûr.

Il est maintenant l’heure de jouer l’hymne de l’école et on se lève tous comme un seul homme : le drapeau de Trinity High School traverse le carré des diplômés, tout le monde le pointe du doigt en reprenant le refrain, IT’S UP !

Sophie Auzerau, tous droits réservés.
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L’émotion est à son comble, les élèves peuvent changer leur pompon de côté, ils sont officiellement diplômés. Ils peuvent maintenant jeter leur graduation hat en l’air, j’ai les larmes aux yeux, ma copine aussi. Mais pas pour les mêmes raisons. Elle pleure son premier bébé qui va quitter la maison, je pleure parce que c’est beau comme dans un film !

Quand on sort du Convention Center, la pluie a cessé, le soleil brille, il fait 39°C. Class of 2016, que votre avenir soit aussi radieux et aussi heureux que cette journée !

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