Hollande : ah, si la politique était comme le foot !

Hollande : ah, si la politique était comme le foot... By: Jean-Marc Ayrault - CC BY 2.0

« Ah, que n’ai-je engagé ma réélection sur les résultats de l’équipe de France ! » doit se dire François Hollande, rameutant toute sa puissance de petits calculs pour essayer de faire entrer le football dans son bilan présidentiel.

Par Nathalie MP.

Hollande : ah, si la politique était comme le foot...
Hollande : ah, si la politique était comme le foot… By: Jean-Marc AyraultCC BY 2.0

Le Brexit de jeudi dernier a causé dans toute l’Europe une véritable onde de choc. Jusqu’à l’équipe de foot d’Angleterre qui y a perdu son sang-froid peu de temps après en se faisant évincer contre toute attente de l’Euro 2016 par l’Islande. Mes connaissances en foot sont assez limitées, mais il semblerait que cette nouvelle configuration ouvre une assez jolie porte pour une victoire française, en tout cas pour une accession en demi-finale.

C’est François Hollande qui doit être content, lui qui, pris dans l’embrouillamini du désamour des Français et de la fronde de son camp, ne manque pas un match des Bleus pour se remonter le moral ! « Ah, que n’ai-je engagé ma réélection sur les résultats de l’équipe de France ! » doit-il se dire, rameutant toute sa puissance de petits calculs pour essayer de faire entrer le football dans son bilan présidentiel.

La politique, c’est compliqué !

si le foot rené le honzecParce que sur le front du chômage, c’est compliqué compliqué. Et sur le front de la loi Travail, c’est compliqué compliqué. Avec ça, nous voilà déjà demain au 1er juillet 2016, date à laquelle Anne Hidalgo nous sort ses cinquante pastilles de couleur et ses amendes à 35 euros pour interdire l’entrée des véhicules les plus anciens dans Paris. De là à ce que les Français s’imaginent que cette histoire de « sans-dents » était vraie ! Et pour couronner le tout, Valls annonce une nouvelle taxe pour financer les nouvelles régions, alors que sur ce sujet délicat des taxes et impôts, le Président s’est laissé aller à quelques petites promesses de baisses, clairement hardies pour un socialiste. Soupirs de François Hollande. Gouverner, quelle histoire !

Les grands événements internationaux nous ont fait perdre un tant soit peu la tête et le cours de notre petite histoire de France, mais la DARES, régulière comme une horloge, n’a pas oublié de publier vendredi 24 juin dernier ses chiffres sur le chômage arrêtés à fin mai 2016. Catastrophe nationale (et pas européenne), la courbe repart à la hausse. La DARES, on commence à bien la connaître ici, c’est cette direction du ministère du Travail qui suit chaque mois les statistiques de l’emploi et du chômage en France à partir des données complètes de Pôle Emploi.

Pour le gouvernement, le Brexit a eu au moins le bon goût de reléguer la décevante nouvelle dans la catégorie des préoccupations mineures du moment. Alors que depuis deux mois, tout semblait se dérouler à peu près selon les plans du Président, lequel manigance depuis ses vœux 2016 de finir son quinquennat sur un retournement spectaculaire de la courbe du chômage grâce au triptyque quasi religieux des politiques socialistes de l’emploi — grands travaux, service civique et mise en formation de 500 000 chômeurs —, les statistiques à fin mai 2016 montrent clairement que les baisses observées les mois précédents relevaient plus de considérations strictement techniques et administratives que d’une embellie de fond sur l’emploi. La DARES, pas folle, prend du reste toujours la précaution d’assortir ses publications d’un petit avertissement invitant aux plus ultimes précautions dans la lecture de ses chiffres, notamment celle de les interpréter sur la durée plutôt qu’au mois le mois.

Défaut d’actualisation

Si le gouvernement pouvait se prévaloir d’une baisse de 60 000 personnes en catégorie A (sans aucun emploi) entre  février et mars 2016, il y avait quand même le petit problème de la réapparition d’un nombre presque aussi important en catégories B et C (existence d’une activité réduite dans le mois), ce qui portait la baisse totale incluant A, B et C en France avec son Outre-Mer à un mouvement plus modeste de moins 9 600 chômeurs.

Mais surtout, si le gouvernement pouvait se prévaloir d’une baisse de 19 900 personnes en catégorie A entre mars et avril 2016 et aussi d’une baisse importante dans les autres catégories, portant la baisse totale A, B et C à 62 200, du jamais vu depuis longtemps, il y avait là encore un petit bémol gênant que la DARES nous a expliqué dans ses précautions devenues d’usage :

« En avril 2016, le nombre de sorties de catégories A, B, C pour défaut d’actualisation a enregistré une hausse inhabituellement forte. Cette hausse affecte à la baisse le nombre de demandeurs d’emploi en catégories A, B et C. »

Le « défaut d’actualisation » se produit si un demandeur d’emploi ne met pas sa situation à jour dans les temps comme il doit le faire chaque mois. Il sort donc des statistiques pendant quelques jours autour de la fin du mois, mais comme en général il régularise rapidement, on a toutes les chances de le retrouver le mois suivant.

Dès les chiffres publiés pour mai 2016, on a pu se rendre compte que la DARES ne nous avertissait pas en vain puisque le nombre de demandeurs d’emploi est reparti à la hausse ( + 31 900 en catégories A, B et C Métropole et Outre-Mer) portant le nombre total à 5 726 400. Limité à la catégorie A en Métropole, chiffre souvent mis en avant dans la presse ou au gré des bons et mauvais résultats, on arrive à fin mai à 3 520 300. Nouvel avis de prudence :

« En mai 2016, le nombre de réinscriptions sur les listes est élevé, à la suite des sorties pour défaut d’actualisation observées en avril 2016. »

Depuis mai 2012, soit 4 ans précisément, l’augmentation est de 598 200 demandeurs d’emploi pour la catégorie A en Métropole et de 1 105 400 pour les catégories A, B, C en France entière.

La courbe n’est pas en phase d’inversion, on peut juste dire qu’elle expérimente une zone de plat. On peut surtout constater que comparativement à des pays voisins de poids à peu près équivalent, Royaume-Uni et Allemagne, on a un taux de chômage du double (de l’ordre de 10 % contre 5 %). La situation est encore pire pour les jeunes de moins de 25 ans.

L’emploi, ça ne va toujours pas

Donc l’emploi, 8 ans après la crise, ça ne va toujours pas. D’où la volonté, un peu tardive car elle ne date que du dernier remaniement ministériel de février 2016, de défossiliser le marché du travail. Et quand on dit fossile, on est peut-être encore loin du compte si l’on pense à Gérard Filoche, à la CGT et à l’UNEF (Unfanterie Nocturne des Eléphanteaux pré-Fossilisés). Bref, toujours est-il que les journées d’action contre la loi Travail se suivent et se poursuivent avec de moins en moins d’entrain dans les rangs et de plus en plus de détermination chez les leaders.

C’était le cas mardi 28 juin et ce sera encore le cas le 5 juillet, et tout l’été. « Des initiatives pour bien préparer la rentrée » comme dit le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez. Cependant, magnanime, il ne demande plus le retrait de la loi, mais exige des modifications concernant l’article 2 et sa hiérarchie des normes mise complètement cul par-dessus tête (selon lui). De son côté Manuel Valls a annoncé tout un programme de rencontres avec les syndicats pour hier et aujourd’hui. On pourrait en déduire que les choses s’arrangent et que d’ici les congés d’été, l’affaire sera entendue, à la satisfaction de la gauche joyeusement réconciliée.

Or la loi, pas mal triturée et évidée par rapport à sa mouture initiale, après avoir été adoptée par 49.3 en première lecture à l’Assemblée nationale, était ce mois-ci en stage de récupération au Sénat. On peut dire que la majorité sénatoriale (de droite) s’en est donné à coeur joie dans la suppression des barrières, seuils et interdits affectionnés par la gauche. Dans la version des sénateurs, votée mardi 28 juin par 185 voix contre 156, il n’y aurait plus de durée « légale » du travail mais une durée de « référence » fixée par accord d’entreprise. Les élections des délégués du personnel se feraient à partir de 20 salariés et non plus 11, et le Comité d’entreprise et le Comité d’hygiène et de sécurité seraient mis en place à partir de 100 salariés contre 50 actuellement.

On voit le problème : que va promettre Manuel Valls aux syndicats avant que le texte ne repasse à l’Assemblée à partir du 5 juillet ?

Lutte contre la pollution

Je passe rapidement sur les soins attentifs prodigués par Anne Hidalgo à l’air de Paris et aux bronches des Parisiens. La mesure d’interdiction des véhicules immatriculés avant le 1er janvier 1997 est détaillée dans cet article du Point, non sans une louable abnégation de la part du journaliste tant cette affaire se présente comme une véritable usine à gaz comportant de multiples cas différents, de multiples exceptions et dérogations, et pas moins de 7 vignettes de couleur variées pour identifier les véhicules.

Remarquons que si l’objectif final est de lutter contre la pollution à Paris pour le plus grand bénéfice des habitants à fort pouvoir d’achat, le premier effet sera de fermer la capitale aux conducteurs moins fortunés, ce d’autant plus que les transports en commun ne brillent pas par leur service impeccable. On pense aux grèves, qui reviennent assez souvent, ainsi qu’au réseau francilien complètement saturé en l’état actuel. De plus, dès 2020, soit dans 4 ans, l’interdiction s’étendra aux véhicules antérieurs à 2011. Voilà du socialisme caviar joliment organisé, d’autant que les bénéfices attendus sur la santé publique ont toutes les chances d’être assez peu significatifs.

J’ai gardé la meilleure info de la semaine pour la fin. Si vous imaginiez que la réforme territoriale qui a fait passer le nombre de régions métropolitaines de 22 à 13 avait pour objectif de dégraisser notre millefeuille administratif, de faire des économies, bref de moderniser et de mieux gérer nos institutions territoriales, je suis au regret de vous dire que vous êtes dans l’erreur la plus complète.

Même chose si vous pensiez qu’il fallait accorder un peu de crédit à François Hollande lorsqu’il déclarait en août 2015 :

« Il doit y avoir une croissance plus forte en 2016. Il y aura donc des baisses d’impôts quoi qu’il arrive en 2016. »

Il est vrai que le mois dernier, il a considérablement amoindri sa promesse en la repoussant à 2017, en la limitant aux foyers les plus modestes et en la conditionnant à l’existence de marges de manoeuvre. C’est curieux, du reste, cette histoire de marges. À entendre Michel Sapin présenter les comptes publics 2015, on avait vraiment l’impression que les marges étaient abondantes, on l’a même entendu parler de « cagnotte » et depuis ce jour le gouvernement se vante en permanence que « ça va mieux ».

Péché d’optimisme

Apparemment non, voilà comment le gouvernement est rattrapé par son péché d’optimisme.

À l’intersection des régions, du chômage et de la fiscalité, Manuel Valls a assuré aux régions qu’il les avait comprises, en annonçant la création de la toute nouvelle Taxe spéciale d’équipement régionale afin de les aider à financer leurs programmes de formation et d’emploi, notamment tous les frais induits par la mise en formation de 500 000 chômeurs, comme promis par le Président pour inverser la courbe. Selon les calculs de Bercy, cette nouvelle taxe pourrait rapporter 600 millions d’euros et sera officialisée dans le Projet de loi de finance pour 2017.

Qui va payer ? Alors là, surprise, les ménages et les entreprises ! Pour favoriser l’emploi dans les entreprises, c’est tout nouveau, c’est socialiste, taxons les entreprises ! Vous êtes un particulier : attendez-vous à voir votre taxe foncière augmenter violemment. Vous êtes une entreprise : c’est la CFE (Cotisation foncière des entreprises) qui sera affectée. Plus de détails intéressants sur cette idée de génie : ici.

Vous n’êtes pas contents et vous trouvez qu’après tous les cadeaux électoraux faits aux jeunes, aux fonctionnaires et aux agriculteurs, le gouvernement se fout de votre gueule ? C’est normal. Attention à toi, Hollande, les élections c’est pour bientôt.

Ah, se lamente le Président, si seulement gouverner, c’était la gloire et la victoire assurée ! Mais non, c’est juste pleuvoir, foutoir et déboires. Dans l’isoloir de 2017, que restera-t-il de mes accessoires politiques de 2012, le méritoire ou l’illusoire ? Vraiment, gouverner, quelle histoire ! Vivement dimanche et le quart de finale contre l’Islande !

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