Bitcoin : il faut interdire Bernard Debré !

Publié Par h16, le dans Édito

Mardi 28 juin sera une date historique pour toute la France des plus de 70 ans. Non, il ne s’agit pas d’une aventure d’Alain Juppé, le candidat des maisons de retraite, mais d’une révélation, que dis-je, d’une véritable épiphanie qui vient de toucher de sa grâce un vénérable député : Bernard Debré vient de découvrir la face caché des intertubes.

Internet : une série de tubesPassé un certain âge, et avec l’habitude de vivre douillettement engoncé dans les cuirs moelleux et les ors rutilants de la République, les évolutions technologiques deviennent rapidement incompréhensibles. Logiquement, chaque incursion hors de sa zone de confort devient une aventure rocambolesque qui vire rapidement au mode hard-core dès qu’on touche à des sujets sulfureux comme (au hasard) le sexe, la drogue, le rock’n’roll, et surtout, surtout, le darknet et les bitcoins.

Mélangez le tout, agitez avec un peu d’Alka-Seltzer ou de Pepto-Bismol, et vous obtenez forcément un événement de classe internationale. Mardi 28 juin, c’est ce qui s’est produit lorsque Bernard le dépité a raconté dans un entretien sur LCI sa dernière expérience technoïde : par l’indispensable truchement d’un journaliste de Valeurs Actuelles et du président de l’association Parents Contre La Drogue, l’élu des Républicains a testé les internets.

Il s’est rendu compte que l’Europe existait réellement, que la liberté de circulation des biens n’était pas chimère et qu’acheter aux Pays-Bas avec sa carte bancaire des produits qui font rire pour les faire livrer, bêtement, par la poste, chez soi, était tout à fait possible. Positivement stupéfiant ! Ah, les internets, quelle surprise !

Il a ensuite constaté qu’à cette facilité déjà inouïe, il fallait ajouter celle qu’on pouvait avoir lorsqu’on se rend sur le darknet. Attention, mes petits amis, le darknet, ce n’est pas pour les faibles d’esprits et les paisibles retraités. Déjà, avec un nom qui ressemble à ce grand bonhomme de science fiction à la respiration bruyante, on peut s’attendre au pire. Et comme l’indique très clairement et sans la moindre ambiguïté cet article plein de journalimsme taillé au cordeau, le darknet, c’est « accessible par logiciel » (au contraire de les internets qui, eux, sont accessibles par tam-tam, je présume).

Et sur ce darknet-accessible-par-logiciel, on trouve tout un tas de paquets de milliers de sites aussi zillégaux que consultables de manière privée. Pour Bernie, l’expérience fut suffisante pour renverser son plateau de biscuits et louper au moins deux épisodes consécutifs de Joséphine Ange Gardien. Certains firent l’Indochine, d’autres le Vietnam, mais avec lui, « On a fait le darknet. Et là, c’est incroyable. »

Ben oui : comme l’explique The Bern, « Vous passez par un logiciel, Thor » (on supposera charitablement que la coquille sur Tor est un simple cas de journalimsme sans gravité), et ensuite, de fil (de chanvre) en aiguille (de piquouse), c’est l’enfer : un véritable supermarché de tout et n’importe quoi, dont « des kalachnikovs, du TNT, des faux billets, des organes à greffer ». Au détour d’un clic malheureux, « vous avez par exemple 30 à 36.000 sites de cocaïne ».

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Cocaïne dont une petite pincée aurait peut-être fait du bien à notre homme dont l’esprit semble maintenant fort confus au point de confondre sites, vendeurs et articles, mais baste, passons. Il y a bien plus grave puisque pour payer, il faut se vautrer dans une fange ignoble, celle d’une monnaie numérique sans contrôle : le bitcoin.

« On a commandé de la cocaïne. Mais il faut payer par bitcoins. […] Et donc on a commandé. Ça a été livré. 1 gramme de cocaïne, 80 et quelques euros. »

feel the bernBrave homme qui découvre qu’on peut utiliser des moyens technologiques complexes et des monnaies numériques confidentielles et encore relativement compliquées pour se procurer une drogue récréative à Paris en ce XXIème siècle où elle est pourtant disponible à foison et bien plus facilement auprès de trouzaines de dealers répartis dans toute la capitale. Heureusement que nos amis qui font du journalimsme n’ont pas expliqué à Bernie que pour chaque gramme vendu en Bitcoin, il devait en partir un bon kilo de façon traditionnelle vendus avec des euros standards, produits en masse par la petite imprimante de Mario Draghi. En eût-il été informé, il aurait probablement fait un AVC radical.

Et ménager notre septuagénaire aventureux est tout à fait nécessaire quand on voit sa réaction en constatant que la drogue qu’il s’est procurée est … pure ! Sapredieu, on ne lui a même pas refilé du plâtre coupé au sucre ! C’est plus qu’un scandale, c’est carrément angoissant au point qu’une fois ces constats posés, il nous a véritablement pété un câble dans la dernière ligne droite. Je ne résiste pas à vous le citer in extenso :

« Est-ce que c’est la démocratie de pouvoir acheter une kalachnikov sans que personne ne le sache ? Du TNT ? »

Hum.

Je soupçonne que sur les 100 grammes de champignons hallucinogènes eux aussi commandés sur les internets, quelques grammes n’ont jamais été retrouvés.

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Mais papy Debré, enfin, voyons, enfin, mais mais mais, saperlipopette, que vient faire la démocratie dans le fait de pouvoir acheter ou pas une arme ? Qu’on soit ou non sur les intertubes, le sujet « achat d’une arme » et le sujet « démocratie » n’ont absolument rien à voir ! On pourrait évoquer la liberté, le droit de se défendre, mais le lien avec la démocratie, je ne comprends pas. Bernard, vous poussez le bouchon !

Sans reprendre son souffle, notre homme continue pourtant :

« On peut acheter des films pornographiques. On peut tout acheter, le pire de ce qui existe. »

Ah ça, pour sûr, on trouve de tout sur les internets, surtout en termes de films avec des messieurs et des mesdames tout nus qui font des trucs. Maintenant, il n’y a plus guère que Bernie, les gens de sa génération et ses pieds nickelés en journalimsme pour acheter des films pornographiques qu’on trouve gratuits partout ailleurs par cargaisons entières. Cependant, le coup d’estoc arrive maintenant lorsque notre élu conclut, les yeux exorbités et la lippe pendante :

« Si ça continue comme ça – mais peut-être est-ce un bien – il n’y aura plus de dealers physiques ! »

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Raaaaargh mais c’est abominable ! C’est la mort du petit commerce, ça, monsieur ! Enfin se révèle Bernard D., en lutte ouverte contre l’uberisation des petits dealers artisanaux, proches de leurs consommateurs, ceux-là même qui refont du lien social dans nos tés-ci et nos quartchiers et que le darknet est en train de faire mourir à petit feu ! Et ce n’est que logique d’apprendre que son combat impose alors l’ouverture d’une mission d’information parlementaire sur le sujet, assortie d’une demande d’interdiction du méchant bitcoin en France.

Parce que bien sûr, cela est à la fois techniquement faisable et que cela représente une vraie solution au problème de drogue dans le pays…

drogues - souvenez vous les enfants elles sont super chères

On cherche souvent à comprendre le décalage qui existe entre nos représentants et la société qui les a élus, mais rarement il n’est aussi flagrant que lorsqu’un honnête homme, depuis trop longtemps retiré des affaires de ce monde et cocooné par des institutions bien trop protectrices, s’exprime très loin en dehors de son champ d’expertise, avec bien plus d’émotion que de raison et sans le recul et la prudence nécessaires qu’imposent la méconnaissance. Bernard Debré, dans son combat contre la drogue, semble oublier avec application les dizaines d’années de lutte complètement inutile contre ce fléau. Avec la même application, il montre le même travers lamentable que suivent ses petits copains législateurs qui consiste à croire qu’on peut résoudre un problème de société avec une bonne série de lois. Avec la même absence de connaissance, il préconise donc de s’attaquer à un vecteur commercial (le bitcoin) sentant probablement confusément son impuissance à s’attaquer au reste, sans même imaginer que sa lutte est vaine et techniquement perdue d’avance.

Enfin, on ne peut ignorer l’empressement des médias à relayer cette triste pitrerie dans des articles consternants d’approximations, empressement qui montre leur goût du sensationnel et du ridicule, et, encore une fois, tous les dangers de coller un gros micro mou sous le nez d’un homme politique en lui donnant ainsi une exposition qu’il ne mériterait pas.

Non décidément, monsieur Debré, vous ne parviendrez pas à juguler l’usage de la drogue en vous attaquant à Bitcoin, au darknet et aux coffee-shops hollandais. Ce serait aussi ridicule et aussi inefficace qu’interdire les billets de 500€ au motif qu’ils favorisent le banditisme.

Oh. Wait…

gifa lolcat : Sniffage de chaton
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Sur le web

  1. je n’y connais rien, mais mon petit doigt m’a dit que les drogues ne s’achètent pas avec des billets de 500 € non plus, hein; ,juste des billets de 10 et 20.
    Et que si on supprime le cash et que toute transaction doit être tracée électroniquement, papy Debré mouillera peut-être ses couches de plaisir, mais il restera facile de camoufler la transaction illégale dans une transaction légale, massage, voyance, minijeu pour téléphone, partie de poker en ligne ou livraison de choux chinois. ou don à un parti politique 🙂

    1. Pour avoir été dealer dans ma jeunesse, je peux vous confirmer que vous avez raison sur toute la ligne…

  2. Seule solution: interdire internet. Et Contrepoint sera achetable dans les meilleures librairies et le forum se fera par la poste. Et le prélèvement à la source des impôts ce sera fini. Les cartes bleues direction poubelle. Les radars sur les routes à la casse, tient rien que pour ça je soutiens Debré.

  3. on comprend maintenant pourquoi la France a un tel retard dans l’économie numérique comme souligné dans cet article https://www.contrepoints.org/2016/06/23/257699-france-plein-decrochage-economie-numerique

  4. Nous pouvons être fiers nous Français d’avoir une classe politique, ne serait-ce qu’une fraction de celle-ci, à la pointe de la connaissance sur les technologies de demain et qui montre le chemin aux masses incultes.
    Parmi ces pionniers, ces découvreurs de territoires inconnus, parfois dangereux ou corrompus, genre « les internets » et autres curiosités « accessibles par logiciel », il faut donc citer en bonne place le professeur Bernard Debré. Qui a dit que les politiques sous les ors des palais ne connaissaient pas le monde où nous vivons ? Médisances, ils anticipent même celui où nous vivrons.
    Il est vrai qu’en tant que médecin, on pouvait s’attendre à un esprit précurseur, curieux des choses de la science et des technologies mais à ce point, saperlipopette.

    Je le vois bien futur ministre du futur.

  5. Il aura beau tenter d’interdire le BTC, ce qui est impossible, on pourra toujours payer en Ethereum ou en Dashcoin. Ca va quand même être difficile de tenter d’interdire les centaines de crypto qui existent.

  6. Pauvre Bernard… Quelle tête il va faire quand il va découvrir que le cannabis de la marirouana du shit est en fait une plante qui peut pousser n’importe où dans un simple pot avec du terreau de base tant qu’on lui donne un peu d’eau et de soleil, le tout à partir d’une graine minuscule disponible un peu partout sur les ouaibes et qu’on peut placer en grand nombre dans une simple enveloppe… Dur dur !!!

  7. Je me suis rendu compte qu’on utilisait des cartes bancaires, oui, comme celles que vous ont donné votre succursale du crédit agricole, pour faire des lignes de coke… des lignes entières ma bonne dame. Et que font les banques? Rien, elles sont complices, il faut interdire les C.B. .. et les banques.
    Et vous savez qu’on utilise des seringues pour s’injecter des produits illégaux ? Oui, des seringues que vous pouvez acheter en pharmacie, pour un prix dérisoire et sans contrôle?
    Et les armes ma bonne dame, savez-vous quelles sont faites en acier? Acier qu’on peut acheter n’importe où faire venir de CHINE !
    C’est trop horrible.

    Bref, tout comme il ne me viendrait pas à l’esprit de commenter les méthodes pour faire un triple pontage coronarien, je pense que ce monsieur devrait se contenter de commenter ce qu’il comprend.

    1. Et le papier le plus utilisé pour rouler les joints est fabriqué par Bolloré… ça va en faire des trucs à interdire 😀

  8. Vu la gueule des politiciens français, je vois mal comment, en France, on peut être euroseptique. Je ne crois pas qu’on peut faire pire.

    Alors oui, que Bruxelles décide de tout en France. Cela ne sera pas pire que la clique au pouvoir depuis 60 ans.

    1. Vous préférez Juncker « Si c’est oui, nous dirons donc : on poursuit ; si c’est non, nous dirons : on continue !  » (Le Soir, 25/05/2005) ou Martin Schulz ?

      1. Vous préférez Mélenchon ou MLP ?

        Même le pire Juncker ou Schulz est meilleur que le « meilleur » français.

        1. Oui, ce poison est plus traître car il passe sans que l’on ne s’en aperçoive…

  9. Très chers tous, pitié pour ce pauvre Bernard, il n’a quand meme pas eu une vie facile et en tant que médecin, moi meme , je ne peux que prendre sa défense. tout petit déjà, il ne pouvait que courir dans les couloirs de Matignon quand son grand homme de père était premier ministre de notre grand Général, donc les ors de la république, le pauvre , il en a souffert. Mais pire encore, dès la scolarité, il préféré a son frère jumeau ( qui a mal tourné au conseil constitutionnel ) ;il n’a pas besoin de soutien scolaire, lui, son frère si ( véridique!! ) . En somme , on ne s’occupait pas de lui. Enfin comble de malchance, et comme si un malheur n’arrivait jamais seul, on lui a proposé le poste le plus prestigieux de France en urologie: chel de service à Cochin!!Dernier malheur ( et sans doute parce qu’il était un grand spécialiste de l’Afrique ) il n’a pas pu refuser un poste de ministre de la coopération. Voila pourquoi il est devenu un aussi brillant spécialiste « des internets »

  10. Dans la saillie « Est-ce que c’est la démocratie de pouvoir acheter une kalachnikov sans que personne ne le sache ? » ce que je remarque avant tout, c’est que l’important pour lui est « que personne ne le sache »…
    C’est donc encore pire que ne le soulève notre auteur bienaimé: un oxymore de première que de lier démocratie et centralisation de l’information, pour ne pas dire surveillance absolue.
    Si on y réfléchit bien, c’est absolument glaçant de la part d’un homme aussi brillant.

  11. Il tape fort, Bernard le dépité !
    Faut dire que souvent, sous les ors de la république, passé un certain age (mais pas que), des groupes de neurones ralentissent dangereusement, surtout à l’heure de la digestion. Et souvent, ils basculent en mode pause, ce qui peut être préjudiciable à la réflexion.
    Enfin quoi H16 !… Ce n’est pas charitable de se moquer des handicapés.
    En même temps, vouloir interdire le Bitcoin, c’est sûr qu’il jette le bouchon un peu loin le dépité.

    Ceci dit, dans le même esprit, le Pépère de Tulle, cherchant des moyens radicaux pour lutter contre le terrorisme, aurait demandé au CNRS de plancher sur le sujet. Au terme d’études très poussées, les plus grandes sommités de l’établissement, auraient enfin trouvé des idées et pondu un rapport…. Les terroristes respirent de l’air !…. (eux aussi)
    Présenté en conseil des sinistres, et après un tour de table, un éclair de génie aurait jailli de cette honorable assemblée…. Pour lutter de façon radicale et définitive contre le terrorisme, il faut supprimer l’air !
    Où irions-nous, sans nos énarques …. ?
    Faut jamais désespérer …

  12. Est-ce un effet des gênes de Michou à l’entonnoir ?

    Quoiqu’il en soit, un dépité ayant toujours été élu démocratiquement (même avec très peu de votants) selon notre culte insensé de la démocratie n’est-il pas censé être le meilleur et le plus beau ?

    «  Ceux qui regardent le vote universel comme une garantie de la bonté des choix se font une illusion complète. » (A.T)

  13. Danièle Cosson-Schéré

    Bernard Debré est effectivement grotesque et a perdu une belle occasion de ne rien faire, mais la loi Veil et quelques autres ne me semblent pas mériter d’être qualifiées de  » travers lamentable…qui consiste à croire qu’on peut résoudre un problème de société avec une bonne série de lois ». Parfois une seule suffit à réparer des siècles d’injustice et d’asservissement. Et c’est la « bonne », précisément! La liste est trop longue, à chacun de choisir celle qui lui importe le plus.

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