Le « dumping social » profite aux pauvres

Publié Par Vesselina Garello, le dans Économie générale

Par Vesselina Garello.

Le Brexit a été à l’origine d’une avalanche de déclarations d’intention des hommes politiques de tous bords ces derniers jours. Dans le brouhaha général on arrive à distinguer, entre autres, une phrase qui revient dans la plupart des discours : le dumping social. Combattre le dumping social devient ainsi le mot d’ordre des europhiles (après avoir été le mot d’ordre des eurosceptiques !).

C’est le combat contre le dumping social qui serait le remède de cheval dont aurait besoin l’Union européenne pour survivre.

Mais qu’est-ce que le dumping social ?

Définition de dumping : du mot anglais to dump qui signifie décharger, déposer, déverser, se débarrasser. En commerce international, le dumping est la vente dans un autre pays à un prix inférieur à celui pratiqué dans le pays d’origine de l’entreprise. L’objectif est de conquérir des parts de marché. Par extension, en économie, le dumping désigne une pratique qui consiste à vendre un produit à un prix inférieur à son prix de revient (vente à perte) pour éliminer la concurrence ou l’empêcher de s’installer. L’entreprise espère gagner des parts de marché ou pouvoir augmenter ses prix après la disparition de ses rivaux.

Maintenant, essayons de comprendre ce que signifie le dumping social. Selon les définitions du dumping citées plus haut, le dumping social devrait désigner une situation dans laquelle une personne se fait embaucher dans un pays étranger et demande un prix, notamment en termes de cotisations sociales, inférieur à ce qu’elle se ferait payer dans son pays d’origine.

Or, ce que les hommes politiques décrient d’une seule voix ne correspond pas du tout à une telle situation : en venant en France, en Allemagne ou en Angleterre, les plombiers polonais ou les maçons roumains ne bradent pas leurs services à un prix inférieur à ce qu’ils se feraient payer dans leur pays d’origine, bien au contraire, et ne réclament pas des cotisations moins élevées que celles qui auraient été dues dans leur propre pays. Il s’agit donc ni de dumping, ni de social, mais de tout à fait autre chose.

De quoi s’agit-il ?

Ni plus, ni moins d’un échange économique insufflé par les avantages comparatifs dont chaque pays dispose. Le plombier polonais qui vient travailler en France représente dans le secteur des services la même chose que le produit bon marché fabriqué en Pologne et exporté en France. Comment pouvons-nous, dans ce cas, appliquer un raisonnement différent aux deux, alors qu’il s’agit d’un seul et même phénomène – l’échange économique entre des personnes libres, résidant dans l’Union Européenne, qui est censée être, avant toute autre chose, une zone d’échange économique libre ?

Face au dumping social, harmonisons, vite !

Essayons alors de pousser à bout l’argument en faveur d’une harmonisation du coût du travail, de la fiscalité et des cotisations sociales, afin de venir à bout de cet horrible dumping social. Quelle est la raison première de l’existence du commerce international ? Ce sont les avantages en termes de coûts de production, dus à une dotation particulière en ressources naturelles ou à une configuration de prix de marché différente que celle de notre propre pays. La théorie économique explique très bien d’ailleurs comment, grâce au commerce et la libre circulation des moyens de production, ces différences de prix tendent à s’effacer.

Grace au développement économique induit par le commerce et l’échange, les prix dans les pays moins développés tendent à augmenter, alors que, sous la pression de la concurrence, ceux dans les pays les plus développés tendent à baisser, jusqu’à ce qu’un certain niveau d’harmonisation naturelle s’établisse spontanément. C’est la loi de l’offre et de la demande – plus il y aura des échanges, plus la concurrence par les prix diminue la marge de profit jusqu’à ce qu’elle disparaisse et les deux pays arrivent à un niveau de prix similaire.

Bien sûr, ce processus d’harmonisation ne peut se mettre en place que sur des prix non réglementés. Autrement dit, les impôts et les règles de protection sociale peuvent faire en sorte qu’une divergence de prix, et donc de compétitivité, demeure durablement. C’est à ce moment-là que les spécialistes de la question  du dumping social commencent à parler de « la course vers le fond ».

La course vers le fond – une histoire cousue de fil blanc

La course vers le fond en matière de fiscalité ou de protection sociale est un épouvantail très commode utilisé par les étatistes de tout bord quand ils arrivent à court d’arguments. Elle consiste à dire que si on laissait la liberté aux différents États ou entités administratives pour fixer librement le niveau de taxes et de protection sociale, ces derniers tendraient vers zéro, sous la pression de la concurrence. Or, si l’on observe les faits, même au sein de l’Union européenne, on constate que rien de tel ne se produit.

Pour la simple raison qu’à l’instar de ce qui se passe en matière d’harmonisation des prix des biens et des services, la consommation de biens publics et de protection sociale s’établit à des niveaux déterminés par l’offre et la demande de services publics et d’assurance sociale. Personne ne souhaite vivre dans un État où il n’y a pas de routes, de police ou de justice.

Personne ne souhaite vivre dans un système complètement dépourvu de filet de Sécurité sociale. Ainsi, même dans les pays de l’Est où les impôts sont bien plus bas qu’en France, ils sont néanmoins suffisants pour que l’État exerce ses fonctions régaliennes (allez-y pour vous en convaincre, je vous y encourage vivement). De quel droit pouvons-nous vouloir leur infliger notre système qui est peut-être plus sophistiqué en termes « d’acquis sociaux » mais qui a le terrible désavantage de fonctionner à déficit et d’engloutir une partie énorme de la richesse produite dans le pays, tout en laissant aux générations futures une dette insoutenable ?

La politique de l’harmonisation est une politique contre les pauvres

En réalité, la meilleure façon d’aider les pays dans lesquels le prix du travail et la protection sociale sont bas est d’ouvrir les échanges avec eux. Laisser les personnes qui sont suffisamment qualifiées venir travailler dans nos pays développés.

Accepter le commerce avec eux sans tricher, c’est-à-dire sans leur imposer notre fiscalité. Au lieu de cela, nous leur donnons de la charité, sous forme de fonds européens, mais nous ne voulons surtout pas de leur concurrence déloyale de produits à bas prix ou de leur main d’œuvre bon marché, en leur refusant la seule chose qui leur permet de se développer –  leur propre travail.

C’est l’histoire de Mao et du poisson – l’Europe est ce bureaucrate qui donne un poisson par jour aux pauvres en refusant obstinément de leur apprendre à pêcher. Pire encore, pour ceux qui auraient appris à pêcher par leurs propres moyens, l’Europe est là pour réglementer les permis de pêche, le calibre des poissons qu’on est autorisé à pêcher, les heures pendant lesquelles il est permis de sortir en mer et la façon dont on peut vendre son poisson…

Il ne faut alors pas s’étonner si certains pays prennent le large.

  1. Merci beaucoup pour cette article .

  2. Article intéressant, mais qui ne résoud en rien les écarts de prix en France, entre des européens de l’Est venant travailler en France, à un prix de revient très inférieur à celui des entreprises françaises, si on raisonne par l’absurde, imaginons que toutes les entreprises soient touchées par le phénomène, plus aucun salarié français ne pourrait trouver du travail.
    Donc les raisonnements macro-économiques de ce genre, ne résolvent pas les difficultés rencontrées par les entreprises françaises en situation de concurrence. Par ailleurs s’il est vrai que les acquis sociaux sont une des sources des déficits, ce n’est pas demain que les salariés français seront prêts à y renoncer, les vrais déficits il faut les chercher dans la façon dont l’Etat gère le pays, il faut couper dans des dépenses inutiles, et surtout réduire le nombre de fonctionnaires dans certains ministères dans lesquels ils sont en nombre excessifs, il suffit de comparer la fonction publique française avec celles des autres pays européens.

    1. Le salarié français peut s’installer en Pologne, puis venir en France faire concurrence au plombier polonais à armes égales avec une compétitivité accrue du fait de sa meilleure connaissance de la langue et des usages de ses clients.

      1. Oui, d’ailleurs c’est bien connu, beaucoup de plombiers français s’installent en Pologne et travaillent ensuite en France.

        1. C’est donc la preuve que la compétition n’est pas faussée en leur défaveur, CQFD.

        2. Quand on est normal, on ne vit pas et on ne travaille pas en France.

        3. Ben, c’est ce que je fais 🙂
          Mon pote polak m’a formé à prix polonais, et je facture à prix … polonais … ❗ Succès garanti, je peux même employer plein de plombier polonais :mrgreen:

    2. Pinto Robert: « les vrais déficits il faut les chercher dans la façon dont l’Etat gère le pays, il faut couper dans des dépenses inutiles, et surtout réduire le nombre de fonctionnaires »

      Tout à fait d’accord.

      Pinto Robert: « entre des européens de l’Est venant travailler en France, à un prix de revient très inférieur à celui des entreprises françaises »

      La suisse compte 4 fois plus d’étrangers que la France alors qu’elle a des salaires trois fois plus élevés que les salaires français ( sans parler donc des pays de l’Est très présents en suisse)
      Chômage des jeunes : 4%, salaire moyen: 5200 euros.

      Pinto Robert: « ne résolvent pas les difficultés rencontrées par les entreprises françaises en situation de concurrence. »

      Les difficultés des entreprises françaises viennent avant tout de la fiscalité et de la réglementation dues à un état obèse et corrompu.

      Pinto Robert: « Par ailleurs s’il est vrai que les acquis sociaux sont une des sources des déficits, ce n’est pas demain que les salariés français seront prêts à y renoncer »

      C’est pourtant ce qu’ils font: état fiscalité et législation font que les « acquis sociaux » sont médiocres comparativement aux pays libres et ils vont baisser drastiquement au fur et à mesure que les ennuis budgétaires de la France vont s’accroître. Ces « acquis sociaux » ne bénéficieront pas au nouvelles générations, par contre, ils auront la facture.

      1. @ IImryn
        C’est bien le dernier alinéa (« C’est pourtant ce qu’ils font: état fiscalité… ») qui traduit bien le problème en France: je trouve qu’on ne prend pas assez en compte la « médiocre compétitivité » de l’état et de son administration et de ses autorités.

        Et donc en ne prenant jamais assez en compte le carrousel des prélèvements – passage par l’administration – « redistribution » (puisque les politiciens n’agissent que « pour le bien du peuple », c’est bien connu!!!).

        Mais ajouter un intermédiaire a toujours un coût rarement pris en compte sérieusement dans les budgets. Et plus les lois et règlements sont si compliqués, plus il faut prélever pour moins redistribuer: le coût de l’intermédiaire devient prohibitif, même si son but reste, évidemment, « plus de justice sociale »!

        J’ai souvent pensé que la simplification administrative (« anti-complications ») et l’informatisation diminueraient le nombre des fonctionnaires et donc leur coût relatif: peut-être avec le développement de l’intelligence artificielle? ( 🙂

      2.  » La suisse compte 4 fois plus d’étrangers que la France alors qu’elle a des salaires trois fois plus élevés que les salaires français ( sans parler donc des pays de l’Est très présents en suisse)
        Chômage des jeunes : 4%, salaire moyen: 5200 euros.  »

        Et à Genève en plus taux d’étrangers établis, le nombre de frontaliers à plus que doublé en dix ans ce qui n’a pas empêché le chômage de baisser et le taux d’emploi augmenter. Et même si l’emploi frontalier n’est absent de toute pression sur les salaires des autochtones, les salaires de ces derniers et leur condition sociales ne sont pas moins mauvais que dans les autres cantons suisses.

        « Par ailleurs s’il est vrai que les acquis sociaux sont une des sources des déficits, ce n’est pas demain que les salariés français seront prêts à y renoncer »

        Ce qui menaces le acquis sociaux sont les faillites de l’état providence. Et comme vous le dites les français ne sont pas prêt d’y renoncer.

        D.J

        1. La loi Suisse impose une rémunération égale à travail égal pour les travailleurs étrangers. Pourquoi ne pas abroger cette loi et permettre aux entrepreneurs suisses d’améliorer leur compétitivité en embauchant librement tout travailleur au tarif de la zone euro ?

        2. En Suisse, que vous gagniez 6,000CHF ou 20,000CHF votre assurance santé vous coûte exactement le même prix (même tarif vs prestations) et non le double si vous gagnez 2 fois plus.

  3. « Pour la simple raison qu’à l’instar de ce qui se passe en matière d’harmonisation des prix des biens et des services, la consommation de biens publics et de protection sociale s’établit à des niveaux déterminés par l’offre et la demande de services publics et d’assurance sociale. Personne ne souhaite vivre dans un État où il n’y a pas de routes, de police ou de justice. »

    Grosse erreur… ça fait tâche.
    Loi de l’offre et de la demande de biens publics, de protection sociale : vous vivez où ? Où avez vous vu de la concurrence ? Ce n’est pas de la demande mais de la contrainte.

    Boum, tout le raisonnement dégringole.

    1. Pas tout à fait : les petits francais que nous sommes sont bien avides de subsides, d’avantages, de services gratuits et de biens subventionnés. La demande est bien là. Que l’offre soit biaisée pour accroître la demande en un cercle vicieux est vrai cependant.

      1. Sauf que tout cela s’appuie sur le sophisme : « Personne ne souhaite vivre dans un État où il n’y a pas de routes, de police ou de justice. » comme si cette demande avait pour seule solution l’offre publique.

        L’offre n’est pas biaisée « pour accroitre la demande » mais elle monopolise la demande.

        Quand on tient un tel raisonnement (celui de l’auteur) on doit être homogène : ne pas mélanger du marché libre et de l’offre contrainte, ça ne tient pas debout.

        1. C’est clair !

    2. Votre argument n’est pas complètement faux, c’est pas une offre et une demande libres et il y a beaucoup de distorsions, mais il corrobore encore plus la thèse de l’auteur qui consiste à dire que la course vers le fond en termes de services publics n’existe pas. A la limite on peut même parler d’une course vers le plafond….

      1. A terme les services publics disparaîtront et ça en a déjà pris le chemin, donc ni fond, ni plafond… pfft

        1. Il y a longtemps que les services publics n’existent plus. Allez-donc rappeler aux fonctionnaires qu’ils sont les serviteurs de ceux qui les paient, juste pour rire un bon coup.

    3.  » Loi de l’offre et de la demande de biens publics, de protection sociale : vous vivez où ? Où avez vous vu de la concurrence ?  »

      Je pense que l’auteur du billet parlait de choix de l’offre et de la demande que propose différents états pour attirer mains d’œuvres et entreprises. Certains état sont plus attractifs en matières de coût sociaux et de fiscalité que d’autres. Je pense c’est de cette concurrence entre états que l’auteur du billet évoque.

      D.J

      1. L’auteur a écrit « à l’instar » en mettant en équivalence le fonctionnement du marché libre « des biens et des services » (en parlant de prix) et celui des services publics (en parlant de consommation).

        Conjuguer offre et demande avec services publics, faut oser quand même ! Offre et demande ça a un sens quand on parle de marché, pas quand on parle de services gratuits ou tout comme.

        Ce qu’il faut bien voir c’est que si un service est gratuit ou presque (comme tous les services publics) il est payé par la solidarité, c-a-d les impôts de ceux qui habitent sur place.

  4. Chut, il ne faut pas que les francais sachent qu’un polonais à 600/700 euros en Pologne vit mieux qu’eux avec 1400 euros en France … sinon ils deviendraient questionneux sur des sujet « pas du tout important » comme les prix de l’immobilier par exemple

  5. Le problème, c’est d’avoir d’un côté du libéralisme (par exemple autoriser le travail détaché), de l’autre du collectivisme (notre système fiscal et social). A vouloir conserver les deux en même temps, on a tous les inconvénients: les inégalités, le chômage et l’appauvrissement

    1. [quote]Dominogris: « A vouloir conserver les deux en même temps »[/quote]

      Un seul des deux est viable.

      1. [q]Dominogris: « A vouloir conserver les deux en même temps »[/q]

        1. zut, raté… 🙂

          1. Faut utiliser les signes inférieur et supérieur, pas les crochets

            1. Faut utiliser les signes inférieur et supérieur, pas les crochets

              Ach danke…

              1. Faut utiliser les signes inférieur et supérieur, pas les crochets

                Aber… was ?

                1. mhhh nicht gut… même avec les « > »

                  essai

                  1. \ ❓ quoté

                  2. Normalement, la balise était c’était inf quote sup ou inf qote sup mais je n’utilise pas…

                2. Faut utiliser les signes inférieur et supérieur, pas les crochets

                  Voilou

                  1. Faut utiliser les signes inférieur et supérieur, pas les crochets

                    avec blockquote

                    1. avec blockquote

                      Ach cheniale, merci !

  6. « Il ne faut alors pas s’étonner si certains pays prennent le large. » je ne comprend pas comment on peut écrire une tel phrase (et un tel article) sans prendre en compte que les brexiters étaient motivé justement par la concurrence pour la working class anglaise d’immigrés d’Europe de l’est polonais et lituaniens et s’opposaient avant tout a la libre circulations des personnes à l’intérieur de l’union européenne. Je suis libéral mais quel est l’argument des libéraux contre le populisme que la globalisation entraine, que répondez vous au gens qui sont laissé derrière et qui forme une masse électorale ou en colère ?

    1. Où vous avez vu qu’ils étaient motivés essentiellement par ces considérations-là? Non, sérieusement, cela m’intéresse, parce que si vous en aviez la preuve cela enlèverait une épine du pied à tous les analystes qui se cassent la tête (les cons!) à savoir quel était justement le motif principal du vote Brexit…

  7. « Personne ne souhaite vivre dans un État où il n’y a pas de routes, de police ou de justice. »

    Superbe définition de la France.

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