Brexit, NDDL : ces démocrates allergiques à la démocratie

Brexit, NDDL : ces démocrates allergiques à la démocratie By: Christopher Michel - CC BY 2.0

Comme le montre le Brexit ou le référendum sur Notre-Dame-des-Landes, il existe ainsi une tentation de l’intelligentsia de lutter contre le populisme en contestant le vote populaire.

Par Patrick Aulnas.

Brexit, NDDL : ces démocrates allergiques à la démocratie
By: Christopher MichelCC BY 2.0

Les idéologues de gauche ont toujours su, mieux que le peuple, ce qui lui convenait. Le rappel de ce principe de base de l’action politique ne doit heurter personne. Il s’agit d’une vérité première. Les communistes soviétiques ont stoppé le développement économique de leur pays au nom de la dictature du prolétariat. La Révolution culturelle chinoise a fait des millions de morts, officiellement pour la même raison. Ne parlons pas des Khmers rouges cambodgiens qui ont réduit leur peuple en esclavage.

Ces votes qu’ils n’approuvent pas

Ce qui semble nouveau aujourd’hui, c’est la propension de certains démocrates à remettre en cause les votes populaires qu’ils n’approuvent pas. Les vrais démocrates semblent donc désormais savoir mieux que le peuple ce qui lui convient.

Le référendum local organisé en Loire-Atlantique pour consulter la population sur le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes a fourni un résultat sans ambiguïté : 55,17% de votes favorables à la construction de l’aéroport. Les opposants ont d’abord tout fait pour empêcher la consultation. Ils ont contesté devant le Conseil d’État la formulation de la question posée, mais sans obtenir gain de cause. Leur position n’a pas changé après la consultation : le peuple a été trompé par une question ambiguë. Seuls les opposants au projet sont dotés de la clairvoyance nécessaire.

Cécile Duflot, l’égérie de l’écologie politique, invitée sur France-Inter par Patrick Cohen, avait visiblement beaucoup de mal à accepter les règles du jeu démocratique. Reconnaît-elle le résultat ? Réponse « … on va simplement dire la réalité des faits : est-ce que c’est un projet bon pour l’écologie et bon pour le développement local ?  Je pense que non ». Formulation significative d’une pensée, puisque la réalité des faits, c’est tout simplement l’approbation de l’aéroport.

Ce qui est bon ou mauvais pour l’écologie relève d’opinions très divergentes. Le journaliste ironise alors un peu : « Vous êtes les bons. Les autres sont les mauvais. » Cécile Duflot a alors une réponse ad hominem « Je n’aime pas du tout votre façon de réagir (…) Et si je puis me permettre, si vous m’aviez invitée il y a 20 ans, vous vous seriez sans doute, au lieu de faire ce petit regard légèrement méprisant, carrément moqué de moi ». L’idéologie écologiste connaît la vérité, nul besoin d’un référendum.

Revoter le Brexit ?

La contestation du Brexit apparaît aujourd’hui comme un second exemple du même phénomène. Le peuple anglais s’est prononcé clairement. Qu’on le regrette ou qu’on l’approuve, il convient de respecter le résultat de ce référendum et de mettre en œuvre l’article 50 du traité sur l’Union européenne (procédure de retrait) dans un délai raisonnable. La pétition demandant un nouveau référendum ne peut être qu’une plaisanterie. D’ailleurs, elle l’est.

Il s’agit en effet d’une pétition déposée le 25 mai, bien avant le vote, pour proposer un nouveau référendum si le résultat, dans un sens ou dans un autre, n’atteignait pas 60%. Cette pétition n’avait recueilli que quelques signatures avant le résultat du référendum. Si la presse lui donne tant d’écho, c’est uniquement par petitesse journalistique : transformer un problème politique en série à épisodes. Les principaux dirigeants britanniques ont indiqué que cette pétition n’aurait aucun effet. Il n’empêche que le succès de la pétition est significatif : les signataires (plusieurs millions) refusent le résultat du vote populaire.

Les dirigeants britanniques sont particulièrement mal à l’aise face à la profonde division du pays sur ce sujet et veulent temporiser avant de déclencher l’application de l’article 50. Boris Johnson lui-même, leader des pro-Brexit, a déclaré que son pays « fait partie de l’Europe ». Certes, mais une majorité de Britanniques souhaite clairement en sortir.

La constitution européenne de 2005

Un exemple plus ancien doit être cité : le rejet du projet de Constitution européenne en 2005 par le peuple français par 54,67% contre 45,33% de votes favorables. Les Néerlandais, également consultés, avaient voté à 61,54% contre cette constitution. L’unanimité des pays-membres de l’UE étant nécessaire, ces deux consultations ont conduit à l’abandon du projet. Mais le traité de Lisbonne, conclu quelques années plus tard, a repris une grande partie du projet de constitution. Sa ratification ne fut pas soumise à référendum.

Que l’on soit pro-européen (ce qui est mon cas) ou pas, une telle manœuvre choque si l’on est vraiment démocrate. D’autant que la petite coterie de dirigeants européens responsables du forfait n’a même pas perçu le mécontentement profond qu’allait susciter dans les opinions française et néerlandaise une telle vilenie. La maladresse politique s’ajoute au mépris de la démocratie. Voilà le meilleur moyen de discréditer le projet européen. Mais peut-être était-ce l’objectif de certains dirigeants.

Il existe ainsi une tentation de l’intelligentsia de lutter contre le populisme en contestant le vote populaire. Si le populisme, de gauche comme de droite, profite souvent de la naïveté des électeurs, la démocratie ne peut pas consister à remettre en cause le résultat des élections. Il faut faire le pari, qu’en moyenne, la démocratie représentative donne des résultats préférables à tout autre système.

Être convaincu que le peuple se trompe ne suffit pas pour contester sa sentence. Il s’agit même d’un réflexe d’idéologue sûr de l’avenir à construire. Mais l’avenir se construit avec les aléas du présent, pierre à pierre. Le respect de la vox populi peut être ressenti comme une faiblesse de la démocratie, mais c’est aussi sa grandeur.