La fin du « modèle vénézuélien » ? (video)

Publié Par Emmanuel Bourgerie, le dans Amérique latine

Par Emmanuel Bourgerie.

D’habitude, lorsque l’on parle d’économie, c’est souvent très théorique, très abstrait, avec des explications basées sur des courbes et des logiques qui peuvent être contre intuitives. Face à cela, le socialisme a une rhétorique très vendeuse : il y a les ennemis, la classe qui possède, les patrons, face aux pauvres et face à ceux qui n’ont pas le pouvoir ; et la solution est toujours plus de contrôle, plus d’État.

L’exemple pratique de l’effondrement du Venezuela

Pourtant, nous avons un cas très pratique de régime socialiste sombrant devant nos yeux, alors qu’il nous avait été présenté comme modèle durant des années. Après le décès d’Hugo Chavez, il y avait eut un ballet étrange de personnalités politiques, d’éditorialistes, et même de certains économistes qui nous expliquaient que le Venezuela était un miracle économique, et (enfin !) la preuve que le socialisme pouvait fonctionner.

Or aujourd’hui, le Venezuela est au bord de la famine et de la guerre civile, et tous les anciens défenseurs du régimes sont muets sur ce qu’il s’y passe. Tous les concepts théoriques dont on parle en économie ne sont plus de simples théories pour les Vénézuéliens. Ils en sont aujourd’hui rendus à tuer leurs animaux de compagnie pour se nourrir. Comment est-ce que cela a pu se produire ?

Premièrement, il a fallu sortir la planche à billets pour financer tous les cadeaux électoraux, tous les programmes sociaux, et tous les services gratuits que les élus ont promis. Sans surprise, les prix des produits importés a explosé, car aucune entreprise étrangère n’accepte d’être payée avec des billets de Monopoly. L’argent n’est pas la richesse, c’est un outil d’échange. Imprimer des billets ne produit pas de richesses, il la dilue.

Et le pétrole vint à manquer

Ensuite, le Venezuela, l’un des pays les plus riches en pétrole du monde, n’arrive même pas à s’auto-alimenter en énergie. Certains accusent la spéculation, mais celle-ci n’explique que la chute des exportations, cela n’a rien à voir avec l’incapacité d’utiliser le pétrole présent dans leur propre sol. C’est tout simplement dû à la réalité des économies planifiées : le gouvernement n’est pas bon à gérer l’économie. Sans compétition, aucune entreprise ne cherche l’efficacité.

Et enfin, le gouvernement a imposé toute une série de prix pour lutter contre les profits des entreprises étrangères. Nourriture, médicaments, papiers toilette : tout y passe. Bonne idée, non ? Sauf que les entreprises ne sont pas des associations caritatives. Si elles ne peuvent pas réaliser de profits sur leurs ventes, elles vont cesser leur activité. Quand on limite le prix d’un produit, on augmente pas sa production, on ne fait que créer des pénuries.

Mais ce n’est pas pour autant la fin du socialisme. Chaque révolution a eu ses défenseurs inconditionnels. Pensez Venezuela, mais pensez aussi URSS, Cuba ou la Chine maoïste. Tour à tour, ils ont été vendus comme le nouveau “modèle”, avant qu’on ne se rende compte des horreurs qui s’y déroulaient. Maintenant, les apologistes nous expliquent que ce n’était pas du “vrai socialisme”. Quand va-t-on accepter le fait que toutes les expérimentations socialistes tournent systématiquement en dictatures sanglantes ?

Sur le web

  1. +1 @l’auteur , ceci dit , résumer les problèmes et le naufrage de ce pays magnifique à un problème purement politique est un raccourcis rapide.
    C’est aussi un pays qui était tres peu homogène en matière de population : une élite d’origine occidentale (à qq generations) tres formée , dynamique et donc riche (aujourd’hui partie ou presque) et le reste de la population qui n’a pas pu/ voulu ? se former et donc s’élever . La frontière entre les deux étant tres peu poreuse. La seconde partie a la démographie pour elle et donc…… La problématique était la suivante : comment faire pour homogénéiser la réussite dans un pays tres clivé en matière de population ?

  2. Et Iglesias de Podemos, qui a fait ses armes comme conseiller de Chaves, voudrait bien remettre le couvert en Espagne … au nom du principe universel de la gauche : si cela n’a pas fonctionné, c’est bien entendu parce que l’on n’a pas assez essayé.

  3. France 2 passait un reportage sur la catastrophe du Venezuela dans son JT. Ils ont réussi l’exploit de le faire sans jamais parler de socialisme. On voit les fils d’attente, les magasins vides ou remplis des mêmes produits (symptôme évident du socialisme comme on le voyait en RDA ou URSS). Ils ne se demandent jamais comment cela est arrivé, ils constatent. Ce serait à cause de la chute du prix du pétrole!

    1. le vénézuela est maintenant le pays des miss monde à 5 usd.

    2. J’ai vu moi aussi ce reportage et j’ai eu le même sentiment. Le pire, c’est la conclusion des journalistes : le Venezuela sombre dans la pauvreté nom pas à cause du socialisme mais de la corruption des élites. La doxa marxiste est sauve car ainsi les prolétaires ont une nouvelle fois été frustrés de leur révolution par les riches.
      Quand on pense que ces mêmes journalistes ont critiqué la politique de Margaret Thatcher et encensé celle de Hugo Chavez lors de leur décès (mars et avril 2013), on mesure le degré de propagande anti libéral de notre télévision d’état.

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