Brexit : chaque pays doit avoir le droit de quitter l’UE

Publié Par Ferghane Azihari, le dans Europe

Par Ferghane Azihari.

Secession-Puzzle By: Andreanna Moya PhotographyCC BY 2.0

« Aucun peuple ni aucune fraction d’un peuple ne devrait être retenu contre sa volonté au sein d’une association politique dont il ne veut pas faire partie ». (Ludwig von Mises)

Quoi qu’on pense de l’Union européenne, elle a un avantage par rapport aux États-nations : sa  forme politique n’entrave pas l’exercice d’un droit de sécession unilatérale par les collectivités qui la constituent. On ne peut pas en dire autant des échelons politiques nationaux. La liberté d’association  – première des libertés politiques – est pourtant primordiale sans quoi le contrat social n’est qu’une fiction creuse dénuée de toute légitimité.

Après le Royaume-uni, d’autres revendications ?

Une majorité de Britanniques a ainsi jugé bon de rompre le contrat social avec Bruxelles. Le référendum révèle néanmoins une nette fracture entre l’Angleterre et le Pays de Galle d’une part ainsi que l’Écosse et l’Irlande du nord d’autre part. Le Brexit doit-il lier les populations qui voudraient rester affiliées à Bruxelles ?

Le Premier ministre écossais Nicola Sturgeon semble répondre à cette question par la négative. Elle a entamé des discussions avec Bruxelles pour sécuriser sa place au sein de l’Union européenne. Il est donc probable qu’Édimbourg émette de nouvelles revendications sécessionnistes vis-à-vis de Londres en réclamant la tenue d’un deuxième référendum seulement quelques temps après celui du 18 septembre 2014.

Comme prévu, la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne a immédiatement été suivie par une multiplication des revendications sécessionnistes sur le continent. Le Front national français et le Parti pour la liberté néerlandais ont ainsi réclamé la tenue d’un référendum dans leurs pays respectifs. Les partis régionalistes ne sont pas en reste ainsi que le montre la réaction catalane même si le sentiment séparatiste est ici davantage dirigé contre l’État espagnol que l’Union européenne.

Une seule solution : la liberté d’affiliation

Le continent est donc traversé par de multiples rapports de force entre sécessionnistes et unionistes à diverses échelles. Comment alors concilier la diversité des aspirations politiques et se rapprocher ainsi de ce que Milton Friedman appelait « l’unanimité sans l’uniformité » ? La réponse la plus adéquate consiste ici à établir un marché libre des affiliations politiques. C’est ce que l’écrivain belge Paul Émile de Puydt appelait « la panarchie ». Un système ou chaque population serait libre de s’affilier à l’association politique de son choix : une idée également défendue par l’économiste franco-belge Gustave de Molinari au XIXème siècle sous le vocable de « liberté de gouvernement ».

La liberté de gouvernement requiert la reconnaissance d’un droit de sécession aux entités les plus localisées : les municipalités voire les arrondissements et les quartiers. Elles devraient être libres de s’affranchir de leurs tutelles politiques pour demeurer autonomes ou former au contraire des confédérations à de multiples échelles selon leur bon vouloir. On rejoint ici l’idée du fédéralisme radical de Pierre-Joseph Proudhon : un fédéralisme fondé sur une subsidiarité authentique qui tirerait sa légitimité d’impulsions locales.

Les avantages d’une telle configuration institutionnelle seraient évidents. Le droit de sécession est la quintessence de l’État de droit. L’ultime contre-pouvoir. Celui que les constitutionnalistes ont oublié de consacrer. Il soumet les détenteurs du monopole de la violence légale à une plus grande concurrence et constitue le rempart le plus puissant aux mauvais gouvernements.

Les bénéfices du droit de sécession de l’Union Européenne

La consécration d’un tel droit amènerait l’Europe à devenir un espace plus décentralisé. La fragmentation politique induite favoriserait l’émulation entre de multiples administrations en compétition. Cette méthode renforcerait l’expérimentation et la découverte des meilleures politiques publiques entre libéralisme et étatisme, entre libre-échange et protectionnisme. La qualité et la compétitivité des politiques publiques seraient accrues. Les affiliations politiques seraient plus respectueuses des volontés de chacun. Les populations désireuses de mutualiser leurs administrations avec d’autres collectivités seraient en capacité de le faire sans contraindre les plus indépendantistes d’entre nous et inversement. C’est aussi une excellente occasion de tester la consistance des nationalistes si prompts à dénoncer l’impérialisme bruxellois tout en étant obsédés par la volonté d’exercer une domination encore plus féroce sur les populations locales.

Il existe une riche littérature philosophique, politique, historique et économique tendant à confirmer que la concurrence institutionnelle constituent la clef de l’épanouissement des sociétés humaines. Le professeur Roland Vaubel de l’Université de Mannheim s’est adonné à une formidable compilation de cette littérature académique dans un papier dénommé « Histoire de la pensée sur la concurrence institutionnelle ».

À ceux qui rétorqueront que ce schéma est incompatible avec l’indivisibilité des États, nous répondrons simplement que l’unité politique n’est absolument en rien une fin soi. La déclaration des droits de l’homme et du citoyen est à ce propos tout à fait claire « Le but de toute association politique est la conservation des droits imprescriptibles de l’Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression ».  Autant de droits inexistants si la participation à ces associations n’est pas subordonnée à la volonté des membres qui les composent.

  1. Brexit Gagnant !

    « L’Express » titre : « Brexit : pour les politiques français, c’est haro sur l’Europe « technocratique ». »

    Un peu plus loin ̶ à propos de ceux que de Gaulle surnommait les « politichiens » ̶ , et qui tentent aujourd’hui de sauver leurs gamelles, on peu lire : « De la gauche à la droite, la classe politique française, même europhile, appelle ce vendredi matin (24 juin) à un changement de fonctionnement des institutions européennes après la victoire du Brexit. Parfois avec des accents populistes qu’on ne leur connaissait pas toujours. »

    Comme quoi, tout bouge et tout arrive… même l’inconcevable victoire de la volonté d’un peuple qu’on a voulu mettre à genoux.
    Résultat : hier gravée dans le marbre européiste, la vulgate d’une UE en décomposition avancée commence aujourd’hui à tomber… en poussière.

    Conclusion : encore quelques vigoureux coups de balai de type Brexit, et les bulldozers du IVe Reich d’une UE technocratique de la désolation citoyenne pourront aller se reposer à Canossa. Définitivement !

    Après ?

    Eh bien, un Frexit ! Un ! Chaud devant !

    1. En attendant d’être bouffés par les chinois, les indiens, par dautres, en attendant de disparaître.

      1. Pure sophisme, le classique, ok il y a un grand danger alors il faut tout accepter, Singapour disparait il? Brunei disparait il? La Tailland disparaît elle, le Bahrein? la Corée du Sud?

        Et bien non et au contraire ses pays plus proche de l’Inde et la Chine on une vraie existance? Une souveraineté nationale veritable et pour certain un véritable libéralisme.

        Chacun de ses pays est bien plus souverains que ceux de l’UE.

        Ensuite l’argument d’exister c’est quoi? pourcentage de la population? du PIB? Perso je préfére être dans un Etat riche avec peu d’habitant qu’un grand et pauvre, plus me plairais d’être citoyen de Monaco que de la RDC désolé.

        Et si c’est un PIB plus ou moins idem, mieux vaux avoir un PIB à moins de 10 millard mais avec près de 170000 par habitant qu’être Indien, dans un pays avec des billons (en Français) de dollards de PIB mais quelques milliers de dollars par habitants en PIB annuel.

  2. Le 23 juin 2016, les Britanniques ont choisi de quitter l’Union Européenne à 51,9% des suffrages exprimés. Il ne s’agira donc pas de réfléchir considérément aux conséquences du Brexit pour l’Europe et pour le Royaume-Uni, mais de réagir sans excès au premier divorce entre l’UE et l’un de ses membres. http://goo.gl/7zpC1E

  3. Humm.
    Au Royaume Uni il y a aussi un profond clivage selon l’âge (jeunes-remain, vieux-leave), et selon le lieu de vie (ville-EU, campagne-UK).
    La liberté d’affiliation politique aussi variée qu’un tartan écossais pourrait avoir du mal à se réaliser sur un territoire commun.
    Comment, dans mon village, mon quartier, mon coin de campagne, puis-je réclamer tel ou tel aspect du droit (appartenance à l’UE, gestion propre de la,propriété foncière ou industrielle, taxation spécifique, etc.) alors que mon voisin d’en face, du village d’a cote, qui habite de l’autre côté de la rivière fait partie d’une libre association qui développe des positions opposées, parfois incompatibles avec les miennes ?
    Va-t-on mettre des péages, des frontières, un peu partout ?
    Qui va me fournir l’électricité, comment vais-je pouvoir me déplacer ?
    Comment envisager mon avenir économique, social, sociétal, politique si le « territoire narional » devient mité de toutes parts ?

    On a revien aux concepts de corporations, de guildes, de classes d’habitants privilégiés (par eux-mêmes).
    Pourquoi pas. Mais sans moi…

    1. Tout à fait, je vais vous faire une confidence, si je ne suis pas censuré, j’ai peu de temps pour cela, mais j’écris une série de livre sur le sujet. En résumé pour moi l’esprit du libéralisme n’est pas née à la Révolution ni avec les « lumières écossaise » mais bien à la fin du haut moyen âge début de la période médiévale (autrement dit vers l’an mille).

      C’est un peu long à expliquer et je le développe largement dans mes livres qui sortirons sans doute dans plusieurs années, mais globalement l’esprit Grec ou Romain est fondamentalement différent de nous sur bien des plans et on imagine rarement ce qu’est le moyen âge par exemple, le concept par exemple de société ou de personne physique n’existe vraiment qu’avec le moyen âge avant il n’y avait rien de tel.

      Une charte communal j’en conviens c’est bien moins retentissant qu’une déclaration solennel pour un contiennent voir le monde, mais c’est plus proches des réalité et contractuel. Je ne vais pas trop écrire pour augmenter les chances que mon message passe.

      1. Rapidement sur les corporation je veux éliminer une imprécision. Les gens donne souvent au terme sa conception Musolinienne ou à quelques différence près Salazarienne, à savoir monopole national d’un secteur de l’économie par un syndicat gouvernemental (ou une confédération de professionnel chez Salazare).

        En fait la corporation en France sous l’ancien régime est un corps de métier ayant des règles et des lois interne propre uniquement à eux même qui sont reconnu comme entité juridique par la juridiction locale, que ce soit communale, provinciale, ducale, Baronnale, Prévotiale, du Baillie, du Pays d’Etat ou même nationale (enregistré au parlement de Paris, qui n’est pas l’autorité communale qui est elle le « conseil des Bourgeois »).

        Le code des Seigneur approuvé par le roi rapporte qu’on peut aussi utilisé ce terme dans un sens plus restrictif à savoir société qui est incorporé au parlement.

        Le corporatisme traditionnel est d’ailleurs un système qui existe à Macao de fait et qui est resté à la City de Londre qui n’est rien d’autre qu’un vestige de l’époque féodale, de fait Paris avant 1789 avant un système très proche de celui de la City.

    2. Oui l’applicatif des méthodes envisagées n’est pas développé, on comprend pourquoi.

  4. Il faut quand même qu’on m’explique le nationalisme écossais, dont l’objectif serait de ne pas perdre sa vassalité envers l’UE… Tout ça sent, pour moi, la liberté de choisir son seigneur et maître, suzerain et protecteur, plus que le libre-arbitre et le libre-échange.

    1. Rapidement sur les corporation je veux éliminer une imprécision. Les gens donne souvent au terme sa conception Musolinienne ou à quelques différence près Salazarienne, à savoir monopole national d’un secteur de l’économie par un syndicat gouvernemental (ou une confédération de professionnel chez Salazare).

      En fait la corporation en France sous l’ancien régime est un corps de métier ayant des règles et des lois interne propre uniquement à eux même qui sont reconnu comme entité juridique par la juridiction locale, que ce soit communale, provinciale, ducale, Baronnale, Prévotiale, du Baillie, du Pays d’Etat ou même nationale (enregistré au parlement de Paris, qui n’est pas l’autorité communale qui est elle le « conseil des Bourgeois »).

      Le code des Seigneur approuvé par le roi rapporte qu’on peut aussi utilisé ce terme dans un sens plus restrictif à savoir société qui est incorporé au parlement.

      Le corporatisme traditionnel est d’ailleurs un système qui existe à Macao de fait et qui est resté à la City de Londre qui n’est rien d’autre qu’un vestige de l’époque féodale, de fait Paris avant 1789 avant un système très proche de celui de la City.

  5. Exact !
    Chaque nation a le droit de quitter l’Europe. Cela dit, le royaume uni doit confirmer au plus vite sa décision. Ensuite plus rien de se qui se passe dans l’Europe ne les concerne. On négocie vite et objectivement les modalités de sortie. Ensuite les anglais sont des etrangers. On ne leur doit rien, ils ne nous doivent rien et on a des relations au mieux de nos intérêts mutuels.
    Les relations entre les anglais les écossais, les irlandais sont leur affaire. Si l’ecosse s’affranchit de la tutelle du royaume uni, accueillons la.

  6. Oui pourquoi pas avec en préambule l’idée que les corporations coercitives se trouvent à un endroit précis d’où on peut se séparer.
    C’est vrai dans certaines parties du monde, mais pas dans nos pays.

    Des Hollande et des Mélenchon ont en a partout dans nos villages, villes, places, associations, les combats pour la liberté ne sont plus géographiques.

  7. Chaque peuple a le droit de quitter l’Europe avec ou sans referendum. Mais il faut dans ce cas présenter des arguments valables et vrais, ce qui n’a pas été le cas au Royaume-Uni et a floué un grand nombre d’électeurs. En France, il semblerait que l’ignorance soit aussi de mise!

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