Indépendance de l’Écosse : de la fiction à la réalité [Replay]

L’Ecosse avait voté son maintien dans le Royaume-Uni il y a 2 ans.

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Indépendance de l’Écosse : de la fiction à la réalité [Replay]

Publié le 25 juin 2016
- A +

Par Alice Touinine.

indépendance Ecosse credits the justified sinner (licence creative commons

À onze jours du référendum du 18 septembre sur l’indépendance de L’Écosse, le Sunday Times, révèle une enquête de l’institut YouGov, qui attribue une majorité de voix en faveur de l’indépendance, 51% de « Yes » contre 49% de « No » (ne tenant pas compte des électeurs indécis). Deux jours plus tard un nouveau sondage place les camps opposés à égalité, 38% pour le « oui », 39% pour le « non ». Cette montée spectaculaire des partisans de l’indépendance donne du fil à retordre au gouvernement Britannique, jusqu’alors peu préoccupé par l’enjeu écossais (le non, ayant 22% de points d’avance il y a encore un mois). « Une victoire du « oui », semble à présent une réelle possibilité ! », affirme Peter Kellner, patron de l’institut YouGov dans le Guardian.

L’indépendance : qui la veut et pour quelles raisons?

C’est le Parti National Écossais (SNP), majoritaire au Parlement semi-autonome écossais et classé centre-gauche, qui milite principalement pour l’indépendance. Créé en 1934, il connait une montée en puissance dans les années 70, faisant du sujet de l’indépendance un débat récurrent. Depuis 1999 (année où L’Écosse, l’Irlande du Nord et Le pays de Galles ont acquis une autonomie accrue et créé leurs propres parlements), le SNP s’indigne de ne pas pouvoir intervenir pleinement dans l’économie écossaise, dans la fiscalité, la défense et les affaires étrangères, qui restent du ressort du Parlement de Westminster.

L’argument principal du SNP en faveur de l’indépendance dans le débat actuel est de proposer une alternative à « l’austérité » mise en place par le gouvernement de David Cameron. Selon le leader, Alex Salmond, l’autonomie économique écossaise pourrait se fonder sur la richesse de ses ressources naturelles (90% des plateformes off-shore du Royaume-Uni se situe dans les eaux territoriales écossaises). Il est vrai qu’en février 2014, le Financial Times notait que le PNB par habitant en Écosse était plus important qu’en France (en considérant la part du gaz et du pétrole), ou qu’en l’Italie (en ne prenant pas en compte les ressources naturelles). L’économie écossaise affiche d’autres forces : en avril, son taux de chômage était de 6,6% (comme au Royaume-Uni), son déficit public inférieur au reste du Royaume-Uni, et le territoire continue d’attirer de nombreux projets d’investissements directs étrangers ! Si la croissance économique reste parfois fragile, les défenseurs de l’indépendance ont un argument tout trouvé : c’est parce que l’Écosse est empêchée de déployer son plein potentiel économique par la capitale anglaise !

L’opposition au Royaume-Uni

Londres, bien sûr se défend. « Si nous perdions l’Union [avec l’Écosse], ce ne serait pas seulement un désastre pour l’Écosse, mais une humiliation nationale aux proportions catastrophiques », a tonné le député conservateur Edward Leigh, mercredi aux Communes. David Cameron, qui se rend en Écosse pour faire campagne, s’est prononcé au Sommet de l’OTAN, s’adressant aux électeurs écossais, pour leur rappeler l’importance de L’Union face à la menace terroriste : « dans ce monde dangereux, où les terroristes menacent, n’est-il pas préférable de faire partie du Royaume-Uni qui possède l’un des budgets de défense les plus élevés du monde ? ». Pour tenter de sauvegarder l’Union, les trois grands partis du Westminster (Tories, Travaillistes et Lib-dep) se sont rassemblés dans la campagne « Better Together » (Mieux Ensemble), en opposition à « Yes Scotland ».

Selon le Times, la Reine est également très inquiète de la perspective d’une sécession de l’Écosse, dont elle est la souveraine, craignant être la dernière à régner sur le Royaume-Uni, tel qu’il existe aujourd’hui.

Quel avenir pour l’Écosse, l’Angleterre et l’Europe ?

L’éventuelle séparation de l’Écosse suscite à Londres des craintes réelles (défense, monnaie, pensions), inquiète les marchés et pose de très nombreuses questions.

Symboliquement le choc serait rude pour le Royaume-Uni : en cas de sécession de l’Écosse, il perdrait 30% de son territoire actuel et 8,4% de sa population (l’Écosse compte 5,22 millions d’habitants). Et que faire de l’Union Jack sans sa couleur bleue, qui représente l’Écosse ?

Politiquement, la victoire du « oui » pourrait également représenter une lourde défaite pour le Premier Ministre David Cameron – qui a déjà exclu toutefois de démissionner dans cette hypothèse. Les Travaillistes ne se voient pas non plus favorisés : 40 de leurs 225 députés à la Chambre des Communes sont écossais.

La question de l’entrée de L’Écosse dans l’Union Européenne serait également périlleuse. Si Alex Salmond souhaite ardemment que l’Écosse adhère à l’UE, cette demande entraînerait le déclenchement d’un lourd processus d’approbation à Bruxelles, à l’issue incertaine. Une telle éventualité est estimée « extrêmement difficile, voire impossible », par le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. Mariano Rajoy, chef du gouvernement espagnol, s’est lui déjà prononcé contre – inquiet que cela puisse constituer un précédent pour les régions espagnoles : le vote se fera à l’unanimité des 28 pays membres de L’UE.

Les conséquences les plus lourdes seraient évidemment économiques : l’Écosse concentre 97% des réserves pétrolières et 56% des réserves gazières, qui constituent 20% du PIB de l’Union. La question monétaire se poserait également : si les indépendantistes veulent garder la livre sterling et mettre en place une union monétaire entre Edinbourg et Londres, les partisans du « non » doutent de la possibilité d’un tel scénario.

La place du Royaume-Uni dans l’arène internationale pourrait être altérée. Le SNP a annoncé, qu’en cas d’indépendance, les quatre sous-marins nucléaires britanniques situés dans la base écossaise de Faslane, devraient lever l’ancre d’ici 2020, ce qui aurait un coût astronomique de 10 milliards d’euros, alors même que le budget militaire subit une cure d’austérité. L’Écosse quant à elle, devrait déterminer sa place au niveau international, choisissant ou non de devenir membre d’organisations telles que les Nations unies ou l’OTAN. Le vote écossais sera lourd de conséquence. Un « oui » serait un grand saut dans l’inconnu.

Sources :


Sur le web.

 

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  • Une scission donne nécessairement naissance à des Etats plus petits.

    Elle conduit donc à une amélioration de la subsidiarité et une plus grande concurrence entre les Etats en terme d’efficacité ou de services. Des Etats plus petits sont aussi moins tenté par l’aventure de l’interventionnisme à l’étranger, ont une classe politique plus réduite et plus proche de la population, et ne peuvent prétendre aspirer à régenter le monde. S’ils sont mal gérés on acceptera également plus facilement leur mise en faillite.

    Le seul défaut des petits pays est la propension de leurs élites à faire preuve de veulerie et se coucher devant les puissants. Il convient aux citoyens d’y mettre bon ordre.

    Donc OUI à l’indépendance de l’Ecosse, même si elle paraît très peu problable, et lancée pour de mauvaises raisons.

    • Oui enfin il y a quand même pas mal de petit États qui font les cons : Nauru, Cuba, Kiribati, îles Salomon, Sao Tomé-et-Principe, Haïti, Lesotho, Micronésie, Togo, Sierra Leone, etc.

      A contrario certains gros États fédéraux se portent relativement bien : Australie, Canada…

      Dans l’Histoire il y a une tendance globale à l’entropie, mais parfois il y a des sursauts de néguentropie.

  • Il faut dire que les indépendantistes écossais d’aujourd’hui n’ont plus rien à voir avec ceux qui, à l’époque de Walter Scott, luttaient de toutes leurs forces pour empêcher leur système chéri de liberté d’émission monétaire d’être aboli et confisqué au profit du monopole de la Banque d’Angleterre. Le SNP est un parti de petits aspirants-rentiers fatigués de travailler, rêvant de pouvoir appliquer les recettes d’Hugo Chavez à l’échelle écossaise. Le plan de base consistant à s’assoir sur ses deux fesses, et à financer de généreux programmes sociaux et une jolie administration avec l’argent du pétrole, qui permettrait de se la couler douce et de ne plus devoir se fatiguer à produire quoi que ce soit, car les magasins se rempliraient tout seuls avec les produits importés. Comme au Vénézuela, quoi. Et bon-papa de Bruxelles s’occuperait de toute la paperasse. Enfin, ça, c’était juste avant la chute des cours, et le spectacle des magasins vides à Caracas. Depuis lors, le programme est devenu un peu plus flou.

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