Bac 2016 : à quand un handi-bac ?

Publié Par h16, le dans Édito

Marronnier obligé de la fin d’année scolaire, le baccalauréat occupe une partie des radios, des télés, des journaux et des sites web plus ou moins inspirés. Depuis quelques années cependant, on remarque une nette tendance à mettre en avant les déboires des candidats, surtout lorsque ceux-ci, finauds, utilisent les réseaux sociaux pour faire connaître leurs griefs.

Là où, il y a encore dix ans, à la faveur d’un reportage aussi télévisuel que journalistique, on s’occupait un peu des pleurs des candidats malheureux devant les panneaux de résultats, la nouvelle bonne idée du moment consiste à revenir en détail sur les épreuves elles-mêmes et sur les difficultés que ces candidats ont rencontrées. Et là, pas question de louper l’occasion de donner la parole aux bousculés du système, qui se seront d’ailleurs bruyamment fait entendre au moyen de pétitions tonitruantes.

Cette année n’échappe pas à la tradition qui s’installe : comme l’année passée où la « question M » avait déclenché un prurit pétitionnaire virulent, il s’agit cette fois d’une violente poussée d’urticaire signatural au sujet d’une vilaine méchante question. Et tout comme l’année dernière où la pétition concernait l’anglais, cette année encore, l’anglais est à l’honneur.

La question qui pique porte sur un un extrait du roman d’Alice Hoffman, The Museum of Extraordinary Things qui décrit l’urbanisation du quartier de Manhattan au début du XXe siècle, en évoquant aussi l’Hudson et Harlem, ainsi que les nombreux gratte-ciels de la ville.

Pour les candidats, il s’agissait dans un premier temps d’indiquer dans quelle ville se déroule l’histoire. Pour nos chatons conquérants de la langue de Shakespeare (note aux plus jeunes lecteurs : c’est un auteur anglais, pas un personnage de jeu vidéo ni un acteur porno), c’en est bien trop : l’épreuve verse inutilement dans la culture générale et la nécessité de connaître l’architecture new-yorkaise. Or, pour des petits jeunes qui n’ont qu’un accès fort limité à la culture moderne (nous sommes en France, je vous le rappelle), il leur est difficile d’imaginer que Manhattan puisse être un quartier de New-York ou qu’on y trouve Harlem, l’Hudson ou des immeubles en alignements rectilignes.

À l’évidence, la question A n’a pas lieu d’être !

gifa - ron swanson 1

Petit-à-petit, un rituel s’est donc mis en place.

Étape 1 : la déconfiture.

L’épreuve passée, plusieurs élèves (généralement, pas les lumières) se rassemblent et constatent tous qu’ils ont bêtement séché sur l’une ou l’autre question, l’un ou l’autre aspect.

Étape 2 : « ce n’est pas normal ! »

Très vite, l’évidence fait jour : parce qu’ils n’ont pas compris, parce qu’ils n’avaient pas cette indispensable connaissance que le sujet présupposait naïvement, leur moyenne est compromise, leur avenir est en danger. Le précieux sésame universitaire ne leur sera probablement pas accordé, alors que tout dans leurs têtes indiquait que le bac n’était qu’un rite de passage et qu’il n’était plus guère conditionné qu’à la présence de poils pubiens sur les corps frétillants de nos adulescents. L’échec étant impossible, le bac étant dû, la question insoluble de l’exercice apparaît alors pour une erreur de la froide administration, qui n’est d’ailleurs pas en reste pour en produire régulièrement.

Et si ce n’est pas une erreur, c’est, tout simplement, une provocation. Oui, une véritable provocation !

gifa - ron swanson 2

Étape 3 : la pétition.

La douleur est forte, insoutenable même. Et comme le 50/50 ou le coup de fil à un proche ne sont pas possibles, la seule réponse envisageable est, bien évidemment, l’appel au public. Quoi de mieux qu’une pétition ? Moyennant l’utilisation habile de sites plus ou moins putassiers destinés justement à faire entendre les moindres cris, conjointement à la pratique des réseaux sociaux (massive pour nos adulescents en pleine révolte existentielle), l’appel prend immédiatement des proportions importantes : entre ceux qui n’ont effectivement pas compris l’épreuve et la question infamante, et ceux qui, ayant de toute façon échoué, s’en trouveraient fort aidés de la voir annulée, rapidement, c’est la bousculade au portillon des signatures.

Etape 4 : la médiatisation.

Il suffit ensuite de laisser mijoter quelques heures. Les candidats au rattrapage par vox populi sont nombreux et sans nul doute, la pétition gagne en importance. Les médias traditionnels, exsangues de lecteurs et de principes, se jettent sur cette médiocre nouvelle comme la misère sur le pauvre monde et lui donnent alors le retentissement maintenant habituel de ce genre d’opérations de sauvetage.

C’est génial : tout ceci est rôdé comme un spectacle comique. On attend le bac 2017 pour découvrir quelle question de quelle épreuve déclenchera une nouvelle salve de protestations ridicules, mais on peut compter sur nos amis journalistes pour la relayer.

sad cat - bac trop dur

En revanche, on devra sans doute attendre un peu pour que les blancs-becs qui lancent ces initiatives consternantes se prennent la sévère branlée qu’ils méritent amplement.

Malgré la timide présence de quelques tweets, ici et là, pour railler l’indigente pétition, il ne semble pas encore venu le temps pour les médias de rentrer vertement dans le lard de ces petits choux bousculés, et c’est donc avec un sentiment d’agacement de plus en plus fort qu’on est, cette année encore, obligé de se cogner leurs chouinements grotesques.

Parce que le plus beau, c’est que, tous les ans maintenant, on finit par donner raison d’une façon ou d’une autre à ces pleureuses de cinéma, soit officiellement (et on baisse alors le barème de l’exercice incriminé, voire on n’en tient plus compte du tout), soit officieusement (et on ré-étalonne discrètement les notes sans le dire en poussant à la plus grande largesse des correcteurs, voire à leur laxisme le plus douillet). La pétition, même idiote, paye, surtout si elle finit par être médiatisée.

Pourtant, il faudra bien faire comprendre à nos adulescents fragiles, par voie de presse peut-être, que non, les questions du bac (que ce soit en anglais ou dans les autres matières, du reste) ne sont pas trop complexes. Elles sont en réalité bien trop simples : le niveau moyen du bac n’a pas arrêté de chuter pendant qu’augmentait sans cesse la quantité de semi-lettrés qui parvenaient à le décrocher.

Pourtant, il faudra bien leur faire comprendre que l’échec est aussi un apprentissage, qu’il est même indispensable pour savoir ce qu’il faut corriger, et qu’il permet justement d’étalonner ses connaissances. Le renoncement, que dis-je, l’aversion à l’échec est devenu si fort dans la société française qu’elle s’est durablement calcifiée sur l’absence de toute prise de risque, de toute tentative d’amélioration et s’est donc contenté d’une médiocrité maintenant si institutionnelle qu’elle est ancrée dans les esprits des plus jeunes.

Et alors que cette médiocrité devrait normalement se faire terrer de honte ceux qui en sont victimes, ces imbéciles frétillants l’affichent presque fièrement en affirmant haut et fort avoir échoué parce que leurs connaissances sont dramatiquement lacunaires, et qu’ils s’en foutent mais veulent leur bac, merdalors. Pire que tout : les voilà maintenant, armés de leur orthographe digne d’un CM2 dissipé, réclamer qu’on leur organise des épreuves taillées sur mesure, pas trop violentes en termes de longueur, de contenu et de connaissances présupposées pour tenir compte de leur formation indigente.

À ce rythme, à côté d’un bac déjà dévalorisé, on va devoir organiser un handi-bac pour ces semi-habiles, afin que tous, de façon indiscriminée, puissent repartir avec le bout de papier officiel signifiant que eux aussi ont gagné quelque chose à l’école des Fans de la République. Et quand tout le monde sera enfin dans l’élite, l’égalité sera atteinte, grand porridge froid où s’ébroueront joyeusement ces larves.

Charmante perspective.

chaton youpi encore une mission réussie
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Sur le web

  1. « Et comme le 50/50 ou le coup de fil à un proche ne sont pas possibles, la seule réponse envisageable est, bien évidemment, l’appel au public. ».

    Enorme. J’ai failli m’étouffer en riant. Merci.

  2. Idem ! Terrible de voir quel niveau de médiocrité est atteint…Quand je pense que mon fils passe le bac dans 3 ans, je frémis, surtout avec les idées impures et les livres obscènes que je lui préconise…Je pense que je vais être convoqué par la Kommandantur, heu le Rectorat plus qu’à mon tour !

  3. Je lance ici une pétition contre les inutiles et exaspérants gifs animés de h16 qui rendent la lecture inconfortable.

    1. Je vois que vous êtes comme moi: ces gif animés sont une horreur.

      Heureusement, si vous utilisez Firefox, il est possible de les désactiver dans le navigateur:

      – Appeler la page de configuration en tapant « About:config » dans la barre d’adresse
      – Valider le message d’avertissement
      – Changer la valeur « image.animation_mode » mettre à none = Désactivation des animations gif

      Et voilà … fini les gifs qui grouillent sur la page et empêchent la lecture.

      NB: ça marche aussi pour les smiley dont certains sites et utilisateurs usent et abusent.

      1. Merci du tuyau. Je suis sur Chrome, mais il y a surement une manip analogue.

  4. ce pays est foutu …. 😂😂

  5. Le problème c’est quand ils arrivent en fac avec un concours genre P1 médecine et là, c’est l’hécatombe.

    Ils s’inscrivent alors dans des filières sans concours, mais aussi sans avenir, et finissent chômeurs avec bac +6

  6. Nouveau marronnier à succès de la presse-réalité subventionnée : les chtis et les marseillais passent leur bac ! Vive l’exception culturelle !

  7. Ce qui me consterne dans cette affaire est que la question de culture générale était probablement prévue pour permettre à ceux qui ont un niveau moyen de glaner un ou deux points supplémentaires en donnant la bonne réponse dans une phrase correcte.

  8. Alors que la personne qui tient lieu de ministre de l’EN réclame « la notation bienveillante » pour tous (quand existe la notation) lors du parcours scolaire, vous ne voulez tout de méme pas qu’au bac ce soit différent?
    Passons d’ailleurs sur cette expression « notation bienveillante » qui montre à elle seule toute l’incompétence de son auteur: la bienveillance se réfère à des personnes, et en l’occurence l’enseignant doit se montrer bienveillant envers tous ses élèves en les encourageant. Là doit être l’égalité si chérie de la ministre. La notation, elle, se doit d’être juste.

  9. Heureusement que le ridicule ne tue pas, sinon nos bacheliers auraient a faire face à une catastrophe humanitaire.

  10. Dans la jungle, pour survivre il faut connaître les plantes, en France il faut savoir gémir, se plaindre et emm… le monde.

    Ça démontre qu’ils ont parfaitement bien assimilé les pratiques usuelles du corporatisme français actuel.
    Le problème ce ne sont pas ces jeunes mais le système qui induit ce genre de comportement.

  11. Attendez, j’ai pas tout compris, c’était pas, déjà, le handi-bac?

  12. Quand je vois le nombre d’anciens (la génération de mes parents ou celle d’avant) n’ayant pour seul diplôme que le Certificat d’études (pour accéder à la 6ème) et leur niveau en calcul mental et écrit, leur orthographe (ma grand-mère corrigeait à coup de couteau) leur culture générale je me dis qu’on a loupé un truc, et pourtant au milieu il y a le BEPC, qui était obligatoire pour accéder au lycée.
    Il faut dire que les jeunes ne s’intéressent plus à la culture générale, ils ne pensent qu’à twitter et facebook, ou pour certains autres à Minecraft. Le Reste est inutlie.
    Je ne connais pas le programme d’économie, et à part mes connaissances succintes de seconde, quand je vois dans les « perles du bac » que le libre échange c’est quand tout le monde couche avec tout le monde, je rigole parce que c’est drôle ou osé/provocant, mais je frémis parce que c’est triste à ce niveau vu que quand même ça a dû être vagument évoqué pendant l’année. Ou alors le prof est bizarre !

    L’être humain apprend par l’échec. Cependant, s’il avait trop souvent échoué il n’aurait pas survécu. Si deux individus qui n’ont jamais connu l’échec se rencontrent sur un terrain de foot par exemple, ou un tatami, il y en a un des deux qui va déchanter. Soit il pleurniche et reste à son niveau, soit il se bouge et progresse. Le système de notation est vu comme une sanction négative mais surtout comme un classement des élèves dès leur première évalutaion de l’année. Pour avoir été dans les deux extrémités de classement, au top et tout en bas dans deux matières différentes en seconde, je dis que là où j’étais misérable, je ne suscitais ni considération ni intérêt de la part la prof, qui a passé le reste de l’année à jeter mes copies sur ma table sans même me regarder ou faire un commentaire. Evidemment, en ayant la meilleure moyenne de la classe dans l’autre matière, j’étais catégorisé comme « chouchou » de la prof, jouissais d’un petit privilège et de son attention ce qui faisait râler les 31 autres garçons de la classe. J’étais loin d’être la « tronche » de la classe. Mon faramineux 4 en philo, en terminale, m’a valu le dédain de la soi-disant prof de philo, qui n’a eu aucune autre évaluation à corriger, du fait que je refusais de lui rendre d’autres copies. Je boycottais ses cours aussi. Malgré mon crash aux épreuves de français, mon 4 à l’épreuve de philo, j’ai quand même eu mon bac avec plus de 11 de moyenne. Mais bon il était facile.

    1. STF: « Si deux individus qui n’ont jamais connu l’échec se rencontrent sur un terrain de foot par exemple, ou un tatami, il y en a un des deux qui va déchanter. Soit il pleurniche et reste à son niveau, soit il se bouge et progresse. »

      Si le foot récompensait ceux qui gémissent et punissait ceux qui se bougent, la donne serait très différente.
      Ces jeunes ont parfaitement compris comment évoluer dans la société française actuelle.

  13. Pierre Kirool (émigré)

    Ces bacheliers ont tout compris à la France d’aujourd’hui.

  14. Le bac est quand même un des 5 examens les plus difficiles de l’ocde.

  15. et ça vaut trois point de plus car la « participation » à la pétition est une preuve d’un engagement citoyen.

  16. Merci h16 pour de morceau de bravoure, mes larmes de rire sont à peine séchées. Je constate chaque jour, à 72 ans passés, que l’expérience est acquise grâce aux échecs (à croire que l’apprentissage doit se faire avec une certaine souffrance), ainsi par que celle gratuite des autres. La vie est une perpétuelle compétition et ceux qui la refusent ou bien font semblant doivent se contenter de ce qu’elle leur laisse. J’ai déjà proposé que le torche cul qu’est devenu le diplôme du bac soit utilisé comme fond de papier à lettre pour l’acte de naissance.

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