Brexit : la phobie de l’immigré fait une victime

La mort de Jo Cox par un nationaliste fanatique à quelques jours du référendum sur la sortie du Royaume Uni de l’Union Européenne rappelle à quel point le discours de haine a pu colorer le débat.

Par Thierry Godefridi.

Brexit : la phobie de l'immigré fait une victime
Nigel Farage By: Euro Realist NewsletterCC BY 2.0

N’en déplaise au Président du parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, Nigel Farage, « Monsieur serpillière humide », suivant l’insulte qu’il lança dans l’hémicycle du Parlement européen à l’ancien Président du Conseil européen, le Financial Times du weekend a consacré un brillant éditorial au décès tragique de la députée travailliste pro-européenne Jo Cox dont l’assaillant aurait perpétré son acte en vociférant « Britain first ».

Le courage de Jo Cox

« Jo Cox était une jeune et courageuse parlementaire du parti travailliste. Son meurtre a consterné des millions de personnes en Grande-Bretagne et par-delà ses frontières. Cette femme mariée, âgée  de 41 ans et mère de deux jeunes enfants, a été la victime d’un acte insensé de haine », écrit le grand  quotidien financier britannique. Avant d’entrer au parlement, la parlementaire avait œuvré dans des organisations de bienfaisance et visité des endroits dangereux, y compris l’Afghanistan.

Elle menait une campagne infatigable en faveur des réfugiés syriens, une cause négligée par le reste de la classe politique en Grande-Bretagne. Même si le Financial Times estime prudemment qu’il est trop tôt pour se prononcer définitivement, comment pourrait-on ne pas faire le lien entre l’assassinat de la parlementaire et les arguments développés par les partisans d’un retrait de l’Union européenne sur le thème dominant de l’immigration ?

« Le meurtre de Madame Cox devrait constituer un rappel que la démocratie est une chose fragile, conclut le journal britannique. Le chemin de la civilisation à la barbarie est beaucoup plus court que beaucoup en Occident ne l’imagine. Dans son discours inaugural lors de son accession au parlement l’an dernier, la députée assassinée déclara que ‘nous sommes beaucoup plus unis et avons beaucoup plus en commun les uns avec les autres que de choses qui nous divisent’. S’il n’y avait qu’une seule chose à laquelle sa mort pouvait servir, ce serait que le public britannique tienne maintenant compte de ces paroles. »

N’y a-t-il pas là aussi une leçon pour tous ceux dont une stratégie de haine et de division tient lieu de programme politique ou social et dont le discours de réduction identitaire et de repli sur soi exploite le sentiment d’insécurité et d’autres instincts les plus primaires de leurs électeurs et cache en vérité le manque de vision et de courage, et l’absence de projet porteur d’avenir ?