L’État sans autorité de François Hollande

Publié Par Philippe Bilger, le dans Politique

Par Philippe Bilger.

Sous la présidence de Nicolas Sarkozy, on a eu une autorité de l’État parfois vacillante, intermittente et affaiblie.

Mais on n’a jamais eu comme aujourd’hui un État sans autorité. On est passé de défaillances ponctuelles même graves à un système structurellement vicié et à une incurie qui n’a pas toujours l’opportunité de se déguiser en mansuétude (Le Figaro).

Si cette démission quasi totale est à ce point stigmatisée, cela tient aux rares circonstances qui ont permis de voir, pour des motifs idéologiques ou de lâcheté opportuniste, le pouvoir s’abandonner délibérément à une répression injustifiable ou à une abstention calculée. Il a trop goûté le « deux poids, deux mesures ».

Nicolas Sarkozy, auquel un immense espace est dorénavant concédé, retrouve ses accents de ministre de l’Intérieur – sans doute le poste le plus accordé à son tempérament et à ses limites – et propose, contre l’insécurité et le désordre actuels, quatre mesures dont la pertinence, pour être radicale, n’est pas discutable (Le Figaro).

Violences devant la loi travail

D’autres plus qualifiés analyseront la gestion tristement maladroite de cette loi El Khomri qui, à partir d’une excellente première rédaction, s’est dégradée. D’abord en un piège parlementaire puis en une scandaleuse politisation syndicale, la CGT ayant pris la relève de l’intolérante et fumeuse Nuit debout pour faire de la France un pays répulsif pour les étrangers et, à l’intérieur, une succession de violences, de dégradations et de contestations contemplées trop longtemps, comme au spectacle, par des socialistes en amateurs bienveillants.

Avec des images sans équivoque de militants de la CGT jetant des pavés, des projectiles. Liberté syndicale ou liberté de frapper, de blesser ?

Car cet amateurisme continue à m’étonner de la part d’un pouvoir qui a connu, à deux reprises, un pire terrifiant en 2015 mais semble cependant tétanisé face aux transgressions de son propre camp. De ces forces contrariantes qui, au lieu de lui être naturellement accordées, lui font la mauvaise surprise d’un dérèglement obstiné, quotidien et programmé de la tranquillité publique et de l’ordre républicain.

Comme, pourtant, le gouvernement l’a invoquée, la République, à tout bout de champ et souvent hors de propos ! Comme il est piquant de constater, si ce n’était pas dramatique, de voir comme elle lui est retournée de plein fouet et sur un registre implacable ! La République concrète, la vraie, celle qui attend et espère un État digne de ce nom, exemplaire, protecteur et efficace, elle en a plus qu’assez !

Elle ne comprend plus rien, elle est perdue.

Elle est stupéfiée par le fait qu’on demande aux fauteurs de troubles de veiller à la paix et à l’harmonie.

Elle est surprise que l’état d’urgence non seulement ne crée pas une urgence pour l’action de l’État mais laisse prospérer transgressions, rassemblements, défilés et leur périphérie douteuse dont le comportement, à hauteur de la latitude scandaleuse qu’on lui laisse, atteint un comble chaque jour dépassé. Véhicules et autobus incendiés, supérette dévastée, hôpital Necker dégradé dans des conditions qui révèlent cynisme et indifférence et qu’on aurait tort de banaliser, d’excuser.

Elle est perplexe quand elle entend le président de la République se réveiller pour menacer d’interdire les manifestations à Paris « si la sécurité des biens et des personnes n’est pas assurée » alors que depuis plus de deux mois la quotidienneté de certains de nos concitoyens est bouleversée sur ce double plan.

Elle est indignée quand mille casseurs s’ébattent en terrain conquis et qu’elle entend les mêmes phrases creuses, les mêmes engagements parce qu’elle sait qu’ils seront lettre morte.

Elle est amère quand, sans méconnaître la bonne volonté de ces gouvernants, elle doit s’avouer qu’ils ne sont pas à la hauteur et qu’alors les tragédies criminelles offensent deux fois : elles tuent comme à Magnanville et elles désespèrent parce qu’aucun avenir de fermeté et de cohérence ne leur succédera.

Battre Hollande

Au milieu de ce gâchis, sans qu’il soit même nécessaire de pointer la décomposition de la gauche, les projets courageux mais aujourd’hui confortables de la droite, la montée tranquille du FN qui a le gouvernement pour meilleur agent électoral, la seule obsession de l’extrême gauche de battre François Hollande, Emmanuel Macron paraît-il en déclin mais cependant plébiscité pour son atypisme rassurant, il y a l’Euro 2016 et deux victoires françaises arrachées de haute lutte.

Je n’ose tout de même pas penser, alors que c’est pire qu’avant et que rien de secourable n’apparaît à l’horizon avant 2017, que François Hollande compte sur cette compétition sportive pour redonner le moral à la France et s’en trouver gratifié.

La République est bonne fille, il est vrai, mais pas à ce point-là.

Sur le web

  1. Je partage globalement à l’exception de la phrase « …sans méconnaitre la bonne volonté des gouvernants… ». Je substituerai par  » « …sans méconnaitre la manipulation des gouvernants… » cela, pour ma part, me parait plus conforme à la réalité.

  2. Cher Monsieur,

    Vous avez appelé à voter Hollande en 2012.
    C’est-à-dire pour un candidat dont la fonction de chef du PS avait bien montré que c’était un adepte de l’entourloupe, de l’absence totale de convictions et incapable de régler les problèmes graves de corruption (Guérini, Andrieu….).
    Un Président de Conseil Général qui avait fait explosé les dettes de son département et multiplié les dépenses inutiles et démago (un Ipad pour chaque collégien par exemple).
    Un candidat mentant comme un arracheur de dent pendant toute la campagne (« il n’y a pas de crise », « mon ennemi c’est la finance », etc.)
    Un homme politique qui n’aime pas les riches mais qui devrait payer l’ISF s’il n’était un artiste de la magouille fiscale.

    Tout ça on le savait en 2012 et vous mieux que quiconque.

    Vous récoltez ce que vous avez semé.

    Même s’il faut admettre que la situation actuelle dépasse tout ce que j’avais imaginé.

    1. Il sera beaucoup pardonné à celui qui aura beaucoup péché ! Cest vrai que cette excellente analyse est un peu gâchée par le fait que son auteur ait appelé à voter Hollande en 2012, alors que le bilan d’ensemble du quinquennat était à peu près prévisible. Et pourtant la France, entraînée par ses « élites », a voté majoritairement pour Hollande. Allez comprendre !
      Si au moins, ces élites ayant enfin compris, mettaient la même énergie en 2017 pour faire elire un candidat convenable.

    2. J’ignorais que l’auteur de cet article dont je partage, là, les écrits avait appelé à voter HOLLANDE en 2012. Cependant, au fond, cela n’a rien d’étonnant dans la mesure où la majorité des juges (très grande majorité) comme les journalistes (enfin ceux qui se prétendent comme tels et qui pour beaucoup d’entre eux siphonnent les écrits de l’AFP) sont des gauchos de première.

      Néanmoins je souscris pleinement à ce que, GUILLAUME_rc à ce que vous avez écrit. J’irai plus loin en disant, que malheureusement, nombre de Français n’ont pas pris l’extrême gravité de la situation de la France. Situation totalement due à l’incompétent de 1ère classe qui « nous gouverne ». La facture va être salée et comme le dit H16 très fréquemment : « notre pays est foutu…

  3. deux victoires françaises arréchées de haute lutte….tout les français ne sont pas fan de foot , et ce n’est pas ces deux victoires qui vont changer leur quotidiens et encore moins leurs sentiment envers hollande , lequel ne pense de toute façon qu’à se faire réelire face à un duel avec le pen au second tour en adméttant qu’il y arrive ; hollande ne vaut rien , il veut contenter tout le monde pour finalement se retrouver coincé avec une popularité qui dégringole tout les jours ;un gendarme a refusé de lui sérrer la main , hollande l’a ignoré comme si c’était une merde ; valls , au moins , à eu l’intélligence d’échanger quelque mot avec ce policier ; hollande est méprisant , qu’il ne s’étonne pas d’être méprisé , voire détesté ;

  4. Je ne savais pas que l’auteur de ce billet avait fait voter Hollande en 2012. Mais si c’est le cas, il aurait pu, à minima, nous prévenir, sinon se repentir.

    C’est tout de même grâce à beaucoup « d’intellectuels », ou présumés tes, qui ont envahit les ondes et les médias, avec la complicité active des responsables, pour encenser Hollande (rappelez-vous un certain Elie Cohen bien et d’autres soit-disant « économistes » ou politologues maintenant disparus de la scène publique).

    Les français ont eu la naïveté de les écouter et les croire. Et la France le paye très cher aujourd’hui, et encore plus demain quand on aura enfin la vérité sur les manipulations minables des finances publiques et politiques.

    La malédiction hollandaise va encore perdurer pratiquement un an, et comme Attila ne laissera que des ruines derrière elle. Il faudra aussi déboucher les « chiottes », comma disait M. Aubry.

    1. Evidemment très difficile de voter Sarkozy en 2012, mais avoir voté hollande est totalement irresponsable. C’est aussi irresponsable que voter Le Pen ou Mélanchon. Car avec hollande il n’y avait aucune surprise à attendre. Tout individu un tant soit peu informé savait QUI était hollande: un politocard dont le palmarès en Corrèze et à la tête du PS était accablant. Rien de plus qu’un opportuniste arriviste se moquant totalement du peuple français.

  5. lomo…un candidat convenable , encore faudrait il qu’il y en est un …vous en connaissez vous , parmis toute cette engence ? moi non ;

    1. @ marie

      Vous avez tout à fait raison: jusqu’ici, il ne ressort des candidatures présumées aucune qui donne envie de la défendre comme évidente: strictement rien de charismatique avec des idées neuves enthousiasmantes (E.Macron?).

      Et il y a gros à parier que les électeurs désabusés seront nombreux à décider de ne pas se déplacer, à ajouter à une masse compacte de « non concernés » qui, lucidement, évitent même d’avoir un avis tant ce domaine politique semble décevant pour ceux qui s’y intéressent!

      Je fais le pari qu’au second tour le « vainqueur » n’arrivera pas à 52% des votes exprimés, ce qui signifie que si on tient compte des « primaires » partisanes et des partis ne participant pas au second tour, le futur candidat ne sera considéré comme leur candidat individuellement préféré que par maximum 15% des électeurs votants du second tour, soit +/- 7 à 8% des Français en droit de voter: bizarrerie de la démocratie à la française qui n’annule pas d’office ce résultat à considérer comme non significatif. C’est bien en cela qu’on voit que la France a opté pour la particratie qui déteste évidemment tout référendum.

      1. Je pense au contraire qu’au second tour de la présidentielle le gagnant passera avec un score de république bananière. Il y aura Marion Anne Perinne Le pen, c’est certain. Dès lors, on aura comme aux régionales, un joli « front républicain » qui assurera le fauteuil à un vieux briscard.
        CPEF !

  6. L’hôpital public est touché….On en parle.
    Mais combien de centaines de commerces, voitures, biens privés détruits dans l’indifférence?

    1. C’est pas grave, eux c’est des riches ! Et on aime pas les riches en France !

  7. Hollande sera ré élu en 2017, tout se met en place pour cela. L’INSEE, l’OFCE et tous les organismes publics dont le penchant à gauche est perceptible ont commencé à faire campagne pour lui. Les chômeurs radiés, envoyés en formation ou embauchés pour une heure sont oubliés et seule compte la baisse artificielle du chômage ainsi provoquée. En conclusion, le bilan de Hollande ne cesse de s’améliorer, il sera excellent à la veille de l’élection. La presse, qui l’avait choisi comme candidat en 2012, lui renouvellera sa confiance et relaiera le mensonge général pour le faire gagner.

    1. Tout est possible en France!

      Et qui se souvient de la chanson de Pierre Perret, cet artiste observateur, sage, et érudit qui chantait que c’était « dans les vieilles casseroles que la soupe est la plus dégueulasse » quand l’électeur du second tour risque (si M.Le Pen n’y est pas) de devoir choisir entre N.Sarkozy et Fr.Hollande qui ne seront, ni l’un ni l’autre, plus apte à redresser la situation.

    2. Ruben 100% d’accord! L’insignifiant opportuniste qui occupe le poste de chef de l’État est prêt à tout depuis 4 ans pour se faire réélire: c’est son seul objectif. Et malgré ses 13% d’opinions favorables, c’est un politicien suffisamment cynique, retors, intelligent, tenace et persévérant pour utiliser les failles du système et l’incompétence de ses opposants pour réussir son projet de hold-up.
      Je répète ça depuis 3 ans et on me regarde comme un débile. Tout démontre aujourd’hui qu’il sera réélu.

  8. L’auteur ne peut pas être déçu de ce quinquennat, tout le monde savait ce qu’était vraiment Hollande, à commencer par ceux de son camp.

  9. Philippe Bilger, vous terminez votre billet en suggérant « battre Hollande ».
    Mais alors,voter contre Hollande est-ce suffisant pour améliorer l’ordinaire des français, résorber les déficits, créer des emplois pour nos jeunes générations…
    Il apparaît que tous les prétendants au royaume de France n’aspirent qu’au pouvoir pour le pouvoir, rien d’autre, et ainsi à s’adapter à la portance des vents dominants comme le feraient les participants à une régate….
    A mon avis la prorogation de la mandature d’Hollande n’est pas seulement une hypothèse d’école cela va dépendre, à la rentrée, de la feuille de route qui sera impartie par l’Elysée au joker Macron…et aux réactions de l’équipe actuellement aux manettes….

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