L’État sans autorité de François Hollande

La situation politique et le climat social se dégradent. Hollande espère-t-il encore gagner les élections présidentielles en 2017 malgré tout ?

Par Philippe Bilger.

By: Jean-Marc Ayrault - CC BY 2.0
By: Jean-Marc AyraultCC BY 2.0

Sous la présidence de Nicolas Sarkozy, on a eu une autorité de l’État parfois vacillante, intermittente et affaiblie.

Mais on n’a jamais eu comme aujourd’hui un État sans autorité. On est passé de défaillances ponctuelles même graves à un système structurellement vicié et à une incurie qui n’a pas toujours l’opportunité de se déguiser en mansuétude (Le Figaro).

Si cette démission quasi totale est à ce point stigmatisée, cela tient aux rares circonstances qui ont permis de voir, pour des motifs idéologiques ou de lâcheté opportuniste, le pouvoir s’abandonner délibérément à une répression injustifiable ou à une abstention calculée. Il a trop goûté le « deux poids, deux mesures ».

Nicolas Sarkozy, auquel un immense espace est dorénavant concédé, retrouve ses accents de ministre de l’Intérieur – sans doute le poste le plus accordé à son tempérament et à ses limites – et propose, contre l’insécurité et le désordre actuels, quatre mesures dont la pertinence, pour être radicale, n’est pas discutable (Le Figaro).

Violences devant la loi travail

D’autres plus qualifiés analyseront la gestion tristement maladroite de cette loi El Khomri qui, à partir d’une excellente première rédaction, s’est dégradée. D’abord en un piège parlementaire puis en une scandaleuse politisation syndicale, la CGT ayant pris la relève de l’intolérante et fumeuse Nuit debout pour faire de la France un pays répulsif pour les étrangers et, à l’intérieur, une succession de violences, de dégradations et de contestations contemplées trop longtemps, comme au spectacle, par des socialistes en amateurs bienveillants.

Avec des images sans équivoque de militants de la CGT jetant des pavés, des projectiles. Liberté syndicale ou liberté de frapper, de blesser ?

Car cet amateurisme continue à m’étonner de la part d’un pouvoir qui a connu, à deux reprises, un pire terrifiant en 2015 mais semble cependant tétanisé face aux transgressions de son propre camp. De ces forces contrariantes qui, au lieu de lui être naturellement accordées, lui font la mauvaise surprise d’un dérèglement obstiné, quotidien et programmé de la tranquillité publique et de l’ordre républicain.

Comme, pourtant, le gouvernement l’a invoquée, la République, à tout bout de champ et souvent hors de propos ! Comme il est piquant de constater, si ce n’était pas dramatique, de voir comme elle lui est retournée de plein fouet et sur un registre implacable ! La République concrète, la vraie, celle qui attend et espère un État digne de ce nom, exemplaire, protecteur et efficace, elle en a plus qu’assez !

Elle ne comprend plus rien, elle est perdue.

Elle est stupéfiée par le fait qu’on demande aux fauteurs de troubles de veiller à la paix et à l’harmonie.

Elle est surprise que l’état d’urgence non seulement ne crée pas une urgence pour l’action de l’État mais laisse prospérer transgressions, rassemblements, défilés et leur périphérie douteuse dont le comportement, à hauteur de la latitude scandaleuse qu’on lui laisse, atteint un comble chaque jour dépassé. Véhicules et autobus incendiés, supérette dévastée, hôpital Necker dégradé dans des conditions qui révèlent cynisme et indifférence et qu’on aurait tort de banaliser, d’excuser.

Elle est perplexe quand elle entend le président de la République se réveiller pour menacer d’interdire les manifestations à Paris « si la sécurité des biens et des personnes n’est pas assurée » alors que depuis plus de deux mois la quotidienneté de certains de nos concitoyens est bouleversée sur ce double plan.

Elle est indignée quand mille casseurs s’ébattent en terrain conquis et qu’elle entend les mêmes phrases creuses, les mêmes engagements parce qu’elle sait qu’ils seront lettre morte.

Elle est amère quand, sans méconnaître la bonne volonté de ces gouvernants, elle doit s’avouer qu’ils ne sont pas à la hauteur et qu’alors les tragédies criminelles offensent deux fois : elles tuent comme à Magnanville et elles désespèrent parce qu’aucun avenir de fermeté et de cohérence ne leur succédera.

Battre Hollande

Au milieu de ce gâchis, sans qu’il soit même nécessaire de pointer la décomposition de la gauche, les projets courageux mais aujourd’hui confortables de la droite, la montée tranquille du FN qui a le gouvernement pour meilleur agent électoral, la seule obsession de l’extrême gauche de battre François Hollande, Emmanuel Macron paraît-il en déclin mais cependant plébiscité pour son atypisme rassurant, il y a l’Euro 2016 et deux victoires françaises arrachées de haute lutte.

Je n’ose tout de même pas penser, alors que c’est pire qu’avant et que rien de secourable n’apparaît à l’horizon avant 2017, que François Hollande compte sur cette compétition sportive pour redonner le moral à la France et s’en trouver gratifié.

La République est bonne fille, il est vrai, mais pas à ce point-là.

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