Hausse rétroactive : EDF a grand besoin d’argent

Publié Par h16, le dans Édito

La transition énergétique, c’est un peu comme le changement : si c’est maintenant, ce n’est pas tout à fait ce à quoi on pouvait s’attendre. Et grâce aux gesticulations de Ségolène Royal, des millions de Français et les plus gros consommateurs d’électricité du pays vont justement subir un petit changement de leur facture EDF, et ce sera une hausse rétroactive.

Vivre en Socialie, c’est définitivement l’assurance d’une vie d’aventures et de surprises renouvelées, pas toujours bonne, on en conviendra, et même souvent détestables comme on peut le constater dernièrement en France (mais d’un autre côté, on n’est pas encore à la vie palpitante de la socialie venezuélienne non plus), mais pleine de surprises néanmoins.

Par exemple, en Socialie et au train où vont les choses, rien n’interdit d’imaginer qu’un vigile de supermarché vous rattrape, une fois vos courses payées et chargées dans votre coffre de voiture, et, armé de son lecteur de carte bancaire, vous explique encore un peu essoufflé : « Excusez-moi, mais il y a eu une augmentation rétroactive sur le rôti, et ce n’est plus 12,60€ mais 14,10€. Voilà, insérez votre carte ici, merci. »

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Grotesque ? Et pourtant c’est exactement le petit tour de magie que le gouvernement veut nous jouer. Nos Majax de l’économie planifiée, Ségolène Royal en tête, sont actuellement en train de nous expliquer que 28 millions de ménages français et la plupart des gros consommateurs d’électricité du pays vont devoir s’acquitter d’une petite révision de factures passées, avec une augmentation d’environ 1,5€ qui seront prélevés sur les dix-huit prochains mois.

Et si vous aviez un contrat avec EDF, si la vente effectuée est réputée passée et si vous n’êtes pas d’accord, eh bien allez vous faire f$*^£. Au passage se pose un intéressant problème d’égalité si vous venez de rompre normalement votre contrat avec EDF (vous avez déménagé, vous êtes passé à la concurrence, vous quittez le pays, …) ; je me demande dans ce cas si le service Recouvrement de l’électricien va vous poursuivre pour les mêmes factures…

Bien évidemment, au-delà de la stupeur de constater qu’encore une fois, un paquet de Français va se retrouver purement et simplement spoliés sans rien pouvoir faire et le tout, par des socialistes affichés (ce qui est encore plus croquignolets vous en conviendrez), il reste la question de savoir ce qui motive ce réajustement sauvage.

Une situation complètement ubuesque ? Des Français spoliés ? Le principe des contrats bafoué ? Bingo et pas de doute, pour arriver à ce résultat grandiose, il fallait que l’État soit intervenu d’une façon ou d’une autre.

Et ô combien il est intervenu ! Rappelez-vous en 2014, ce fameux arrêté pondu par le gouvernement qui imposa ses tarifs à EDF en limitant leur hausse à 2,5% et qui portait sur la période du 1er novembre 2014 au 31 juillet 2015. À l’époque, la même Ségolène Royal – qui vient de bredouiller des explications confuses pour cette hausse rétroactive – n’avait pas hésité à geler purement et simplement la hausse de 5% promise par Jean-Marc Ayrault à EDF avant son départ de Matignon, en prétextant au milieu d’une fournée de chatons mignons la sauvegarde du pouvoir d’achat des Français.

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Eh bien le conseil d’État vient donc d’annuler cet arrêté, en estimant que les tarifs « avaient été fixés à un niveau manifestement insuffisant pour assurer le rattrapage des écarts tarifaires passés », et demande au gouvernement de produire de nouveaux arrêtés pour fixer une hausse rétroactive. Autrement dit, les fanfaronnades de Royal coûtent à nouveau fort cher en rattrapage.

Le Conseil d’État avait été saisi par l’Association nationale des opérateurs détaillant en énergie (Anode), qui regroupe des fournisseurs autres qu’EDF et qui ne trouvaient pas cette limitation gouvernementale tout à fait à leur goût. Or, ce n’est pas la première fois que cette association saisit le conseil et obtient gain de cause, ce qui montre une fois de plus que si l’erreur est humaine, persévérer ainsi est bien l’apanage des politiciens qui, de toute façon, n’ont pas à payer de leur poche leur obstination néfaste.

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À présent, on ne peut s’empêcher de rapprocher cette brutale révision de tarifs antérieurs de la situation particulièrement délicate de l’électricien français, dont on se demande s’il ne va pas droit vers une faillite retentissante. Récemment obligé de reprendre Areva que son équipe dirigeante aura consciencieusement flanqué dans le fossé, EDF est de surcroît empêtré dans les lubies écoloboulimiques qui plombent ses résultats, et ce d’autant plus que – oh, zut alors – le prix du pétrole s’est effondré, rendant encore plus dispendieuses les « alternatives » amusantes mais déjà fort coûteuses.

S’ajoutent à ces déboires des investissements nécessaires pour sécuriser son parc nucléaire, moderniser les compteurs électriques déployés dans le pays, et rattraper autant que possible le fiasco déjà inquiétant des deux EPR anglais.

N’oublions pas qu’au moins une partie de ces investissements sont décidés généralement arbitrairement par un gouvernement qui n’a cessé de placer ses intérêts politiques avant ceux d’une réelle direction commerciale et économique.

Le pompon de ces couacs étant bien sûr la gestion grotesque du dossier « Fessenheim » qui promet encore d’intéressants rebondissements. Centrale nucléaire dont la fermeture a été décidée de façon purement politique par un candidat Hollande toujours prêt à distribuer promesses et argent des autres sans s’occuper des conséquences, Fessenheim est – bien malheureusement pour l’Exécutif – détenue en partie par les Suisses (Alpiq, Axpo et BKW) et les Allemands EnBW.

Patatras : ce qui devait être simple commence à tourner vinaigre, parce que démanteler Fessenheim, c’est devoir payer des indemnités à ces deux groupes. En outre, EDF y a fait de nombreux investissements permettant à l’actuelle centrale, pourtant vieille de trente ans, de très bien se classer en termes de sécurité, ce qui lui permettrait de l’exploiter encore plusieurs années.

Heureusement, Ségolène Royal est intervenue pour transformer en chaos ce qui semblait déjà particulièrement complexe : imposant que la centrale ferme, mais qu’elle ne le fasse que lorsque l’EPR de Flamanville sera en fonctionnement, elle propose 100 millions d’euros d’indemnités (ce qui, pour un État français virtuellement en faillite, représente déjà beaucoup) là où les propriétaires, EDF en tête, réclament … deux à trois milliards (ce qui, pour un opérateur au bord de la faillite, s’explique finalement assez bien).

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Je résume.

L’État (Ségolène Royal en tête) a imposé des tarifs à EDF qui se sont révélés complètement inadaptés au marché, provoquant des « tensions » dans la trésorerie de l’électricien. L’État intervient donc pour remettre les tarifs d’équerre et tabasser le consommateur et quelques principes de base au passage.

L’État a imposé à EDF de se positionner sur des énergies peu ou pas rentables, au détriment d’autres qui, elles, ont fait leurs preuves. Ségolène approuve bruyamment.

Pendant ce temps, l’État impose aussi la fermeture de centrales pourtant en état de fonctionnement, rentables et sécurisées. Ségolène acquiesce.

L’État impose aussi les normes qui rendent la construction des EPR de plus en plus délicate, fusillant durablement la confiance qu’on peut avoir dans la capacité d’EDF à mener à bien ses projets en France et en Angleterre. Ségolène applaudit.

L’État impose qu’EDF récupère Areva et éponge ses dettes, poussant l’entreprise au bord de la faillite. Ségolène trouve ça cool.

Enfin, l’État compte spolier autant que possible les actionnaires minoritaires de Fessenheim parce qu’en plus de centrales nucléaires, il a des bombes du même métal qui feront taire les mécontents. Ségolène ne pipe pas mot mais adhère grave.

À l’évidence, tout ceci va forcément très bien se terminer.

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Décidément, vivre en Socialie est une aventure de tous les jours… Et puis, c’est un peu le souci d’intervenir comme un chien dans un jeu de quilles dans un marché volatil pour des raisons purement politiques en se moquant de la réalité économique : à un moment ou un autre, cette réalité, tendue comme un élastique, finit par revenir droit dans le museau des impétrants qui ont cru bon de l’oublier.
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Sur le web

  1. Séparer les portefeuilles ministériels entre industrie et énergie porte déjà une marque idéologique. Et gérer des milliards de façon idéologique, c’est risqué.

    1. la juxtaposition de « portefeuille ministériel » et de « industrie » est déjà sacrément idéologique, mais bon…

  2. Tout ça n’est qu’un début …

    1. Bien vu, et peut-être que la prochaine hausse rétroactive sera pour bientôt :

      http://www.leparisien.fr/economie/les-menages-paieront-30-eur-de-plus-sur-la-facture-d-electricite-17-06-2016-5891965.php

      « Les ménages sont donc une nouvelle fois victimes de la politique du « reculer pour mieux sauter » des divers gouvernements qui à tour de rôle l’ont pratiquée. Ces derniers n’hésitent pas à limiter momentanément la hausse des prix de l’électricité, afin de donner l’illusion qu’ils ont le contrôle sur leur évolution. Une illusion seulement. Ce coup de frein à la hausse est en effet systématiquement retoqué quelques mois plus tard par le Conseil d’Etat (voir infographie). Depuis 2012, il y a eu ainsi pas moins de 14 recours déposés devant le Conseil d’Etat. Deux d’entre eux concernaient l’électricité. Les douze autres visaient le gaz. A force d’annuler des hausses de tarifs juridiquement irréfutables, sous prétexte de défendre les consommateurs, l’Etat ne fait en fait que les pénaliser.

      La méthode de calcul des tarifs réglementés a pourtant été réformée. Si c’est toujours la Commission de régulation de l’énergie (CRE) qui fixe leur évolution une fois par an, elle prend désormais en compte directement l’évolution du prix du courant sur le marché de gros, sans se fonder sur les déclarations d’EDF. Ces nouvelles règles de calcul vont-elles enfin mettre fin à ce petit jeu du chat et de la souris auquel se livrent les gouvernements, la CRE et les opérateurs ? Pas sûr. L’Anode a déjà déposé un nouveau recours, toujours devant le Conseil d’Etat, mais cette fois contre l’augmentation des tarifs de 2,5 % intervenue le… 1 er août 2015 ! Un nouveau rattrapage de plusieurs dizaines d’euros par ménage est donc à craindre. Et il s’additionnerait à celui annoncé hier. »

  3. Révons un peu rétrospectivement (en plus de raquer) : Ségogo la Bravitude élue en 2007 à la place du nain… Qu’est ce qu’on se serait marré !

  4. Vous oubliez dans votre listing le fait que l’état n’a pas manqué de retirer un max de dividendes d’EDF afin de tenter de boucler leur budget…

  5. EDF est très mal géré, on ne peut le nier effectivement.
    Ceci dit, on ne peut pas nier également le fait que le nucléaire est une technologie qui coûtera de plus en plus cher sur le long terme pour des raisons évidentes.
    Je rappelle que EDF va devoir injecter 50 milliards pour moderniser son parc.
    Enfouir les déchets, ça représente pas mal de coûts également.

    Désormais, nous allons payer les coûts cachés du nucléaire (c’est-à-dire démantèlement, enfouissements des déchets et travaux pour moderniser les centrales).
    Et pour couronner le tout, nous avons à faire à une entreprise où la gabegie règne.

    1. Bon an mal avec 84% du capital d’EDF l’état touchait jusqu’à maintenant 2Mds par an de dividende d’EDF.
      Pourquoi démanteler ? Pourquoi enfouir ? Renseignez vous, on a déjà eu ce débat ici.

      1. Oui, l’État s’est bien goinfré de dividendes.
        Le pire dans tout ça, c’est qu’après, nos « chers politiciens » se plaignent que les entreprises du Cac se goinfrent de dividendes, mais en réalité, celui qui bouffe le plus dans ce domaine, c’est L’État (enfin c’est un autre sujet).

        Pourquoi démanteler ?
        Les vieilles centrales qu’on n’utilise plus, on en fait quoi ?
        Pareil pour les déchets.
        On en fait quoi ?

        1. Les vieilles centrales qu’on n’utilise plus, on en fait quoi ?

          Ben on enlève le combustible et les déchet terminaux et on les laisse se démanteler toute seule par l’action naturel du temps. C’est pas comme si ça prenait la place de deux département, dépenser autant d’argent pour récupérer quelque hectare d’herbe c’est pas très malin…

  6. J’en ai reçue une de facture rétroative d’EDF. J’ai été très en colère quand je l’ai lue. C’était il y a 6 mois ou presque. J’ai déménagé en m’acquittant de mon dû à EDF, je ne leur dois rien du tout, et surtout pas un rappel rétrocatif par rapport aux prix fixé en 2013 ou en 1965 (pourquoi pas, allons-y gaiment). De plus je n’ai pas de contrat EDF actuellement alors je me doute qu’ils ont eu l’appui de l’Etat pour me faire parvenir cette abomination. J’aime bien la petite anecdote anticipative de l’auteur au sujet du rôti. N’imorte quel vendeur ou prestataire de service peut faire la même : après avoir acheté une voiture, une maison, au sortir de l’hôpital, les abonnements téléphoniques qui eux pourraient même faire des rétrofactures tous les mois si ça leur chantait. Il s’agit d’EDF mais nos « élites » peuvent aussi appliquer cette rétroaction sur les loyers, les impôts ou autres…
    Je ne dois rien à EDF !Je ne la paierai pas cette abomination !

  7. je crois que je vais me voter une baisse rétroactive de mes impôts.

  8. Je ne comprends pas très bien comment l’État serait aussi derrière l’Anode ? Cela semble un raccourci bien étrange que de lui imputer ce rattrapage ?

  9. Merci h16, Merci de nous éloigner avec vos articles aux mots et tournures de phrase savamment humourironisants d’une dépression certaine. Cette réalité de l’incompetence gouvernementale qui nous frappe en pleine face chaque jour un peu plus n’est autre possible à supporter qu’en riant. En lisant chacun de vos articles et illustrés, je suis mort de rire.

  10. C’est la porte ouverte à tout et n’importe quoi …
    En 1976 j’ai fait une erreur dans mon calcul de revalorisation de mes tarifs … et hop !!!!! un petit rappel rétroactif et le tour est joué
    Jusqu’à maintenant , un peu par flemme je suis resté chez EDF …. ce jour je change de distributeur … et Ségolène peut bien aller se faire cuire un oeuf …
    C.Q.F.D.

  11. Om est le problème?

    Les français donnent le pouvoir économique à des politiciens démagogues ou corrompus, et à des haut-fonctionnaires incapables ou corrompus (le « ou » n’étant pas exclusifs et peut-être également « et »), il n’y a rien de surprenant à ce que la France aille à vau-l’eau.

    Une économie ou une entreprise dirigée par ces parasites ne peut qu’être déficitaire.

    Mais les français aiment ça, alors… vogue la galère.

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