EDF : heureusement, l’État intervient encore.

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Décidément, on n’arrête pas le succès flamboyant de l’État. Quand il est lancé – YOLO ! – rien ni personne ne peut l’arrêter. Et quand l’État ne déconstruit pas l’Univers à coup de réalités alternatives et de réenchantement de la politique, il se fait Grand Stratège pour propulser le contribuable vers de nouvelles aventures fiscales frétillantes. D’ailleurs, EDF ! Et bim !

Oui, EDF ! Rien qu’avec le nom de ce fleuron français de l’expérience énergétique différente, de l’État-Stratège avec du peps, de l’État-Actionnaire en mode badass, on a une excellente idée de ce qu’« aventure fiscale frétillante » peut recouvrir comme concept.

Avant toutes choses, notons que ce n’est pas la première fois que l’État s’insinue gentiment dans une entreprise, en prend plus ou moins le contrôle, décide de sa gouvernance, de la direction stratégique et de ses principaux développements pour l’envoyer, avec brio et dans un feu d’artifice chamarré, à peu près tout droit dans un mur de dettes ou dans le fossé putride d’une faillite gluante, pour ensuite adresser la facture babylonesque au peuple reconnaissant.

C’est tellement vrai qu’il y a quelques semaines, je revenais sur l’historique de l’État français, particulièrement fourni en la matière et sur les placards républicains dans lesquels s’entassent un nombre considérable de cadavres : Bull, Crédit Lyonnais, Heuliez ou cloud français comique en passant par l’une ou l’autre lubie d’un énarque trop haut placé, y compris Areva, magnifique exemple de ce qu’il ne faudrait pas faire mais qu’on s’emploie à reproduire avec assiduité à chaque décennie, … De fleurons en fleurons, une conclusion s’impose : l’État-Stratège, ça cogne vraiment du chaton mignon.

chaton youpi encore une mission réussie

Du reste, ce qui se passe maintenant avec EDF n’est donc absolument pas imprévisible.

Comme son actionnaire principal (devinez qui) lui a expressément demandé de poursuivre, vaille que vaille – et surtout, coûte que coûte – les travaux menés jusqu’à présent par un Areva en faillite, l’électricien et bien évidemment fleuron français se retrouve à devoir gérer une trésorerie un peu légère, une petite dette de 37 milliards d’euros ahem kof kof kof, et, surtout, des coûts imprévus. Il faut dire que, transition énergétique aidant, le champion national se retrouve à devoir racheter à un tarif exorbitant de l’électricité éolienne ou photovoltaïque, alors que le pétrole au plus bas rend l’ensemble de l’opération parfaitement inutile et gentiment ridicule.

Heureusement donc, l’État qui est massivement intervenu pour lui imposer ces tarifs d’électricité idiots, l’État qui est massivement intervenu pour que cette entreprise lui verse des dividendes dodus plutôt qu’épargner sagement des liquidités telle une poire pour la soif, l’État qui est massivement intervenu pour créer Areva pour aboutir au résultat que l’on sait, l’État va massivement intervenir pour aider EDF.

Immédiatement, un sentiment joyeux envahit celui qui contemple cette nouvelle perspective, d’autant qu’elle consistera à recapitaliser l’électricien à hauteur de 3 milliards d’euros. Ah oui, vraiment, que voilà une riche idée d’augmenter un peu plus le nombre d’actions de cette entreprise, tout en conservant, grâce à l’argent du contribuable, la même participation ! Au passage, ceci revient à diluer les autres actionnaires, qui devront le prendre avec beaucoup de fair-play… D’autant plus qu’ils sont aussi des contribuables et payent donc deux fois pour cette performance boursière tout à fait sympathique. Pour peu qu’ils aient l’idée banale d’avoir de l’électricité chez eux et de s’être abonnés à EDF pour cela, il n’est pas idiot d’imaginer qu’en plus, ces contribuables payent une troisième fois par l’agréable truchement d’une facture surgonflée. Youpi.

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Bien évidemment, du côté gouvernemental, toute l’opération est présentée avec la finesse, le tact et le doigté nécessaire à faire passer le boa constrictor pour une petite couleuvre format rikiki qu’il faudra bien forcer dans le gosier des Français dont les orifices ont été, il faut bien le dire, largement préparés pour ce genre d’intromissions et ce, depuis des lustres. On admirera donc le regard d’une lucidité douteuse que pose le ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, sur l’ensemble de l’opération, montrant d’ailleurs qu’il ne manque pas de cet humour que seuls peuvent déployer ceux qui ont l’hybris de viser un poste présidentiel d’un pays en pleine déroute.

Pour lui, ce n’est pas 3 milliards (roulements de tambours), ni même 4 milliards (roulements de tambours) que l’État s’empresse ainsi d’injecter dans le géant de l’énergie français (roulements de tambours), mais bien 5 milliards (tadzam, fin des roulements et petit coup de cymbale) pour le même prix puisque, selon lui, en renonçant aux dividendes pour 2016 et 2017, à hauteur d’un milliard à chaque fois, l’État offre 2 nouveaux milliards aux bénéfices que ne manquera pas de réaliser notre fleuron pas du tout en difficultés. À ce tarif, le ministre aurait pu annoncer 10 milliards d’injection, puisqu’il lui aurait suffit de renoncer encore plus longtemps à piocher dans les dividendes en question, même si (et surtout que) sa parole n’engage personne, même pas lui-même.

Au passage, le ministre avoue qu’en ayant réussi à gober 20 milliards d’euros des dividendes d’EDF en 10 ans, l’État est peut-être allé un peu loin…

Pensez donc, monsieur le Ministre !

Tout le monde sait que les fleurons français sont gérés de main de maître.

Tout le monde sait que ce sont les capitalistes en hauts de forme, actionnaires sans scrupules et toujours âpres au gain, qui essorent les entreprises pour leurs précieux dividendes de court terme. L’État français, lui, géré en bon père de famille, vise le long terme et ne commet pas cette erreur. C’est d’ailleurs pour ça que des actionnaires-salariés du groupe, sentant nettement leur bonne fortune d’avoir cet actionnaire majoritaire comme patron, réclament maintenant que leur entreprise soit retirée de la cotation boursière ou, qu’à tout le moins, l’État rachète leurs actions aussi vite que possible. Ceci respire la confiance, c’est limpide.

Tout le monde sait qu’avec un État actionnaire, les décisions seront prises par le peuple, en toute sérénité, sans déclarations fantaisistes qui feraient connement perdre des milliards sur des tempêtes boursières et merci Ségolène Royal.

Tout le monde sait que ce sont ces capitalistes sans humanité, avec la cupidité rivée au corps, qui jettent les familles dans la misère pour quelques euros ou quelques dollars de plus au mépris de toute éthique. Les entreprises dans lesquels l’État intervient sont des exemples d’équité, et les quelques rares privilèges que les uns et les autres pourraient tirer de cet État-actionnaire sont de bien modestes arrangements sociaux en regard des immenses bénéfices retirés de cet actionnariat. Après tout, n’est-ce pas l’État français qui, pour s’assurer que tous ses citoyens auront accès à l’électricité la moins chère, a régulièrement renoncé à la moindre hausse des tarifs, voire a renoncé à ses bénéfices pour diminuer tant et plus la marge de l’électricien et assurer ainsi une énergie abondante à un prix rikiki ? Non ?

La conclusion est évidente : ouf, l’État stratège intervient encore une fois ! Et franchement, il fallait bien ça pour nous éviter une catastrophe inévitable pour un groupe qui a, semble-t-il, un peu trop oublié les règles essentielles de bonne gestion.

Vous savez, la bonne gestion, celle-là même qui fait tous les succès de notre État !

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