Après Orlando, de nouvelles menaces pour nos libertés ?

Les propositions des politiciens américains après la tuerie d’Orlando ne devraient pas rassurer les amis de la liberté…

Par Emmanuel Bourgerie.

Orlando
Orlando By: Fibonacci BlueCC BY 2.0

Le massacre d’Orlando est une tragédie. Et comme toutes les autres, écrire à ce sujet est toujours un exercice très difficile. Je ne vais pas vous mentir, je pèse mes mots. Un à un. Je critique copieusement tous ceux qui tentent de réutiliser politiquement cet événement, alors ce n’est certainement pas à moi de faire de même. Mais on ne peut pas non plus rester les bras croisés face à cela et ne pas essayer d’en tirer des conclusions.

Un sujet passionnel

C’est d’autant plus difficile que plus un sujet est passionnel, plus il est polarisé, et plus il est difficile d’y apporter la moindre nuance. Il y a le camp de ceux qui pensent que ça n’a rien à voir avec l’islam, que ce n’est qu’une histoire de port d’armes. Et il y a le camp de ceux qui pensent que c’est uniquement un problème de l’islam, et que les musulmans devraient être déportés immédiatement.

Ce n’est même pas une caricature de ma part : ce sont les deux seules opinions disponibles sur le sujet. Pointer du doigt le fait qu’il était impossible de prévoir cette attaque et que le tueur avait passé tous les tests et entraînements imaginables pour obtenir ses armes ? Vous devez être un membre de la NRA ! Suggérer que l’immense majorité des musulmans ne sont pas des terroristes ? Vous devez être un droitdelhommiste bien-pensant !

Et sincèrement, je ne vois pas quelle mesure légale précise aurait pu permettre d’éviter ce drame. Omar Mateen est né et a grandi sur le sol américain. Il n’était pas un immigré. Il travaillait comme agent de sécurité pour la société G4S. Il possédait deux permis de port d’armes : l’un personnel, l’autre professionnel.

Pour ce dernier, il a passé toute une série de tests et d’entraînements intensifs. Il avait un casier judiciaire vierge. Ses deux armes ont été achetées parfaitement légalement, et étaient à son nom. Oui, le FBI l’avait dans ses fichiers. Pour quel motif ? Avoir connu dans le passé un musulman parti en Syrie. Une enquête avait conclu qu’il ne présentait aucun risque.

Propositions démocrates et républicaines inquiétantes

Mais s’il y a une chose qui est certaine, c’est que les propositions mises en avant par démocrates et républicains sont inquiétantes.

Clinton voudrait réutiliser la no-fly list pour interdire à tous les noms qui y figurent le droit de port d’armes. En d’autres termes, ce qui n’est rien d’autre qu’une mascarade qui ferait passer notre fameux Fichier S pour le summum de l’anti-terrorisme. De nombreux noms figurent sur cette liste pour n’avoir commis aucun autre crime qu’avoir une consonance vaguement arabe ou une connaissance qui a lu une publication de l’État Islamique.

Les progressistes n’ont eu de cesse de critiquer (à juste titre !) cette liste comme étant ridicule et liberticide, mais maintenant retournent leur veste pour priver des « suspects » (aussi vague que ce terme puisse être) d’un droit constitutionnel, sans aucun procès, ni recours. Quel que soit votre opinion sur le port d’armes, cette idée est une vaste blague. Oh, et Omar ne figurait pas dessus. Une autre solution ? Son « Projet Manhattan » contre le chiffrement qu’elle aimerait mettre sur pied. En d’autres termes, donner au gouvernement les armes nécessaires pour casser toute forme de communication chiffrée, soi disant pour lutter contre le terrorisme. Fini la vie privée en ligne.

Trump de son côté accuse l’immigration au sens large, alors que les États-Unis sont un des pays occidentaux avec la plus faible immigration musulmane. Il a proposé de par le passé de déporter tous les immigrés illégaux, et de fermer les frontières à l’immigration musulmane. La réponse évidente est pourtant de pointer du doigt le fait qu’Omar Mateen était né sur le sol américain (tout comme l’un des deux meurtriers de San Bernardino). Il rejoint d’ailleurs Hillary Clinton sur la nécessité de bombarder les territoires détenus par l’État Islamique. Encore une solution qui a prouvé son efficacité dans le passé, non ?

Je pense que le plus difficile dans cette histoire sera d’accepter le fait que le risque 0 n’existe pas, et que même s’il existait, je ne suis pas certain de vouloir en connaître le prix. Il est sincèrement pratiquement impossible de concevoir une quelconque loi (réaliste !) qui aurait pu empêcher ce drame. Cette affaire pose une cruelle question : sommes-nous prêts à tolérer encore moins de liberté pour l’illusion d’une plus grande sécurité ? Est-ce que cela vaut une totale surveillance et la violation de la liberté de religion d’une population entière ?

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