Détention d’armes : Hillary Clinton veut imiter l’Australie

Publié Par J.D. Tuccille, le dans Amérique du Nord, Océanie

Par J.D. Tuccille.

enigmabadger_BrickArms D9 Assault Rifle Prototype(CC BY-NC-ND 2.0)

enigmabadger_BrickArms D9 Assault Rifle Prototype(CC BY-NC-ND 2.0)

 

Le programme australien de rachat d’armes à feu est un échec. Pourquoi les États-Unis devraient-ils faire la même chose ? Après des années passées à améliorer la paix sur le territoire, les Américains devraient éviter les politiques qui semblent faites pour renforcer le crime organisé.

Lorsqu’elle est en campagne pour l’investiture démocrate et qu’elle s’adresse à un public effrayé par l’idée de voir des armes à feu entre les mains d’amis ou de voisins, Hillary Clinton dit que « l’Australie est un bon exemple », parce qu’elle se réfère au modèle qu’elle veut copier pour modifier les lois américaines sur les armes à feu.

« Pour essayer de sévir contre la prolifération des armes automatiques, le gouvernement australien, a développé un programme de rachat de centaines de milliers d’armes à feu, en proposant un bon prix aux propriétaires. Puis il a sévi tout court. »

Sur ce même sujet, l’homme auquel Clinton veut succéder, Barack Obama, note que

« l’Australie (…) a imposé des lois très dures et sévères en matière d’armes à feu. Et ils n’ont pas eu de meurtres de masse depuis. »

Le président évoque si souvent les lois restrictives australiennes, que lors d’une émission récente de « Guns in America Town Hall » sur CNN, le présentateur Anderson Cooper lui a rappelé qu’il encensait sans cesse leurs politiques.

« Sans cesse ? » Peut-être est-il temps de dire au Président et à son probable successeur que les politiques qu’ils admirent tellement sont largement ridicules, et que l’Australie reste un pays plutôt paisible en dépit d’un caprice légal intrusif et idiot qui alimente la croissance d’un gros marché noir occupé par le crime organisé.

Clinton et Obama font la publicité d’une loi de rachat d’armes de 1996 qui était en fait une confiscation (indemnisée) des carabines à chargement automatique et des fusils à pompe, en réponse à la tuerie de masse de Port Arthur. Cette saisie ôta environ 650 000 armes à feu des mains des civils. Les règles d’acquisition et de détention d’armes furent également durcies ensuite.

En conséquence, un rapport académique conclut :

« Le taux de suicide ne baissa pas, bien que les armes à feu fussent de moins en moins utilisées pour passer à l’acte. Les homicides déclinèrent modestement ; en prenant en compte l’effet du massacre de Port Arthur lui-même, la part des meurtres commis avec des armes à feu déclina grandement. Les autres crimes violents, comme les vols à main armée, continuèrent d’augmenter, mais avec moins d’incidents impliquant des armes à feu. »

Ce pays très paisible est donc resté paisible, avec, de temps en temps, l’utilisation par des personnes mal intentionnées d’armes alternatives en lieu et place des armes à feu.

Néanmoins, la législation n’a pas la capacité d’éliminer la demande en biens interdits, la prohibition ne peut pas éliminer cette demande. Or, la demande a une fâcheuse habitude de générer des sources d’approvisionnement. Si cette demande ne peut pas être satisfaite légalement, elle sera alors satisfaite à travers les canaux du marché noir.

En Australie, la fourniture d’armes à feu interdites fait fi de l’interdiction initiale. L’Association de Tir Sportif australienne estime ainsi que le respect du programme de rachat d’armes est de 19%.

Plusieurs autres chercheurs sont d’accord avec ce chiffre. Dans un document concernant les résultats des efforts pour contrôler les armes à feu dans le monde, Franz Csaszar, professeur de criminologie à l’Université de Vienne en Autriche, donne des exemples à grande échelle de non-respect de l’interdiction. Il indique :

« En Australie, il est estimé que 20% seulement de l’ensemble des carabines à chargement automatiques ont été rendus aux autorités. »

Cette résistance aux autorités était surtout le fait de civils inoffensifs qui ne voulaient pas courber l’échine devant des politiciens, et c’était il y a vingt ans. Qu’en est-il des personnes mal intentionnées qui étaient soi-disant la cible principale du gouvernement ?

Il y a quelques jours, Peter Dutton, le ministre australien de l’Immigration et de la Protection des Frontières, et Michael Keenan, le ministre de la Justice, ont tenu une conférence  :

« Nous ne tolérons pas le trafic d’armes en Australie et nous savons que des gangs de motards hors-la-loi sont impliqués. Nous envoyons un message le plus clair possible depuis Canberra : nous n’allons pas tolérer que des gens fassent du trafic d’armes. Vous vous rendez bien compte que même une arme issue de la contrebande peut causer énormément de dégâts. »

Quand les politiciens annoncent qu’ils ne tolèrent pas quelque chose, il est raisonnable de parier que ce quelque chose est totalement hors de contrôle.

« La police admet qu’elle ne peut pas éradiquer le marché noir qui fournit des armes illégales aux criminels »

concédait le journal Adelaide Advertiser il y a quelques années.

« Des membres de gangs de motards et des criminels reconnus coupables et ayant interdiction d’acheter des armes dans les régions du sud de l’Australie n’ont aucune difficulté à obtenir des armes à feu illégalement – y compris des armes automatiques. »

Plus récemment, le journal australien The New Daily a eu accès à « des données jamais publiées sur les attaques avec armes à feu » et a rapporté une hausse des crimes en général, « incluant une forte hausse de 83% des attaques par armes à feu dans la région de New South Wales entre 2005-2006 et 2014-2015, et même une augmentation encore plus élevée dans la région de Victoria sur la même période ».

Le rapport ajoute :

« Concernant les crimes avec armes à feu, les Australiens pourraient courir aujourd’hui plus de risques que par le passé à cause de l’augmentation du marché noir des armes à feu pendant ces dix dernières années.

L’interdiction nationale des armes semi-automatiques à la suite du massacre de Port Arthur a créé une demande criminelle pour les armes à feu. »

Tout comme la mafia et d’autres organisations criminelles avaient gagné en pouvoir, en richesse et en notoriété en fournissant de l’alcool illégalement durant la période de la prohibition aux États-Unis, il semble que les gangs de motards hors-la-loi en Australie soient en train de construire un réseau international et de faire de l’argent en fournissant des armes aux acheteurs qui en demandent.

En fait, c’est comme si les politiciens australiens avaient analysé l’expérience américaine et s’étaient dit : ce dont notre pays a vraiment besoin, c’est de son propre Al Capone – mais dans un style Mad Max, avec du cuir et des gros cubes.

Une fois que vous avez rendu possible le crime organisé, il n’y a plus de limites. Les gangs australiens ne fournissent pas uniquement des pistolets, mais aussi des armes qui vont jusqu’au lance-rockets – dont certaines ont pu finir entre les mains de terroristes. « La police a seulement retrouvé un des dix lance-rockets » note un rapport à la suite d’un incident impliquant, vous l’aurez deviné, un « motard ».

Évidemment, des objets comme des lance-rockets ont une provenance spécialisée. Selon un autre reportage d’actualité :

« Le vol d’armes appartenant aux forces de défense australiennes explique le flux régulier d’armes tombant entre les mains de criminels ».

Des armes ayant appartenu à l’armée ont été reliées à des crimes, incluant des meurtres.

Tout comme les contrebandiers américains qui complétaient l’alcool volé avec du « gin de baignoire », les groupes australiens issus du crime organisé ont appris les joies du bricolage. Un homme du sud de l’Australie a été arrêté en 2012 pour avoir fabriqué des armes, même des mitraillettes, à destination des criminels. Un an plus tard, un joaillier de la région de New South Wales s’est fait prendre en train de produire « plus de 100 mitrailleurs MAC 10 parfaitement fonctionnels » pour des membres d’un gang de motards.

Peut-être que l’Australie a déjà son propre motard Capone.

Ces bricolages deviennent plus faciles chaque jour. En enquêtant sur les récents développements technologiques, la Commission Australienne Contre le Crime prévoit une amélioration des possibilités de production maison « faisant de l’impression 3D de pièces détachées d’armes à feu une option de plus en plus viable ».

Ne vous méprenez pas, l’Australie est un pays plutôt calme. En 2014, son taux d’homicides volontaires était de 1 victime pour 100 000 personnes et son taux total d’homicides, incluant les homicides involontaires, de 1,8. En 2000, l’Institut Australien de Criminologie rapportait ceci :

« Le taux d’homicide en Australie reste remarquablement constant. Le taux le plus élevé enregistré ces 11 dernières années a été de 2 pour 100 000 et le taux le plus faible a été de 1,7 pour 100 000. »

Pendant cette période, l’Australie a donc assisté au « déclin modeste et continu » mentionné dans le rapport académique cité plus haut.

En revanche, sans la politique confiscatoire australienne, les États-Unis ont vu leur taux d’homicides (volontaires et involontaires) baisser de 9,3 pour 100 000 résidents américains en 1992 à 4,7 pour 100 000 en 2011. Ce taux est tombé à 4,5 pour 100 000 en 2014, qui est la dernière année pour laquelle les données sont disponibles. Pendant cette période, le nombre d’armes à feu dans les mains de la population civile a augmenté d’environ 50%, à 300 millions d’unités.

Si la politique de l’Australie en matière d’armes à feu coincide avec « un déclin modeste et continu » de son taux d’homicides, elle a eu des résultats plus dramatiques ailleurs. La confiscation a conduit beaucoup de possesseurs australiens d’armes à feu à la clandestinité. Elle a aussi – et c’est important si l’expérience de la prohibition américaine fournit un guide – renforcé un réseau criminel organisé grandissant qui s’enrichit par le commerce des armes, des drogues et d’autres biens que les gens souhaitent avoir et que le gouvernement essaie vainement de garder hors de leur portée. Ce réseau criminel a développé des contacts internationaux et est devenu riche et dangereux. Des journalistes d’investigation suggèrent que le marché noir organisé des armes à feu pousse à une hausse des crimes qui doit encore apparaître dans les statistiques.

L’Australie devra vivre avec l’augmentation du crime organisé dans les années à venir.

Hilary Clinton, Barack Obama et leurs amis doivent nous expliquer pourquoi nous devrions risquer les succès actuels des États-Unis en matière de réduction des crimes violents en copiant une politique australienne qui, objectivement, a surtout réussi à générer l’expansion d’une mafia nationale qui attend désormais son Al Capone. Nous avons déjà vécu une période de Prohibition. L’Australie n’a pas tiré les leçons de notre échec. Nous ne devons donc pas reproduire leur erreur.

  1. Article qui remet les pendules à l’heure même si la tranquillité de l’Australie ne changera pas, ce n’est tout simplement pas un pays violent bien au contraire.

    Concernant les USA c’est même plus compliqué que ça : La France a un t’ai d’homicides d’environ 1,8 pour 100 000 habitants, bien plus bas que les 4,7 aux USA, l’Europe en général fait bien mieux….mais dans un pays de 322 millions d’habitants et 2 fois plus étendu que l’UE et 17 fois plus que la France est-ce juste de comparer ?

    Certains Etats, malgré le port d’armes, ont un taux d’homicides très bas : Maine, Wisconsin et Vermont sont à 1,6 tandis que le New Hampshire est à 0,9 (seul un pays fait mieux à l’échelle mondiale : Le Japon avec 0,8).

    Les armes ont un impact sur le taux d’homicides mais d’autres facteurs entre en compte comme le taux de pauvreté, le niveau d’éducation ou la culture. Historiquement parlant la culture US est clairement plus dangereuse que la culture européenne ou même chinoise et japonaise donc ils se débattent avec ça, on ne change pas aussi facilement.
    Néanmoins comme le montre l’article il y a eu des progrès spectaculaires qui sont susceptibles de continuer grâce à une population de plus en plus éduquée et les efforts de lutte contre le crime.

  2. C’est le même article que celui-ci : http://www.contrepoints.org/2016/03/25/244236-faut-il-vraiment-desarmer-les-citoyens

    Le Canada a aussi eu une politique hautement onéreuse de rachat d’armes à feu. Quand H. Clinton dit que les armes seront reprises « à un bon prix », elle parle pour les finances de l’Etat, pas pour celui qui respectera la loi et se fera floué. L’Etat ne reprendra pas un AR-15 (par exemple au hasard) à sa « côte Argus » !
    Et pour « éviter » des tueries de masse, il est vraiment bien plus pratique pour un Etat de rendre toute sa population criminelle. Comme ça, la Police n’a pas à réfléchir : « le civil qui possède une arme est un criminel ! »
    Cependant, s’il y a un marché noir apparemment abondant pour les armes à feu, qui alimente déjà les criminels, les vrais, ceux dont c’est le métier/hobby, et fournit ceux qui le deviennent après passage d’une loi (et qui sont bien plus nombreux), c’est que le désir de posséder une arme n’est pas qu’une lubby débile du peuple, non ?
    Enfin… nous sommes en « guerre » dit le ministre, et nous sommes juste bons à être des cibles, des sitting ducks, avec seulement nos portables pour appeler les Forces de l’Ordre, qui n’arriveront pas à temps (sauf gros coup de bol) et nos mains pour prier Boudha, Zeus, Râ ou Odin. (Pour info., Isabelle Thomas a passé plus de 4 minutes avec le 17 à dire que ses parents et elle se faisaient tuer et à demander à ce qu’on l’aide. Son ex les a tués tous les 3. Qui a bénéficié de l’interdiction de port d’armes ? Qui a été protégé par cette loi ?)

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